Le féminisme ne devrait pas être un rattrapage

La morosité ambiante m’incite à rêver. A rêver une société équitable, respectueuse, accueillante, viable, vivable…

J’en suis au point ou je préférerais que notre civilisation s’effondre plutôt que de remonter dans le train d’un quotidien intenable. Oui, en toute sincérité.

Et dans mon rêve, forcément, les femmes seraient à leur place.

Mais quelle place méritent les femmes ?

Non, elles ne sont pas dignes d’obtenir une part égale d’une infecte tarte létale. Et d’ailleurs, je ne leur souhaite pas. Il faut tout changer, tout péter, reprendre à la base et construire un monde nouveau !

Un certain courant du féminisme contient l’idée que la valeur de l’homme est supérieure à celle de la femme et que celle-ci a quelque-chose à rattraper. Un peu comme les pays « sous-développés » devraient à terme égaler le modèle des pays « développés » puisque c’est ce qui est bien, désirable, l’idéal même…

Les pays du Sud ont a apprendre de nos sociétés occidentales.

Les femmes ont a apprendre des hommes.

Les pays qui ne donnent pas également accès à la (sur)consommation à tous leurs citoyens doivent encore progresser.

Tant que les femmes pleureront en public, accorderont (parfois) davantage d’importance à leurs enfants qu’au travail, perdront du temps en activités secondaires (i.e. pas directement et exclusivement marchandes), elles resteront des individus

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Dead to me – le goût amer de l’amour

Je ne saurais pas vraiment vendre ce qui m’a accroché dans cette série : le scenario n’a rien d’extraordinaire, la réalisation n’est pas bluffante, le propos n’est pas percutant, les acteurs ne sont pas particulièrement charismatiques.

Je dois juste accorder quelques touches de pédagogie féministe assez subtile et bien amenée, idéale pour les non-initié.es.

Non, ce qui m’a retenue est très personnel et ne vaudra probablement pas pour tout le monde : il s’agit du personnage de Jen.

Jennifer Harding (interprétée par Christina Applegate) est une mère de 2 garçons de 15 et 9 ans environ. Jen s’est démenée pour leur offrir une belle vie : c’est son boulot d’agent immobilier qui a fait tourner la marmite pendant de longues années et qui a permis à son mari (le père de ses enfants) de vivre son rêve de rock star. Oui mais voilà, Ted est tué dans un accident de voiture et elle se trouve seule, triste et mère célibataire.

Et Jen est en colère. Ce n’est pas seulement la colère du deuil. Jen a toujours été en colère.Et les circonstances font de Jen une femme toujours plus en colère.

Ses échecs professionnels, ses incompétences, ses faiblesses, ses absences… Rien ne lui est épargné : ses fils, sa belle-mère, son associé et même indirectement son défunt mari lui reprochent sans cesse sa colère et les impasses dans lesquelles elle la mène.

Mais Jen peut-elle être autre chose que colère ? C’est comme ça qu’elle fonctionne, c’est comme ça qu’elle s’est construite, c’est comme ça qu’elle survit. Ce que les gens ont un jour aimé chez vous, ils finissent par vous le reprocher…

J’aime ce personnage parce que je m’y reconnais (non que je fasse bouillir la marmite mais pour la colère ^^).

I feel sorry for her and so connected to her feelings.

J’aimerais l’aider et je me sens impuissante comme elle semble l’être – désarmée pour elle comme pour moi.

Elle n’est pas méchante. Non, absolument pas.

Elle n’est pas bonne non plus : pas une bonne mère, pas une bonne voisine, pas une bonne épouse, pas une bonne belle fille, pas une bonne collègue. Elle est juste elle, pleine et entière. Touchante. Maladroite. Dépassée. En colère.

Une anti-héroïne parfaite.

Son personnage est

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Pandore avait une boite

Lorsque Pandore débarqua chez Epiméthée, sous son châle de soie jaune, elle ne portait qu’une boite (une boite en carton scotchée sur toutes ses faces) confiée par Hermès à ses bons soins.

Elle ignorait pourquoi Zeus l’avait créée (elle et sa boite) et pourquoi il avait concédé cette union au frère de Prométhée – qu’il semblait pourtant exécrer : elle était belle et douce, habile et mélomane, cette transaction ressemblait davantage à un cadeau !

Tous les dieux avaient salué son départ, un petit air de satisfaction plaqué sur le visage : leur création plaisait au chef et l’équipe au complet s’était congratulée lorsque Pandore était sortie de glaise des mains d’Héphaïstos.

Aucun d’eux ne lui avait expliqué son rôle ni les enjeux de ce mariage. Mais elle avait surpris une conversation mentionnant le vol du feu par Prométhée et la rage dans laquelle Zeus était plongé depuis. Elle était rusée et ne manquerait pas de trouver le lien entre ces événements…

Il faudrait interroger Epiméthée pour comprendre ce qui l’avait poussé à accepter cette offre alors que Prométhée lui avait fait jurer de refuser le moindre geste de Zeus, fut-il décoré de pâte à sucre. Celui-là serait facile à contraindre : sa plus grande faiblesse n’était pas dans la béquille qui servait à soutenir une jambe blessée mais dans son désir violent pour la jeune fille.

Découvrir le contenu de la fameuse boite serait plus difficile maintenant que son époux l’avait confisquée et dissimulée dans ses appartements. Elle songea qu’à la nuit venue, elle pourrait fureter à sa guise : il suffirait de ses charmes et d’un charme pour épuiser le bonhomme et d’un outil adéquat pour ouvrir n’importe quelle porte !

Sa curiosité (savamment attisée par Hermès au moment de sa création) était telle que rien ne semblait pouvoir lui résister. Parvenue à ses fins, elle libéra le secret : une vengeance totale faite de tous les maux de l’humanité.

La Maladie, les Conflits, la Faim, la Misère, les Péchés, la Vieillesse, les Douleurs, la Passion, les Folies et l’Orgueil.

Pandore se jeta sur le carton pour tenter de retenir l’évasion de ces malheurs. En vain. De ses délicates mains blanches, elle venait d’oppresser l’humanité pour l’éternité.


 

C’est ma participation aux ‘Plumes’ chez Emilie.

Retrouvez ma précédente participation ici.

5 podcasts féministes incontournables

Ce qui est étonnant avec l’offre foisonnante de podcast aujourd’hui, c’est qu’on ne sait toujours pas vraiment comment constituer sa playlist ! Où trouver les bonnes sources ? Quels sont les podcasts immanquables ? ceux à éviter ?

C’est un sujet récurrent : qu’est-ce que tu écoutes ? qu’est-ce que tu conseilles ?

Voilà donc mes conseils du jour ! Je propose d’abord de se pencher sur des sujets « de niches » qui n’ont pas forcément leur voix sur d’autres medias accessibles et grands publics. Et pour commencer, mon sujet de prédilection : le féminisme.

Ces podcasts accompagnent mes Lire la suite « 5 podcasts féministes incontournables »

S’approprier la puissance du cycle #superheroine

Cela faisait longtemps que ses messages défilaient sur mon fil d’actualité Facebook. Et son sourire surtout… ça m’intriguait tout de même : que pouvait-il y avoir de si intéressant à dire sur les règles ? c’était quoi le secret de Gaëlle sur les menstruations ?

Au fond, les miennes sont « arrivées » quand j’avais 12 ans, j’en ai 38 aujourd’hui, je me débrouille comme ça. Je lis des trucs sur la cup, j’essaie, j’adhère pas. Je m’achète quelques protections lavables, je trouve ça bien même si je trouve que ça tient moins bien en place. J’ai envie d’acheter une culotte menstruelle, je ne l’ai pas encore fait. J’attends quoi ?

Finalement, ça se réduit souvent à ça : comment minimiser les impacts pratiques du cycle menstruel ? Savoir quand les anglais débarquent pour ne pas se trouver à cours de munitions, choisir les vêtements qui conviennent le mieux à ce moment-là (en ce qui me concerne, des robes ou des jupes sombres), nettoyer les éventuelles taches de sang (à l’eau froide et au savon) et garder quelques comprimés de Spasfon au fond du sac au cas où.

Au fond, le principal objectif était de faire comme si ça n’existait pas, qu’il n’y avait pas de règles, pas de cycles, pas de hauts et surtout pas de bas, pas de mieux ou de moins bien. Pas mal au bide, pas de mauvaise humeur, pas fatiguée, pas trop enthousiaste non plus. Toujours égale.

J’avais vaguement essayé d’observer Lire la suite « S’approprier la puissance du cycle #superheroine »

Pré-révolution

Alors voilà, j’ai marché le 24 contre toutes les violences sexistes et sexuelles. C’est cool.

Mais comme je ne fais jamais rien sans cogiter à 200 000, après 3 h de marche, je n’étais plus tout à fait la même qu’avant…

(Si bien que ça m’a donné envie de revenir ici !)

Il y toujours la question de l’adhésion à l’entièreté de la cause, quand on manifeste. En quoi est-on légitime à se sentir solidaire de ceux avec qui on marche ?

J’ai besoin d’être 100% en phase sinon, je n’y vais pas. Autant dire que je n’y vais pas souvent…

En l’occurrence, je me sentais en phase. Alors j’ai marché.

Mais face aux slogans et aux discours, je me suis bien rendue compte que ma confrontation au sexisme n’est pas brutale. En effet, je n’ai jamais eu à me débattre pour éviter un rapport sexuel et je n’ai jamais été giflée.

En revanche, je ressens chaque jour des injustices et des violences liées à mon genre, davantage liées à des constructions sociales. Parce que s’il n’y a pas besoin d’user de force pour obtenir de moi de quelconques faveurs sexuelles, c’est qu’il suffit de jouer sur n’importe quelle fibre de culpabilité pour m’obliger.

C’est aussi dans le boulot, sans arrêt. J’évolue dans Lire la suite « Pré-révolution »

Le B.A. – BA sur le choc toxique

Non, ce n’est pas un blog santé et mon propos aujourd’hui n’a pas de valeur médicale. C’est encore une fois mon expérience mais il me semble important de la partager.

D’abord, le « choc toxique », c’est quoi ?

Dit comme ça, ça fait un peu science-fiction ou film catastrophe. En fait, c’est un syndrome dont on entend parler pour la première fois avec l’arrivée des premières règles. Alors on se questionne sur les tampons et il y a quelqu’un pour vous dire avec un air mystérieux et à voix basse : « il faut faire attention au choc toxique… »

Ça a peut-être évolué (j’espère), mais c’était comme ça pour moi, il y a 25 ans ^^

Finalement, la présentation est restée succincte : il ne faut pas garder un tampon plus de 6 à 8 heures sinon, tu risques Lire la suite « Le B.A. – BA sur le choc toxique »

Le type du métro #metoo

C’est une anecdote qui m’est revenue récemment… Avec toutes les histoires qui sortent, j’aurais d’autres anecdotes plus rudes à raconter… mais c’est de celle-là dont je veux témoigner aujourd’hui sur ce blog.

J’avais 24 ans. Je venais d’entrer dans la vie active. Un après-midi pluvieux d’un trop long week-end, direction la cour St Emilion à Paris pour une séance de ciné.

J’étais célibataire et assez solitaire. Le cinéma faisait partie de mes principales occupations : de longues heures dans la pénombre pour ne pas voir le temps passer.

Debout dans le métro, mon voisin de barre m’interpelle. Sans animosité, aucune agressivité, avec une politesse discrète mais efficace, il prend toutes les informations nécessaires et en 5 minutes à peine sait comment je m’appelle, ce que je fais dans la vie et surtout quel est mon programme de la journée.

J’ai répondu à toutes ses questions. Sans doute de mauvaise grâce, en maugréant des réponses courtes mais précises.

Puis il s’invite. Je ne sais plus exactement Lire la suite « Le type du métro #metoo »

Avorter et tourner la page

Je dors mal depuis quelques semaines. Je comprends maintenant pourquoi.

Cette nuit-là a été agitée, mais pas plus que les autres finalement.

Et au réveil, mauvaise surprise : MiniJoie a l’œil rouge et gonflé… Il va falloir caser un rendez-vous chez le pédiatre ! Encore un mercredi reposant qui s’annonce ^^

Papaidi garde les enfants pendant que je me rends à l’adresse conseillée par le planning familial la veille.

Je découvre sur la plaque qu’il s’agit d’une généraliste (sa remplaçante en fait). Je m’attendais à une gynécologue. Encore un préjugé (et j’avais mal lu le document, c’était pourtant écrit…)

Un quart d’heure d’attente.

Elle est calme et posée, me rappelle toutes les informations que je dois légalement

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Et certaines choisiraient l’IVG comme moyen de contraception ?

A mesure que cette expérience se déployait à travers moi, j’ai su que j’allais devoir l’écrire mais la publier ? Pour faire passer quel message au fond ?

Militer pour le droit à l’avortement ? Me lancer dans un plaidoyer pour la contraception ? Déconstruire les clichés qui accompagnent ces thèmes ? Trouver une légitimité dans le choix que j’ai fait ?

Rien de tout ça précisément je crois… Juste raconter ce parcours si secret bien qu’ordinaire me semble indispensable : ce blog est là pour dire, pas pour taire. Les épreuves de femme y ont leur bonne place.

Et pourtant, je ne sais pas bien par où commencer : ma position par rapport à l’avortement, les raisons de mon choix, le récit linéaire de mon aventure, une sélection des pires moments…

Comment le raconter ?

Tant pis, je me lance et

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