Recherche

Je me disperse

Essais & erreurs à la recherche de qui je suis

Quelques minutes de répit

Justine posa discrètement la main sur son ventre. Ça tirait encore sur la cicatrice de la césarienne. Elle prit une profonde inspiration pour laisser passer la gêne, releva le menton pour laisser le soleil inonder son visage et ferma les yeux. Les paroles de ses collègues flottaient autour d’elle comme des papillons transparents. Ces minutes étaient précieuses.

Malgré le plaisir que lui procurait inévitablement cette causette au soleil, elle pensait toujours à ce qu’elle aurait pu faire de sa pause méridienne : du plus efficace – traiter ses mails, du plus léger – fignoler son dernier billet de blog, du plus sain – une séance de yoga ou un footing… Non, elle ne faisait plus rien de tout ça !

La douleur dans le bas ventre lui rappelait ses contraintes et ses engagements : rentrer pour 18h, cuisiner quelque chose d’équilibré et Lire la suite

The end of the f***ing world, c’est déjà fini ?

Ça a juste l’air d’une série pour ados, légèrement ténébreuse, un rien désabusée… c’est en réalité une oeuvre géniale qui ne signe pas la fin du monde mais le change un peu !

En psychopathe auto-proclamé qui se respecte, James veut tuer Alyssa. Il se trouve que Alyssa veut fuir son quotidien et se jette dans la gueule du loup (timide et décalé). Ces deux-là ne vont plus se lâcher et s’embarquent furieusement dans un road trip morbide à l’humour grinçant.

OK, j’adore les séries britanniques. OK, j’adore le rock anglais. OK, l’accent de Jessica Barden est délicieusement badass. OK, Alex Lawther a un faux air de Hugh Grant jeune (ça me rappelle ma propre adolescence…) mais il y a aussi cette atmosphère façon Tarantino, une esthétique plus proche d’un grand film que d’une banale série.

D’ailleurs le format est surprenant : 8 épisodes courts (autour de 20 minutes) pour chaque saison qui auraient donc pu tenir sans problème dans un film de 2h30 (donc plutôt un film court, d’après la tendance actuelle ^^) mais que je n’aurais pas eu le plaisir de découvrir puisque je ne mate plus que des séries !

Les personnages sont à la fois denses et subtils, attachants et excentriques. Malgré leur jeune âge, ils ont déjà de lourdes histoires à traîner qui les singularisent sans pour autant tomber dans le cliché ni le pathos. On sent bien ici que Lire la suite

Inconfort

Il se présenta à 16 heures aux urgences pour priapisme.

Regard en coin de l’infirmière…

« Je-je suis innocent !… J’ai bien cédé à une douceur, tenta-t-il. Mais ce n’était qu’une meringue à l’écorce d’orange.

– Mauvaise idée ! Les fruits sont défendus.

– Et l’armoise ? On m’a dit…

– Non plus. Je peux seulement vous proposer une décharge… d’électricité.

– Euh ?!? Je préférerais la potence… »

Deux heures plus tard, de retour dans l’ambulance, la conversation lui revint en mémoire… et le priapisme avec.

« Et puis merde ! »


des mots une histoire olivia billington

C’est ma deuxième participation au rendez-vous de Olivia Billington : Des mots, une histoire. (Cliquez sur le logo pour en savoir plus 😉

Retrouvez ma première participation ici.

Et celles des autres blogueur.se.s ici.

La fatalité

Pour celleux qui me suivent un peu ici et dans la vie, vous savez sûrement comme je suis anxieuse et angoissée, comme tout est susceptible de réveiller de sombres peurs, que je me mets moi-même des barrières immenses et me perds dans des abîmes insondables…

Et depuis la naissance de mes enfants, c’est pire !

J’ai longtemps été assaillie de phobies d’impulsions qui assombrissaient mes pensées et par là-même toute mon existence.

Parce que quoi de pire que de perdre un enfant ? ceux-là qu’on a choisit d’avoir, tant attendu, dans lesquels on espère tant…

Le libre choix de la maternité et l’évolution de notre société appuient sur cette appréhension-là mais ce n’est pas mon sujet aujourd’hui.

J’ai toujours dans un coin de la tête cette sourde angoisse : ils peuvent mourir. Un seul des deux. Ma fille. Mon fils. Les deux. Mon mari aussi. Je peux mourir aussi. Les laisser seuls. Leur papa et moi pouvons aussi mourir sans eux.

Voilà ce avec quoi j’essaie de me dépatouiller depuis des mois et des mois.

J’ai même pensé qu’il était indispensable d’avoir un troisième enfant parce que si l’un deux venait à mourir, le survivant ne se retrouverait pas tout seul

Et puis voilà, je ne sais plus au détour de quelle conversation ni d’ailleurs de quelle manière il l’a dit mais A. a déclenché un mécanisme de déculpabilisation :

« Oui, ça arrive… »

Je ne sais pas ce qui s’est débloqué mais j’ai compris que, aussi triste et douloureux que cela puisse être, il arrive des événements tragiques et que ce n’est qu’une étape de la vie. Que la vie est aussi faite de ces épreuves-là.

Ça parait bête et un peu convenu mais j’ai eu comme un déclic et depuis, je le ressens au fond de moi comme quelque chose qui n’est pas insurmontable, avec lequel on doit sûrement pouvoir continuer à vivre.

D’ailleurs, j’observe – ou plutôt je me connecte – le monde autour de moi, écoute les gens dans la rue ou dans le métro, et je réalise à quel point chacun porte sa croix et la perte d’un très proche n’a rien d’extra-ordinaire.

Oui, c’est affreux, terrible, la vie d’après n’est plus la vie d’avant, tout est à reconstruire. Mais tout n’est pas mort.

Croyez-le ou non, je me sens mieux. Plus légère. Je ne laisserais pas mes enfants prendre un autocar le cœur léger mais j’ai une confiance en la vie toute neuve qui me donne envie de nous donner à tous un peu plus de liberté !

Ce qu’elle a dans le ventre

Quarante huit jours. Et autant de nuits. Entre les médicaments et les larmes, il lui fallait tenir le compte sur un carnet. Noter chaque étape de ce parcours au fond d’elle-même.

Elle écrivait ses sentiments, ses émotions, ses hallucinations, ses tremblements et ses joies hystériques. Deux cycles qu’elle n’observait qu’elle-même : ses choix, ses envies, ses ratés, les embûches et les succès.

Dans un jour ou deux, Yannick viendrait lever les scellés, lui rendre les clefs et l’autoriser à sortir. Elle lui avait fait promettre d’attendre, malgré ses cris, ses protestations, ses lamentations. Ne la libérer qu’à la fin des deux cycles. La laisser toute entière au silence et à la solitude pour cheminer vers ce qu’elle avait de plus sincère en elle.

C’était Angèle qui lui avait fourni les drogues : des accélérateurs d’introspection, des catalyseurs de sensations. Et puis, le geste était devenu mécanique : recueillir les 2 gélules au creux de sa main et les porter à sa bouche, un grand verre d’eau. A chaque fois que la réalité semblait à nouveau percer les brumes de sa conscience.

Pour les heures qui lui restaient à tenir, elle se répéta la citation de cette sorte de chaman sud-américain qui l’avait initiée au parcours : « En toi est la lumière ». Elle l’avait marouflée sur une toile en face de son canapé, pour la répéter encore et encore, à chaque vague de lucidité.

La gentillesse de cette homme l’avait portée suite au deuil et elle avait voué une totale confiance en son rituel de régénération pour tourner la page de cette épreuve indicible.

***

Yannick avait marqué d’une croix au feutre rouge le calendrier cartonné accroché à la porte de sa cuisine : le 5 février, il devait aller libérer Anaïs. Il était inquiet. Bien sûr, cette femme était bizarre, complètement barrée auraient affirmés d’anciennes connaissances. Mais la tristesse qui l’avait envahie suite à la disparition légitimait maintenant toutes ses fantaisies, ses délires ou même ses folies.

C’était une créative, une artiste, une illuminée et ce chaman l’avait soutenue comme aucun de ses amis n’avaient été capable de le faire. Mais ce rituel avait tout du sordide suicide organisé.

Pendant ces presque deux mois, il n’avait cessé de penser qu’il n’aurait pas dû accepter. Il s’était mille fois vu se précipiter chez elle et faire céder la porte : la trouver encore en vie peut-être, si faible. Il voyait son corps flotter dans des rêves poisseux, éviscéré sans doute, gisant au milieu de son appartement dévasté, les murs badigeonnés de coups de pinceau ensanglantés.

Il fit le tour du pâté de maison pour se donner du courage. Il s’attendait au pire, bien sûr, se demandant comment il avait pu en arriver à faire un truc aussi stupide. Ses genoux lui paraissaient grippés en gravissant les escaliers. Il se surprit même à humer l’air à la recherche d’une odeur de décomposition.

Le cliquetis de la serrure lui fit accélérer le cœur. Les yeux clos, il laissa la porte couiner comme dans un mauvais film d’horreur. Mais le soleil baignait un appartement impeccable où flottait une douce odeur de lavande.

Anaïs se jeta dans ses bras pour une étreinte puissante. Sa préférence était allée à la vie.

***

des mots une histoire

C’est ma première participation au rendez-vous de Olivia Billington : Des mots, une histoire. (Cliquez sur le logo pour en savoir plus 😉

Vivre d’imaginaire et d’eau fraiche

Il y a ce que je vis, bien sûr : des rencontres, des événements minuscules, des projets d’envergure, un quotidien harassant. Et puis, il y a tout ce à quoi donne naissance ces détails insignifiants : un feu d’artifice de pensées, de possibles, d’autres vies en somme.

Il y a dans ma tête des forêts mystérieuse, des lutins fantasques et des loups terrifiants, des champignons méconnus et des refuges douillets. Il y a des lacs paisibles, entourés de montagnes majestueuses, parfois gelés et des mers démontées.

Il y a un paradis et de nombreux enfers. C’est un univers complexe fait de trous noirs sordides et d’étoiles éblouissantes.

Il est peuplé de personnages insaisissables et multiples. Ces gens que je connais y deviennent tout autres, se parent de qualités magnifiques ou révèlent des instincts effroyables.

J’y évolue sans complexe et comme une reine en son royaume, je décide de tout : quoi dire, quoi faire, qui et comment aimer, qui laisser vivre et qui doit mourir. J’y fais pousser les fleurs puis les laisse jouer au vent ou en déchiquette les pétales un à un sans retenue.

Les couleurs y sont plus vives, plus tranchées. Les formes mal délimitées. Le soleil ne s’y couche jamais vraiment : il y a des lueurs perpétuelles pour me laisser explorer à toutes heures cette terra incognita.

Se blesser en pratiquant le yoga, c’est possible…

J’ai déroulé ma première salutation au soleil il y a presque 20 ans. Ma pratique a été (comme tout le reste, je dirais…) aléatoire. Au gré du temps disponible, des autres centres d’intérêts, des atomes crochus avec les profs, du niveau de stress à juguler…

J’ai aussi vu le public changer : réduit à quelques élu(miné).es au début, il s’est diversifié et considérablement développé. Différentes variantes se sont également répandues : au début, je trouvais seulement des enseignements de Hatha Yoga puis j’ai vu fleurir des cours de Ashtanga, Vinyasa, Yin, etc. A chaque pratiquant sa pratique, à chaque commerçant, son slogan…

Oui, c’est un peu dommage mais le yoga est vraiment devenu un business et là où j’entendais surtout ressourcement, je vois maintenant beaucoup de recherche de performance. Le phénomène me semble d’autant plus accentué que, avec l’engouement généralisé, l’âge moyen des professeurs a considérablement baissé et leur capacité de démonstration de force et de souplesse augmenté de façon (logiquement) inversement proportionnelle !

J’ai commencé avec des professeures plutôt âgées qui avaient souvent baroudé de longues années en Inde, attentives autant à l’introspection qu’aux effets bénéfiques sur le corps. J’assiste maintenant parfois les cours de professeur/es bien plus jeunes que moi qui ressemblent parfois davantage à des contorsionnistes qu’à de vieux/lles sages !

Je ne leur jette pas la pierre : devenir enseignant de yoga est un chemin et je ne doute pas que leurs capacités remettent le moins du monde en cause leur sincérité. Ce qui m’inquiète un peu plus, c’est de voir des néophytes tenter Lire la suite

Les mots et mantras de 2019 que je voudrais emporter avec moi en 2020

Je sais qu’il est déjà un peu tard pour les bilans mais je viens juste de refermer définitivement mon agenda 2019 : j’ai reporté les adresses importantes, reconduits les tableaux de suivis divers et variés, complété les listes de pense-bêtes jamais totalement écopées, admiré les gribouillages et petits mots des enfants, sauvé une ou deux photos et relus les pensées inspirantes que j’avais noté çà et là.

Je vous les partage en guise de vœux (et malgré leurs évidentes contradictions) :

La vie a beaucoup plus d’imagination que nous.
François Truffaut.

Ne crains pas d’avancer lentement, crains seulement de t’arrêter.
Proverbe chinois.

La meilleur façon de se délivrer d’une tentation, c’est d’y céder.
Oscar Wilde.

Soyez à vous-mêmes votre propre refuge.
Bouddha.

Les filles sages vont au Paradis, les autres vont où elles veulent.
Samuele

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Les sédiments

Je suis un lac. Susceptible en surface, calme en profondeur.

Ce qui me trouble laisse l’ancrage stable.

L’homme qui partage ma vie s’est posé sur cette surface, a créé des remous et doucement a sombré dans le fond. Avec les autres sédiments de mon existence passée, avec mes enfants, avec mes amours perdues, avec les relations familiales inextricables, avec les ambitions enfouies.

Les sédiments.

Tout se pose un jour ou l’autre. Ce qui reste en surface est finalement chassé par le vent, les intempéries, le temps.

Et les orages dans tout ça ? L’hiver aussi qui gèle la surface et les feuilles des plantes lacustres qui à l’automne tourbillonnent à la surface. Et le soleil qui joue de ses reflets aveuglant dans les vaguelettes d’un souffle printanier.

Au fond, la vie gagne, sans solution de continuité, sans aléas notables.

Il faut se ressourcer à cette immense source de stabilité. Garder confiance en l’inertie du monde en quelque sorte, ou en ce qui est plus grand que soi, c’est selon.

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