Survivante

Alors que le berlingot marmoréen fondait sur sa langue, un souvenir la fit frissonner : les visites chez ce médecin taciturne en blouse blanche, son enfance, la douce main rassurante de sa mère, la douleur aiguë de la piqûre…

Aujourd’hui, les virus désactivés se suçotaient lentement avant de retrouver les bras de Morphée – pour garantir l’immunité du lendemain – et la vie de bohème dont elle rêvait à 10 ans n’était plus une utopie mais une question de survie.

Inès souffla la bougie et s’emmitoufla dans son sac de couchage. Le murmure de la rivière se fit oppressant dans l’obscurité. Elle craignait de ne pas entendre d’éventuels maraudeurs. Il ne lui restait plus que quatorze berlingots. Elle ne pouvait pas courir le risque de se les faire voler. Plus que deux semaines avant qu’une aube vernale ne la tire des périls de l’hiver. Deux semaines encore et elle pourrait espérer résister une année supplémentaire.

Il faudrait encore se procurer des vaccins avant l’automne suivant mais c’était encore loin… Elle aurait tout l’été pour préparer une excursion vers la Ville engorgée d’êtres encore humains mais en loques, leurs visages creusés par les aspérités d’une existence saturée de dangers, prêts à tuer pour ces cachets.

Elle enfoui sa tête entière à l’intérieur du sac de couchage comme pour se couper du monde et de ces innombrables pensées qui à nouveau la tiendraient éloignée du sommeil. Il faisait si froid et elle avait tant besoin de repos… A quoi tenait qu’elle parvenait à s’accrocher si fort à la vie ?

 


des mots une histoire olivia billington

C’est ma participation au rendez-vous de Olivia Billington : Des mots, une histoire. (Cliquez sur le logo pour en savoir plus 😉

Retrouvez mes précédentes participations ici, et .

Et celles des autres blogueur.se.s ici.

 

The end of the f***ing world, c’est déjà fini ?

Ça a juste l’air d’une série pour ados, légèrement ténébreuse, un rien désabusée… c’est en réalité une oeuvre géniale qui ne signe pas la fin du monde mais le change un peu !

En psychopathe auto-proclamé qui se respecte, James veut tuer Alyssa. Il se trouve que Alyssa veut fuir son quotidien et se jette dans la gueule du loup (timide et décalé). Ces deux-là ne vont plus se lâcher et s’embarquent furieusement dans un road trip morbide à l’humour grinçant.

OK, j’adore les séries britanniques. OK, j’adore le rock anglais. OK, l’accent de Jessica Barden est délicieusement badass. OK, Alex Lawther a un faux air de Hugh Grant jeune (ça me rappelle ma propre adolescence…) mais il y a aussi cette atmosphère façon Tarantino, une esthétique plus proche d’un grand film que d’une banale série.

D’ailleurs le format est surprenant : 8 épisodes courts (autour de 20 minutes) pour chaque saison qui auraient donc pu tenir sans problème dans un film de 2h30 (donc plutôt un film court, d’après la tendance actuelle ^^) mais que je n’aurais pas eu le plaisir de découvrir puisque je ne mate plus que des séries !

Les personnages sont à la fois denses et subtils, attachants et excentriques. Malgré leur jeune âge, ils ont déjà de lourdes histoires à traîner qui les singularisent sans pour autant tomber dans le cliché ni le pathos. On sent bien ici que Lire la suite « The end of the f***ing world, c’est déjà fini ? »

La fatalité

Pour celleux qui me suivent un peu ici et dans la vie, vous savez sûrement comme je suis anxieuse et angoissée, comme tout est susceptible de réveiller de sombres peurs, que je me mets moi-même des barrières immenses et me perds dans des abîmes insondables…

Et depuis la naissance de mes enfants, c’est pire !

J’ai longtemps été assaillie de phobies d’impulsions qui assombrissaient mes pensées et par là-même toute mon existence.

Parce que quoi de pire que de perdre un enfant ? ceux-là qu’on a choisit d’avoir, tant attendu, dans lesquels on espère tant…

Le libre choix de la maternité et l’évolution de notre société appuient sur cette appréhension-là mais ce n’est pas mon sujet aujourd’hui.

J’ai toujours dans un coin de la tête cette sourde angoisse : ils peuvent mourir. Un seul des deux. Ma fille. Mon fils. Les deux. Mon mari aussi. Je peux mourir aussi. Les laisser seuls. Leur papa et moi pouvons aussi mourir sans eux.

Voilà ce avec quoi j’essaie de me dépatouiller depuis des mois et des mois.

J’ai même pensé qu’il était Lire la suite « La fatalité »

Les sédiments

Je suis un lac. Susceptible en surface, calme en profondeur.

Ce qui me trouble laisse l’ancrage stable.

L’homme qui partage ma vie s’est posé sur cette surface, a créé des remous et doucement a sombré dans le fond. Avec les autres sédiments de mon existence passée, avec mes enfants, avec mes amours perdues, avec les relations familiales inextricables, avec les ambitions enfouies.

Les sédiments.

Tout se pose un jour ou l’autre. Ce qui reste en surface est finalement chassé par le vent, les intempéries, le temps.

Et les orages dans tout ça ? L’hiver aussi qui gèle la surface et les feuilles des plantes lacustres qui à l’automne tourbillonnent à la surface. Et le soleil qui joue de ses reflets aveuglant dans les vaguelettes d’un souffle printanier.

Au fond, la vie gagne, sans solution de continuité, sans aléas notables.

Il faut se ressourcer à cette immense source de stabilité. Garder confiance en l’inertie du monde en quelque sorte, ou en ce qui est plus grand que soi, c’est selon.

En quête d’inspiration…

J’aime écrire et si je me le cache aussi à moi-même, je crois être faite pour ça. Je suis de celle qui arrive à trouver du plaisir dans le simple fait d’aligner des mots y compris pour la rédaction de documents techniques barbants et de mails factuels

Aujourd’hui pourtant, ça ne vient pas. Pas d’idées, pas de fluidité.

La dynamique qui me poussait devant mon écran pour déverser des idées en pagaille s’est essoufflée dans les contraintes du quotidiens, consommée dans un boulot chronophage et énergivore, dispersée dans des relations trop intenses.

Je n’écris que très peu et je ne trouve plus mes mots aussi pertinents, mes tournures aussi souples.

Comment se fait-il qu’on puisse autant perdre de vue ce qui fait le sel de la vie ? Comment peut-on avoir la certitude que l’essentiel est là et pourtant ne jamais y consacrer de temps ? le laisser toujours en dernière place ?

Je me rappelle cette période où une idée germait, tournicotait dans ma tête pendant des heures, imprimait des phrases dans mon esprit et quand, le PC ouvert, je lâchais ce flot de lettres ordonnées dans un billet dense et pressé.

J’ai peur d’avoir laissé échapper quelque chose d’essentiel.

De m’être perdue, peut-être.

Est-il possible de retrouver le chemin ? le bon chemin ? celui qui traverse ma vie et devrait me mener où je suis censée aller ?

J’ai des petits cailloux pour me guider : une centaine de brouillons achevés ou presque, un roman quasi terminé, des cahiers pleins de scenarii élaborés…

Ce matin, je me force. J’ai miraculeusement choisi de venir ici plutôt que de trier la paperasse. Ai-je bien fait ? Difficile à dire pour le moment puisque c’est douloureux et que la paperasse ne sera pas triée…

S’astreindre à une routine, le faire un peu chaque jour, qu’ils disent…

J’aimerais trouver le temps (l’énergie ?) de m’inscrire à un cour d’écriture, rencontrer d’autres scribouillards, partager ce plaisir. Mais j’ai aussi envie / besoin de faire davantage de sport, de voir mes ami.es, aller au musée, dévorer des livres, faire de grandes balades, profiter de mes enfants, leur proposer des activités, m’abrutir devant la télé, méditer, etc.

Presque trop pour une seule vie.

L’écho du vide

Un silence. Quelques mots projetés entre une bouche et une oreille. Attentive.

Réaction. Questions. Compassion.

Ecouter et ne pas seulement vouloir toujours se raconter.

Il m’a dit : « Les gens se confient à toi, Euphrosyne. C’est que tu as une qualité d’écoute particulière ! »

Je ne me connaissais pas cette qualité. C’est bien, les qualités. Toute qualité a son revers pourtant… Celui de l’écoute assortie d’une grande empathie, c’est de faire l’éponge à tous les tracas, les soucis, les problèmes, les ennuis, les états d’âme, etc. de son entourage professionnel, amical, familial…

Ça en fait du monde ! Ça en fait des heures Lire la suite « L’écho du vide »

Citation éphémère #8

A cet instant précis, j’ai pensé cela : de certains mots, de certains regards, on ne guérit pas. Malgré le temps passé, malgré la douceur d’autres mots et d’autres regards.

D. de Vigan – D’après une histoire vraie

Impuissance et patience

Pour comprendre ce qui se trame ici, je vous conseille vivement de lire ceci et cela sous peine de ne riiiiien comprendre à ce que je raconte ici…

Ce jeudi-là, je suis partie confiante. Je n’avais pas envisagé d’autres possibilités. Mais quand l’échographe a asséné : « Il y a une rétention trophoblastique. » Je me suis dit – sans comprendre pourquoi :/ – que ce n’était pas une bonne nouvelle.

3 semaines après la prise médicamenteuse pour IVG

Je suis un peu tombée des nues. Pour moi, on devait juste vérifier que tout allait bien… et passer à autre chose !

Elle me dit : « C’est gros, il va sûrement falloir envisager la chirurgie. » Enfin, il fallait attendre l’avis du généraliste, le lendemain matin…

Je n’ai pas peur de Lire la suite « Impuissance et patience »

J’ai 4 ans et tout l’avenir devant moi

Il y a quelques temps, je discutais avec une amie (coucou !) de ma vision de l’avenir et surtout du fait que j’étais incapable de faire de projets de grande ampleur, comme si j’avais 99 ans dans ma tête que j’allais mourir sous peu.

Alors c’est vrai que je tricote et fais des mots fléchés, j’aime boire des tisanes et écouter la radio, je commence à avoir des douleurs chroniques ^^ Mais le malaise est plus profond que ça…

Cette impression que plus rien n’est accessible, que mon destin est figé, j’ai du mal à m’en débarrasser. Je m’englue dans

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