C’est une anecdote qui m’est revenue récemment… Avec toutes les histoires qui sortent, j’aurais d’autres anecdotes plus rudes à raconter… mais c’est de celle-là dont je veux témoigner aujourd’hui sur ce blog.

J’avais 24 ans. Je venais d’entrer dans la vie active. Un après-midi pluvieux d’un trop long week-end, direction la cour St Emilion à Paris pour une séance de ciné.

J’étais célibataire et assez solitaire. Le cinéma faisait partie de mes principales occupations : de longues heures dans la pénombre pour ne pas voir le temps passer.

Debout dans le métro, mon voisin de barre m’interpelle. Sans animosité, aucune agressivité, avec une politesse discrète mais efficace, il prend toutes les informations nécessaires et en 5 minutes à peine sait comment je m’appelle, ce que je fais dans la vie et surtout quel est mon programme de la journée.

J’ai répondu à toutes ses questions. Sans doute de mauvaise grâce, en maugréant des réponses courtes mais précises.

Puis il s’invite. Je ne sais plus exactement quels sont les mots mais le fait est là : il m’a certainement demandé mon assentiment, sans me laisser pourtant le choix. Comment empêcher quelqu’un dans la rue de marcher à votre côté ? de prendre un ticket à votre suite ? puis de choisir le siège à votre droite ?

Il m’a suivie au ciné puisque à aucun moment, je n’ai réussi à lui signifier que je ne voulais pas qu’il soit là. Il s’est assis à côté de moi et a partagé mon accoudoir toute une séance.

L’histoire s’arrête là. Générique de fin, il est parti. Il ne m’a pas proposé un verre ou d’aller chez lui. Il ne m’a pas coincée dans un coin sombre, suivie chez moi ou quoi que ce soit.

Il s’est juste inscrit pendant 3 heures dans mon espace vital.

En silence, presque respectueusement.

J’aurais voulu être capable de lui dire non, de refuser son intrusion, de me respecter plus que lui et les conventions sociales.

Mais pour qui m’aurait-on pris si j’avais prétendu me sentir agressée par une demande si anodine émise par un jeune homme poli faisant bonne impression ?

Entre consentante et hystérique, il n’y a pas beaucoup de place pour les femmes dans notre société.

Et je ne veux pas de cette société pour mes enfants.

Je veux que ma fille se sente légitime de dire non. Je veux qu’elle se sente capable d’identifier les situations qui la mette mal à l’aise et de les nommer. Je ne veux jamais qu’elle se sente flattée alors qu’elle devrait se sentir agressée. Je ne veux pas qu’elle se retrouve dans une salle obscure assise au côté d’un inconnu aux intentions douteuses et inconvenantes.

Je veux que mon fils sache que seul un oui clair et tonitruant est un consentement. Je veux que mon fils n’imagine jamais que quelqu’un désire sa présence malgré les minauderies et les tentatives de rejet – aussi maladroites soient-elles.

Je ne peux pas faire marche arrière sur toutes les fois où une situation de ce genre m’a laissé une impression poisseuse. Je ne veux pas ressusciter toutes les histoires qui 12 après me hantent encore.

Je peux en revanche ajouter mon témoignage pour dire qu’en arriver là, non, ce n’est pas normal…

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