J’ai tenu ma promesse du mois de février : pas de nouveau contenu depuis des mois donc (en dehors des cartes postales), j’ai seulement recyclé quelques brouillons qui avaient besoin de décanter. J’aime mon blog mais il me le rend mal. N’empêche, aujourd’hui le besoin d’écrire est trop violent.

 

Cher journal,

J’ai mal au crâne ce matin. Manque de sommeil, week-end décalé, bouche pâteuse et gueule de bois. J’ai même pas bu, tu sais bien… Mais un pan de ma vie s’est détaché de moi. C’est un peu douloureux. A la fois, je me sens allégée.

Ce week-end, nous avons reçu un groupe d’amis. De vieilles connaissances maintenant. Le confort des habitudes, les discussions déliées : j’ai passé de bons moments, d’excellents précisément. Je ne sais pas tellement

dire comment je les aime sinon qu’ils constituent l’ une des armatures indéboulonnable de mon existence.

Et pourtant, ils n’ont pas d’enfants alors on peut dire qu’on s’est loupé… Littéralement d’ailleurs : ils sont arrivés alors que les enfants avaient pris leur nuit, ont émergés dimanche matin alors que les petits étaient déjà à la sieste et sont repartis à leur réveil – laissant MiniJoie dans une frustration indescriptible… elle qui se faisait une fête de recevoir « les amis ».

J’ai louvoyé entre ma couvée et mes potes, entre la becquée et l’apéro, entre les jeux et les débats d’idées.

Je suis lessivée. Vide d’avoir trop donné sans réussir à combler mon réservoir d’amour maternel ni satisfaire mon besoin d’interaction sociale.

 

Et surtout, je me suis ennuyée. Les quelques heures dégagées sans les enfants, pique-nique au parc, attention focalisée sur nos bavardages et la bouffe – melon juteux, terrine maison, jus de pomme fermier. Pas d’interruptions incessantes, d’œil en coin vers la grande, de quart de cerveau vers les babillages du petit pourtant…

J’étais contente d’être là, vraiment. Touchée de leur visite. Heureuse de les savoir proches. Mais insaisissables en même temps.

Je ne suis plus capable de ce rythme : trouver son lit au cœur de la nuit, trainer toute la matinée, passer la majeure partie de la journée attablée autour de la conversation languissante…L’inertie du groupe et la torpeur de l’indécision. J’avoue que je n’ai jamais tellement aimé ça.

 

Je suis résolument « du matin ». J’aime siroter un café au petit jour en regardant le ciel s’illuminer. Démarrer sur les chapeaux de roue : couche explosive, petit déjeuner festif, habillage – bras de fer, départ au marché de bon matin. J’apprécie de manger à heures fixes. J’adore retrouver mon lit à la sieste quand la matinée a été bien remplie. Prendre un goûter gourmand et terminer ma journée au square avant les réjouissances du bain.

Je suis une couche tôt et rien ne m’apaise davantage que d’éteindre ma lampe de chevet autour de 22h, après avoir bouquiné quelques minutes calfeutrée sous ma couette douillette.

Dans mes jeunes années, j’ai sacrifié aux exigences du groupe : faire TOUT ensemble, attendre son tour à la douche, décoller seulement quand tout le monde est enfin prêt, lézarder au soleil, grignoter toute la journée, cheminer sans but, commencer l’apéro alors que l’après-midi n’est même pas terminée, veiller tard, très tard. J’y ai trouvé du bonheur, une certaine forme d’exaltation aussi. L’effervescence de se croire libre et dégagé.e de toutes contraintes.

Mais je préfère ma vie maintenant. Mes enfants et la régularité. Le bonheur simple et évident des sourires échangés, les fous rires d’être ensemble et l’amour immense et inconditionnel.

Je veux me rappeler à chaque instant le délice infini de la maternité, le ravissement insatiable de voir grandir mes enfants et la présence inébranlable de leur père à mes côtés.

N’oublie pas de me le rappeler quand les enfants tirent sur la corde, que le moral est bas et que le sens de la vie se délite doucement…

Bien à toi,
ton Euphrosyne.

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