Un instant d’égarement

C’est comme un élan d’énergie vitale qui me traverse.

Comme si j’avais repris possession des contours de mon corps (en creux et en bosses)

Et des contours de mon existence dans le même temps.

J’ai envie d’assortir les couleurs,

de lisser mes cheveux,

d’orner ce qui reste de chair potable.

Sexy.

J’ai envie de sourire, même de rire et de faire pétiller mon regard.

Elle m’a dit qu’elle me trouvait très jolie.

J’ai envie de la croire.

Ce qui me semblait l’essence de mon existence actuelle me frappe comme des contraintes.

Certains contraintes s’ouvrent en opportunités.

C’est un kaléidoscope qu’on aurait secoué pour découvrir des couleurs et des formes insoupçonnées.

Ce qui m’a été arraché l’a été en pleine conscience

et sinon avec bonheur

du moins avec sérénité.

C’est libérateur.

Savoir choisir, c’est une forme d’être.

Je suis aussi cette femme libre.

J’ai du temps devant moi pour expérimenter,

découvrir,

explorer…

prendre des risques !

Elle sourit et elle a l’air cool.

Elle me regarde intensément et m’offre une véritable présence.

Elle me contacte sans raison.

Pourquoi pas ?

Amours, délices et orgue de barbarie

Nina se sentait légère et heureuse. Le sortilège de l’alcool et la fatigue, l’amour aussi la maintenait à quelques centimètres du sol.  Ses mouvements étaient ralentis et quelques peu saccadés, comme pixelisés mais le sourire radieux de Samuel – si grand qu’il devait être douloureux (comme le sien) – s’imprimait sur sa rétine à chaque fois qu’elle le croisait. Leurs mains moites nouées ne pouvaient plus se lâcher de peur de se laisser perdre, emporter par la foule.

Un léger sursaut de panique lui serra d’ailleurs l’estomac un instant : la musique des attractions foraines était assourdissantes et chaque fois qu’elle tournait la tête, les lumières éblouissantes, diffractées par l’obscurité et l’ivresse brouillait le décor d’un voile insaisissable.

Elle ne se laissa pourtant pas distraire et focalisa, au prix d’un effort soutenu, son attention sur la barbe à papa que Noémie lui tendait. Elle vit sa main saisir le bâtonnet collant, l’éviter une fraction de seconde puis sentit la section rectangulaire sous ses doigts. Elle s’agrippa. Elle sentit (ailleurs) ses doigts se dénouer de ceux de Samuel pour se plonger dans le nuage de sucre rose.

Elle déchira un lambeau de coton poisseux et le fourra dans Lire la suite « Amours, délices et orgue de barbarie »

Le dîner de coqs

 

Aujourd’hui, je participe au challenge d’écriture proposé par Marie du blog L’atmosphérique.

challenge_ecriture_2020

Le thème d’aujourd’hui est « le dîner d’ex amants » inspiré du livre “Partition amoureuse” de Tatiana de  Rosnay. Dans ce roman, le personnage principal, qui est une femme, a une idée originale “inviter les hommes qui ont le plus comptés pour elle, seuls, sans femme ou petite amie – un diner d’ex amants.”  


Esther déposa la dernière touche de mascara noir sur ses cils et recula d’un pas pour se jauger. Okay, ça irait comme ça. Les rides et les fils gris dans ses cheveux, il faudrait faire avec.

Elle se dirigea vers le salon en scannant le couloir : rien ne traînait. Son home sweet home avait tout l’air d’un appartement témoin Ikea. Parfait. Il n’était pas question de rajouter de la vulnérabilité à cette soirée qui allait, quoiqu’elle fasse, la dévaster.

La table était dressée, le plan de table fixé dans sa tête (Lionel –  le brun ténébreux, Jonathan – le blond athlétique, elle-même – la proie, Rémi – l’intello séduisant et Sylvain – l’artiste maudit), les lasagnes gratinaient dans le four. Elle s’autorisa un premier mojito sur son balcon en attendant ses invités. Le soleil descendait doucement sur l’horizon de ses amours perdues.

Elle essaya de déterminer lequel de Lire la suite « Le dîner de coqs »

Inconfort

Il se présenta à 16 heures aux urgences pour priapisme.

Regard en coin de l’infirmière…

« Je-je suis innocent !… J’ai bien cédé à une douceur, tenta-t-il. Mais ce n’était qu’une meringue à l’écorce d’orange.

– Mauvaise idée ! Les fruits sont défendus.

– Et l’armoise ? On m’a dit…

– Non plus. Je peux seulement vous proposer une décharge… d’électricité.

– Euh ?!? Je préférerais la potence… »

Deux heures plus tard, de retour dans l’ambulance, la conversation lui revint en mémoire… et le priapisme avec.

« Et puis merde ! »


des mots une histoire olivia billington

C’est ma deuxième participation au rendez-vous de Olivia Billington : Des mots, une histoire. (Cliquez sur le logo pour en savoir plus 😉

Retrouvez ma première participation ici.

Et celles des autres blogueur.se.s ici.

Des moitiés de nous

Je finirai tout seul. Inévitable.

Je ne sais pas si c’est mon destin, cette promesse faite à moi-même de bosser pour réussir, réussir dans la vie, être reconnu et estimé qui est en train de prendre le goût de la fatalité. Peut-être est-ce simplement que j’ai fait les mauvais choix.

Certes, je marche bien, je n’ai pas à me plaindre. Je vais atteindre les objectifs que je me suis fixés dans le boulot. Mais ailleurs ? Que dire d’une vie de labeur acharné ? Comment justifier ces priorités au regard du temps qui passe ?

Toujours seul. Je me couche seul. Je pars en vacances seul. Je prends mon petit dej avec mon téléphone. Personne à mon chevet lorsque je suis malade.

Seul.

Je pourrais sûrement encore trouver quelqu’un pour partager ça. Une jolie poupée simple et amoureuse, qui me laisserait vivre ma vie sans trop poser de questions. Elle me ferait des enfants, des petits plats et la lessive. Il n’est pas trop tard pour ça.

Je continuerais à bosser jours et nuits, je prendrais des maîtresses pour débrouiller mes pulsions, je partirais des jours ou des semaines pour mes trails, mon boulot ou les femmes. Elle ne dirait rien, se chargerait de tout. Elle m’aimerait inconditionnellement. J’ai déjà eu des candidates.

Pas comme Pauline qui ne supportait plus les horaires à rallonge, ne jamais savoir quand j’allais rentrer, l’odeur d’une autre sur mes chemises. Cinq ans de ma vie foutu en l’air par insouciance. Bien sûr je l’ai aimée, pas comme elle aurait voulu mais quand même beaucoup. J’ai eu trop vite confiance en Lire la suite « Des moitiés de nous »

La flaque

Tu m’as dit plusieurs fois qu’il fallait vivre à fond. Que la mort pouvait s’inviter à tout instant. Tu m’as donné des exemples.

Tu as raison. Tu penses à ta mort. J’y pense aussi. Et je ne comprends pas : on est là à se regarder en chiens de faïence sans oser s’approcher, sans faire ce tout petit pas.

Je pense alors à ma mort. Et surtout à tout ce que j’ai en moi pour toi, immense. Un truc gros comme ça qui se déversera sur le trottoir le jour où je me ferais percuter par une voiture. Qui coulera, visqueux, dans le caniveau. Comme du sang, pourpre mais irisé, comme un hydrocarbure. Tout ça restera là, mal étalé de longs jours à sécher. Tu ne l’auras pas pris alors d’autres pourront se servir en passant. Récolter une petite fiole de tout ce beau liquide pour les jours difficiles. Ou marcher dedans dans la plus totale indifférence et râler parce qu’il va falloir faire quelque chose de ces chaussures dégueulasses avant de rentrer. Peut-être que quelqu’un nettoiera à grande eau, sous un jet puissant, alors ce truc fort qui vit en moi se diluera, perdra son intensité et sa densité. Ce ne sera plus rien pour toi, plus rien pour personne. Je serai morte et tu n’auras rien eu.

C’est dommage.

Les pierres fines

Il a débarqué comme une apparition : j’ai levé les yeux et il me toisait. J’ai senti mon sang subitement se réchauffer.

Puis, une fois relevée, j’ai croisé ses yeux. Vairons. Son regard m’a aussitôt traversée, déshabillée, atteint mon âme et sondé mes désirs les plus profonds.

Il a profité de mon étonnement pour tirer une balle de précision.

Avec son tir, une rafale de vent sur l’univers tout entier. Les cheveux se soulèvent. Les poumons se remplissent. Les nuages s’écartent. La teinte du monde sature.

L’éclat du soleil soudain plus intense.

L’instant d’après, le souffle retombe. Sous le choc, la balle s’est logée à la périphérie de mon cœur. Là où ça fait mal mais où ça ne tue pas.

Elle est là : bleue et verte, ronde et lisse, minuscule. Une turquoise dense et lumineuse.

Pour le moment, elle me gêne, coupe un peu ma respiration quand les pensées s’agrègent autour d’elle, pèse dans ma poitrine à chaque fois que j’essaie de projeter mon regard plus loin et d’inspirer plus profondément.

Mais je sais qu’un cal se formera insensiblement autour d’elle, à chaque inspiration plus dur. A chaque expiration, plus souple. Finalement assimilé, il structurera la forme spécifique de mon âme.

Un cailloux de plus sur mon sentier.

Le même sourire mais l’envie en moins

Quand je l’ai rencontré, ses cheveux étaient un peu trop longs et de magnifiques boucles dorées se dessinaient au soleil de son sourire radieux. Un air bohème.

Je l’ai trouvé beau, sûr de lui, arrogant presque.

Puis je l’ai découvert rassurant, plein de doutes, ambitieux, artiste.

Je vois quand ses yeux se posent sur moi une admiration hésitante.

Je me rappelle cet instant si

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La débâcle

Il a dit non.

Et j’attendais un oui. J’étais sûre qu’il dirait oui.

J’avais imaginé qu’il dirait oui.

Alors je plonge de l’Everest jusque dans la fosse des Mariannes.

Et ce versant de mon âme qui s’était mis à voir la vie en rose bonbon (volonté, ambition, complétude) a explosé en plusieurs milliards de minuscules éclats lumineux. Emportant leur énergie au loin. Libérant soudain ce monstre de noirceur qui m’habite. Redoutable aimant vers le néant : l’eau noire s’étend sous le pont, glacée, animée d’un courant fort et inexorable. Le poids dans mon dos m’offre en plus une certitude.

Je m’abîme dans le songe de cet impact libératoire, du poids mort attiré vers

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Toujours la même chose

Je me tourne sur le côté et ses bras se referment sur moi, protection voluptueuse contre des cauchemars trop réalistes.

Qu’est-ce que je fais là ? Chercher ailleurs pour trouver la même chose…

La même retenue, le même tempo, presque les mêmes caresses, les mêmes non-dits… juste quelques faux-semblants. Une écoute renouvelée, une attention légèrement aiguisée par la nouveauté, la fébrilité de l’inconnu. Tant de choses qui ne dureront pas.

Et puis rien n’est vraiment différent : un autre corps, une autre voix, une autre odeur, un autre grain de peau et des poils. Mais juste un homme.

Alors je reste seule enfermée en moi-même. Et comme rien ne parvient à percer la surface de cette coquille tant de fois brisée et rafistolée, mes sensations à moi persistent, figées.

Mon corps – mon âme – moite et glacée de ne pouvoir recevoir davantage. Un frisson le long de l’échine et sentiment abyssal d’une existence somme toute vaine.

A quoi sert de vivre ?

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