Amours, délices et orgue de barbarie

Nina se sentait légère et heureuse. Le sortilège de l’alcool et la fatigue, l’amour aussi la maintenait à quelques centimètres du sol.  Ses mouvements étaient ralentis et quelques peu saccadés, comme pixelisés mais le sourire radieux de Samuel – si grand qu’il devait être douloureux (comme le sien) – s’imprimait sur sa rétine à chaque fois qu’elle le croisait. Leurs mains moites nouées ne pouvaient plus se lâcher de peur de se laisser perdre, emporter par la foule.

Un léger sursaut de panique lui serra d’ailleurs l’estomac un instant : la musique des attractions foraines était assourdissantes et chaque fois qu’elle tournait la tête, les lumières éblouissantes, diffractées par l’obscurité et l’ivresse brouillait le décor d’un voile insaisissable.

Elle ne se laissa pourtant pas distraire et focalisa, au prix d’un effort soutenu, son attention sur la barbe à papa que Noémie lui tendait. Elle vit sa main saisir le bâtonnet collant, l’éviter une fraction de seconde puis sentit la section rectangulaire sous ses doigts. Elle s’agrippa. Elle sentit (ailleurs) ses doigts se dénouer de ceux de Samuel pour se plonger dans le nuage de sucre rose.

Elle déchira un lambeau de coton poisseux et le fourra dans Lire la suite « Amours, délices et orgue de barbarie »

Etre un père et une mère en temps de confinement… un défi ?!

Quand le confinement a commencé, je me suis spontanément tournée vers le bien-être de mes enfants : les occuper, les nourrir, leur expliquer, les défouler, faire la classe, trouver des jeux, etc.

Tout ça en télétravail !

Autant dire que ça n’a pas été optimal tout de suite…

Pendant que j’essayais de rassembler toute ma patience autour de la table du salon (un espace-école, un emploi du temps structuré, des activités par milliers, une imprimante accessible, des feutres, 2 paires de ciseaux et de la colle…) , mon inséparable a essayé de son côté de continuer à bosser comme si de rien n’était. Ils nous a aménagé deux bureaux confortables sommaires avec une demi-table d’appoint, une table de jardin et 2 chaises du salon : lui dans notre chambre, moi dans la chambre d’amis (entre les piles de linge à plier et les sacs de linge sale, comme ça, si je m’ennuie…).

Il y a un truc que je dois avouer aussi : j’ai une légèrement tendance maniaque… C’est une des raisons qui m’avaient fait vriller à l’issue de mon congé parental d’ailleurs : lorsque je reste « trop » chez moi, les moutons de poussière prennent la taille d’éléphants d’Asie, les coulures de sauce tomate sur le buffet de la cuisine se tentent de sang, les toiles d’araignées semblent prêtent à m’emprisonner, etc.

Je dois également avouer que faire 3 à 4 repas par jours me gonfle prodigieusement : trouver une idée, cuisiner, mettre le couvert, débarrasser… parce que les petit-déjeuner et goûter sont aussi des épreuves de force (noooooooon ! j’ai déjà eu des pains au lait hier matin !!!… j’aimeuh pas les barquettes à la fraise, je veux celles au chocolat !!!) …et puis voir inévitablement les innombrables miettes sous la table se mettre à ramper vers moi d’un seul mouvement, leurs dents acérées ouvertes sur un sourire sadique !

Bref, je ne suis pas tout à fait ce qu’on appelle une « femme d’intérieur ».

En revanche, je veux ce qu’il y a de mieux pour mes enfants et en ces temps de confinement, il n’y a pas vraiment le choix…

Seulement, alors que le déjeuner était en train de mijoter, après une heure d’école, une lessive (étendue), quelques activités musicales et Lire la suite « Etre un père et une mère en temps de confinement… un défi ?! »

Survivante

Alors que le berlingot marmoréen fondait sur sa langue, un souvenir la fit frissonner : les visites chez ce médecin taciturne en blouse blanche, son enfance, la douce main rassurante de sa mère, la douleur aiguë de la piqûre…

Aujourd’hui, les virus désactivés se suçotaient lentement avant de retrouver les bras de Morphée – pour garantir l’immunité du lendemain – et la vie de bohème dont elle rêvait à 10 ans n’était plus une utopie mais une question de survie.

Inès souffla la bougie et s’emmitoufla dans son sac de couchage. Le murmure de la rivière se fit oppressant dans l’obscurité. Elle craignait de ne pas entendre d’éventuels maraudeurs. Il ne lui restait plus que quatorze berlingots. Elle ne pouvait pas courir le risque de se les faire voler. Plus que deux semaines avant qu’une aube vernale ne la tire des périls de l’hiver. Deux semaines encore et elle pourrait espérer résister une année supplémentaire.

Il faudrait encore se procurer des vaccins avant l’automne suivant mais c’était encore loin… Elle aurait tout l’été pour préparer une excursion vers la Ville engorgée d’êtres encore humains mais en loques, leurs visages creusés par les aspérités d’une existence saturée de dangers, prêts à tuer pour ces cachets.

Elle enfoui sa tête entière à l’intérieur du sac de couchage comme pour se couper du monde et de ces innombrables pensées qui à nouveau la tiendraient éloignée du sommeil. Il faisait si froid et elle avait tant besoin de repos… A quoi tenait qu’elle parvenait à s’accrocher si fort à la vie ?

 


des mots une histoire olivia billington

C’est ma participation au rendez-vous de Olivia Billington : Des mots, une histoire. (Cliquez sur le logo pour en savoir plus 😉

Retrouvez mes précédentes participations ici, et .

Et celles des autres blogueur.se.s ici.

 

Avoir des enfants, c’est apprendre la tolérance de l’intérieur

Je crois avoir toujours été plutôt tolérante et assez ouverte d’esprit. Tout est dans la nuance… En effet, mon éducation a infiltré en moi tout un tas de préjugés crasses dont je n’avais pas forcément conscience.

Mais le jour où ma fille est née, j’ai été électrocutée par cette idée : je l’aimerai (je dois l’aimer) quoi qu’il advienne.

Et surtout : elle deviendra une personne autonome, différente, unique qu’il me faudra aimer avec toutes ses imperfections et tous mes préjugés.

C’est inconditionnel et infini.

Ce n’est pas comme prétendre qu’on n’est pas raciste parce qu’on a un ami noir.

Ça part des tripes et c’est immense.

Par exemple, elle sera peut-être grosse.

J’ai j’avais une énorme

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Interruption du trafic

En septembre 2015 et sous le même titre, je publiais sur un autre blog (aujourd’hui fermé) les mots suivants :


Ce matin, aux infos : des migrants se sont introduits dans le tunnel sous la Manche. 6 trains ont été immobilisés ou déroutés. Le trajet de plusieurs centaines de personnes a été perturbé… Et alors ?

Quelle indécence ! Que sont ces quelques heures de patience, une nuit hors de chez soi ou un voyage annulé face à une vie de souffrance et de misère, un déracinement total et définitif ?

On fait témoigner des passagers qui osent déclarer avoir frôlé l’émeute… Vraiment ? Ils se seraient révoltés pour porter assistance à ces pauvres hères désincarnés ? Non. Et rassurons-nous, eux n’auront pas Lire la suite « Interruption du trafic »

Bloguer pour de vrai ???

Je n’ai pas parlé blogging depuis longtemps. Je n’ai d’ailleurs pas blogué très sérieusement ces derniers temps mais j’ai renoué récemment avec une certaine forme de régularité (pour les très fidèles qui l’auraient remarqué…) : un burn out, des challenges et de grandes envies de changement.

Je voudrais que l’écriture m’accompagne et ma première fenêtre pour les mots est ici sur ce blog qui me dit si bien en si peu de mots :

« celle qui se disperse »

Pour blogger « sérieusement » et maintenir un lectorat engagé, il faut d’abord choisir « un angle », « une niche »… Malgré des idées par milliers, je ne me suis toujours pas résolue à me concentrer sur une cible et ne parler que d’un seul sujet parmi tous ceux qui me tiennent à cœur.

Pourtant, j’aurais rêvé devenir « blogueuse professionnelle » et sortir du lot : que mon avis et mes billets comptent, que des Lire la suite « Bloguer pour de vrai ??? »

Le dîner de coqs

 

Aujourd’hui, je participe au challenge d’écriture proposé par Marie du blog L’atmosphérique.

challenge_ecriture_2020

Le thème d’aujourd’hui est « le dîner d’ex amants » inspiré du livre “Partition amoureuse” de Tatiana de  Rosnay. Dans ce roman, le personnage principal, qui est une femme, a une idée originale “inviter les hommes qui ont le plus comptés pour elle, seuls, sans femme ou petite amie – un diner d’ex amants.”  


Esther déposa la dernière touche de mascara noir sur ses cils et recula d’un pas pour se jauger. Okay, ça irait comme ça. Les rides et les fils gris dans ses cheveux, il faudrait faire avec.

Elle se dirigea vers le salon en scannant le couloir : rien ne traînait. Son home sweet home avait tout l’air d’un appartement témoin Ikea. Parfait. Il n’était pas question de rajouter de la vulnérabilité à cette soirée qui allait, quoiqu’elle fasse, la dévaster.

La table était dressée, le plan de table fixé dans sa tête (Lionel –  le brun ténébreux, Jonathan – le blond athlétique, elle-même – la proie, Rémi – l’intello séduisant et Sylvain – l’artiste maudit), les lasagnes gratinaient dans le four. Elle s’autorisa un premier mojito sur son balcon en attendant ses invités. Le soleil descendait doucement sur l’horizon de ses amours perdues.

Elle essaya de déterminer lequel de Lire la suite « Le dîner de coqs »

Quelques minutes de répit

Justine posa discrètement la main sur son ventre. Ça tirait encore sur la cicatrice de la césarienne. Elle prit une profonde inspiration pour laisser passer la gêne, releva le menton pour laisser le soleil inonder son visage et ferma les yeux. Les paroles de ses collègues flottaient autour d’elle comme des papillons transparents. Ces minutes étaient précieuses.

Malgré le plaisir que lui procurait inévitablement cette causette au soleil, elle pensait toujours à ce qu’elle aurait pu faire de sa pause méridienne : du plus efficace – traiter ses mails, du plus léger – fignoler son dernier billet de blog, du plus sain – une séance de yoga ou un footing… Non, elle ne faisait plus rien de tout ça !

La douleur dans le bas ventre lui rappelait ses contraintes et ses engagements : rentrer pour 18h, cuisiner quelque chose d’équilibré et Lire la suite « Quelques minutes de répit »

The end of the f***ing world, c’est déjà fini ?

Ça a juste l’air d’une série pour ados, légèrement ténébreuse, un rien désabusée… c’est en réalité une oeuvre géniale qui ne signe pas la fin du monde mais le change un peu !

En psychopathe auto-proclamé qui se respecte, James veut tuer Alyssa. Il se trouve que Alyssa veut fuir son quotidien et se jette dans la gueule du loup (timide et décalé). Ces deux-là ne vont plus se lâcher et s’embarquent furieusement dans un road trip morbide à l’humour grinçant.

OK, j’adore les séries britanniques. OK, j’adore le rock anglais. OK, l’accent de Jessica Barden est délicieusement badass. OK, Alex Lawther a un faux air de Hugh Grant jeune (ça me rappelle ma propre adolescence…) mais il y a aussi cette atmosphère façon Tarantino, une esthétique plus proche d’un grand film que d’une banale série.

D’ailleurs le format est surprenant : 8 épisodes courts (autour de 20 minutes) pour chaque saison qui auraient donc pu tenir sans problème dans un film de 2h30 (donc plutôt un film court, d’après la tendance actuelle ^^) mais que je n’aurais pas eu le plaisir de découvrir puisque je ne mate plus que des séries !

Les personnages sont à la fois denses et subtils, attachants et excentriques. Malgré leur jeune âge, ils ont déjà de lourdes histoires à traîner qui les singularisent sans pour autant tomber dans le cliché ni le pathos. On sent bien ici que Lire la suite « The end of the f***ing world, c’est déjà fini ? »

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