C’est difficile de choisir. Choisir c’est renoncer. Et puis c’est aussi s’affirmer et en creux dire aux autres que s’ils ont fait un choix différent, il est forcément moins bien… Moi, je trouve ça particulièrement compliqué d’autant que je me retrouve confrontée ces temps-ci à mon absence totale de goût. Absence au sens de inexistence. En matière vestimentaire, en matière de décoration. Je n’ai que rarement un avis.

Question mode d’abord. En ce moment, je traine régulièrement avec un gars genre hypster (je ne sais d’ailleurs pas si ce concept n’est pas déjà dépassé, sorry) enfin bref, très looké quoi. Alors que de mon côté, depuis la naissance de mes enfants, j’ai drastiquement réduit mon budget fringue et recycle mon gigantesque stock de looks des années 2000 voire 90. Tant qu’on ne m’en parle pas, je n’y pense que très peu et pourvu que je me sente confortable et propre, ça va. Seulement, cette fashion victime m’a plusieurs fois fait remarquer que mes sapes étaient datées. Du coup, je l’ai remarqué et je me sens moins bien dedans. C’est naze mais c’est comme ça. Je suis touchée par l’image que je renvoie chez certaines personnes en particulier, pas par mon image en général.

Alors je me promets de faire un effort et je regarde le look des gens autour de moi, ce que je ne fais généralement pas : je regarde leur visage, éventuellement leur silhouette, pas ce qu’ils portent. Pourtant, je n’arrive pas à avoir d’opinion tranchée : des fois, ça me fait marrer, des fois, ça me plait, des fois, je me dis « pas moyen ». Et puis j’oublie.

Pareil pour la déco de notre appart. J’ai parfois acheté des « accessoires » qui me plaisaient et qui étaient sûrement « tendance »… mais je les ai posé n’importe comment au milieu de nos meubles dépareillés Ikea.

Il y a des trucs que je trouve

moche, vraiment et dans lesquels je suis incapable de me projeter. Mais ils sont vraiment limités. La plupart du temps je m’en fous. Sincèrement je pense. Par exemple, je suis généralement incapable de dire comment était habillé le collègue assis à côté de moi la veille. Et si vous me demandez comment il est vêtu aujourd’hui, je vais devoir me retourner pour regarder malgré le café partagé ce matin…

Je me rends compte que dans la société du paraître dans laquelle nous vivons aujourd’hui, je dois passer pour une femme de mauvais goût. Par négligence. Je pense que si j’arrivais à m’y intéresser, je comprendrais les codes et parviendrais à me conformer à la tendance. J’ai su le faire je crois en matière de vêtements quand j’étais plus jeune et que je voulais séduire, tout en conservant un certain décalage (je pense ici à mes irréductibles collants blanc cassés).

Mais je m’en fous.

Nous voulons acheter un appartement. Il y a une grosse somme en jeu, c’est une étape importante, assez stressante. Il y aura certainement quelques travaux à prévoir : je ne veux pas de carrelage dans le salon, les peintures à refaire, un ou deux trucs à changer.

En montrant des photos d’un appart que nous avons failli acheter, plusieurs collègues se sont insurgés devant la cuisine. Ah bon ? Je l’ai trouvée en bon état et fonctionnelle. Un placard restant un placard, nous n’envisagions que de passer un coup de peinture et changer les poignées des portes.

Pour moi, feuilleter un magazine de déco, c’est un peu comme de regarder des prospectus vantant la vie sur Mars… ça m’inspire quelques considérations métaphysiques, les yeux au ciel, bon et puis voilà, c’est bien ! Je passe à autre chose.

« Non mais comment ? Ce n’est plus du tout comme ça qu’on fait les cuisines… Le four micro-onde posé sur le plan de travail. C’est impensable !! Il faut absolument la refaire…»

Franchement, je n’y avais prêté aucune attention.

Et selon les mêmes, le carrelage en revanche passait bien… Alors pourquoi, moi, le carrelage, ça ne me plait pas ? Eh bien, je marche essentiellement pieds nus ou en chaussettes, je suis frileuse et je n’aime pas le contact froid des carreaux…

Et sinon, j’attache une grande importance à la luminosité.

Et je sais aussi comment je veux disposer mes livres : un grand mur bibliothèque avec des cases en quinconce, couleur bois, et plein à craquer !

Pour le reste, pas de certitudes.

Mais je suis quand même allée faire un tour sur Pinterest voir ce qui se fait en matière de sanitaires modernes. J’ai trouvé quelques trucs moches et surtout beaucoup de choses qui ne me faisaient ni chaud ni froid. Enfin, je trouve ça joli, en photo. Mais déjà la cuisine sans rien qui traine, avec un beau bouquet de fleurs et un évier étincelant, ça a juste quelque chose de surréaliste ! Impossible de m’y projeter.

Quelques traces de snobbisme en moi sonnent tout de même la sonnette d’alarme : tu ne vas pas acheter un appart aussi cher et vivre avec une cuisine / salle de bain complètement vieillots ?!?!

Je me sens un peu piteuse et dépitée. Nulle d’accorder du crédit à des choses qui à mes yeux n’en ont pas. Et pourtant, incapable de m’affranchir sereinement des diktats de la société marchande.

*

C’est un peu le même dilemme quand j’essaie de trier mes armoires – et celles de mes enfants. Je n’y arrive pas !

Ma façon de vivre a changé avec leur naissance et le déménagement qui m’a bouleversé il y a 2 ans m’a poussée à repenser totalement mon rapport à la consommation et en particulier, la consommation de vêtements (made in china pour la majeure partie…)

J’essaie de « rationnaliser » mes piles de vêtements : me débarrasser de ce qui me gratte, ne me va pas, est trop vieux, peluche ou est complètement délavé.

Pareil pour les fringues des nains : j’essaie de limiter et de n’acheter que le nécessaire (je ne dis pas « strict » nécessaire : leur rapidité à se salir – beaucoup hein, parce que je ne change jamais pour une seule tâche de chocolat ou un pantalon à peine humide en été…- oblige à avoir un certain fond pour ne pas avoir à lancer des lessives « d’urgence » deux fois par jour 😉

Eh bien voilà, je trouve ça super difficile !! Et franchement, je ne m’en sors pas !!

Pour les trous ou les tâches indélébiles, les trucs officiellement trop petits, ça va encore… mais pour le reste, à savoir recentrer ma / leur garde-robe sur ce que j’aime vraiment, je bloque !

En me posant devant mes placards trop pleins, en me posant la question : qu’est-ce que j’aime vraiment ? je me suis aperçue que je ne savais pas répondre…

J’ai un avis… mais il est mou. A part quelques rares trucs que j’adore à 2000%, le reste m’indiffère. Pour mes enfants, pareil : il y a bien quelques pièces que je leur mets avec plaisir pour le reste, entre bien, moyen plus ou moyen moins… franchement, je ne sais pas dire. Je m’attache surtout à ce qu’ils soient à l’aise !

Je suis habillée comme un sac à patate ? Peut-être. Je ne sais pas vraiment ce qui me va ou pas. J’ai quelques trucs sympas de l’époque où acheter des vêtements était une préoccupation constante – mais ni épanouissante, ni triomphante.

Mais bon voilà… est-ce que ça me met en valeur ? quelle est ma couleur ? les coupes qui me vont ? Je ne sais pas…

Alors oui, j’ai grandi sous le joug d’une mère passablement tyrannique qui ne CONCEVAIT pas qu’on pense différemment d’elle… J’ai donc appris à fermer ma gueule ! C’est sûrement la chose que je sais le mieux faire d’ailleurs. J’ai probablement une opinion, tapie au fond de moi mais je n’ose que très peu l’exprimer.

Par exemple, il était interdit de mettre du noir avec du marron, ou du bleu marine avec du noir. Et puis, j’ai été élevée dans une culture de la surconsommation acharnée, j’ai été capable d’acheter un tee-shirt dans TOUS les coloris existants. J’ai porté des collants blancs même longtemps après le bac… mes copines avaient fini par estimer que « c’était mon style »… j’avais bien d’autres chats à fouetter pour réussir à m’affranchir de l’autorité maternelle que ces futilités vestimentaires.

J’ai fini par intégrer si profondément le peu de valeur de mes opinions que je ne sais même plus ce qu’elles ont à me dire.

Maintenant, quand ma belle-mère s’insurge sur les tenues de mes enfants, je me vexe mais je suis incapable de réagir. Je ne trouve ça ni beau, ni moche, je ne regarde pas finalement. Mis à part quelques tout aussi rares pièces que je trouve immondes, ben rien… je ne sais pas dire.

Je me considère comme une personne particulièrement ouverte, tolérante, adaptable. Non, je ne suis pas un ange : j’ai mes têtes (de turc), je peux être cruelle et certaines limites infranchissables cloisonnent ma vision du monde. Mais bon, les fringues et la déco…

D’ailleurs, quand mon amoureux me demande des conseils vestimentaires pour lui, je suis bien en peine de lui en donner ! Telle ou telle coupe ? Couleur ? Matière ? Silence.

Pourtant, je veux avancer dans mon tri – et dans ma re-construction, je me suis dit qu’il fallait me construire une opinion et de la suivre. Alors, je me force à observer l’accoutrement de mes collègues et de mon entourage. Et je me suis rendue compte que je ne regarde pas les tenues des gens dans la rue. Mais vraiment pas !

Je n’y prête aucune attention et ça me coûte de le faire.

Je me souviens d’une collègue qui m’avait signalé que Bidule – avec qui je déjeunais tous les jours depuis plusieurs mois – mettait TOUJOURS des chemises de couleurs prune. Je ne l’avais sincèrement pas constaté. Quand elle l’a eu dit, j’ai pu confirmer.

Je trouve ça bien comme ça finalement. Ce n’est pas nécessaire de juger les gens sur des critères aussi futiles… mais c’est quand même pesant quand ça révèle la sourdine que j’ai dû mettre à mes goûts et à ma personnalité.

Voilà, j’aimerais avoir la décision facile et légère, les goûts tranchés et sereins. J’aimerais savoir… mais tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien !

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