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Je me disperse

Essais & erreurs à la recherche de qui je suis

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Récit

Les pierres fines

Il a débarqué comme une apparition : j’ai levé les yeux et il me toisait. J’ai senti mon sang subitement se réchauffer.

Puis, une fois relevée, j’ai croisé ses yeux. Vairons. Son regard m’a aussitôt traversée, déshabillée, atteint mon âme et sondé mes désirs les plus profonds.

Il a profité de mon étonnement pour tirer une balle de précision.

Avec son tir, une rafale de vent sur l’univers tout entier. Les cheveux se soulèvent. Les poumons se remplissent. Les nuages s’écartent. La teinte du monde sature.

L’éclat du soleil soudain plus intense.

L’instant d’après, le souffle retombe. Sous le choc, la balle s’est logée à la périphérie de mon cœur. Là où ça fait mal mais où ça ne tue pas.

Elle est là : bleue et verte, ronde et lisse, minuscule. Une turquoise dense et lumineuse.

Pour le moment, elle me gêne, coupe un peu ma respiration quand les pensées s’agrègent autour d’elle, pèse dans ma poitrine à chaque fois que j’essaie de projeter mon regard plus loin et d’inspirer plus profondément.

Mais je sais qu’un cal se formera insensiblement autour d’elle, à chaque inspiration plus dur. A chaque expiration, plus souple. Finalement assimilé, il structurera la forme spécifique de mon âme.

Un cailloux de plus sur mon sentier.

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Le même sourire mais l’envie en moins

Quand je l’ai rencontré, ses cheveux étaient un peu trop longs et de magnifiques boucles dorées se dessinaient au soleil de son sourire radieux. Un air bohème.

Je l’ai trouvé beau, sûr de lui, arrogant presque.

Puis je l’ai découvert rassurant, plein de doutes, ambitieux, artiste.

Je vois quand ses yeux se posent sur moi une admiration hésitante.

Je me rappelle cet instant si

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La débâcle

Il a dit non.

Et j’attendais un oui. J’étais sûre qu’il dirait oui.

J’avais imaginé qu’il dirait oui.

Alors je plonge de l’Everest jusque dans la fosse des Mariannes.

Et ce versant de mon âme qui s’était mis à voir la vie en rose bonbon (volonté, ambition, complétude) a explosé en plusieurs milliards de minuscules éclats lumineux. Emportant leur énergie au loin. Libérant soudain ce monstre de noirceur qui m’habite. Redoutable aimant vers le néant : l’eau noire s’étend sous le pont, glacée, animée d’un courant fort et inexorable. Le poids dans mon dos m’offre en plus une certitude.

Je m’abîme dans le songe de cet impact libératoire, du poids mort attiré vers

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Toujours la même chose

Je me tourne sur le côté et ses bras se referment sur moi, protection voluptueuse contre des cauchemars trop réalistes.

Qu’est-ce que je fais là ? Chercher ailleurs pour trouver la même chose…

La même retenue, le même tempo, presque les mêmes caresses, les mêmes non-dits… juste quelques faux-semblants. Une écoute renouvelée, une attention légèrement aiguisée par la nouveauté, la fébrilité de l’inconnu. Tant de choses qui ne dureront pas.

Et puis rien n’est vraiment différent : un autre corps, une autre voix, une autre odeur, un autre grain de peau et des poils. Mais juste un homme.

Alors je reste seule enfermée en moi-même. Et comme rien ne parvient à percer la surface de cette coquille tant de fois brisée et rafistolée, mes sensations à moi persistent, figées.

Mon corps – mon âme – moite et glacée de ne pouvoir recevoir davantage. Un frisson le long de l’échine et sentiment abyssal d’une existence somme toute vaine.

A quoi sert de vivre ?

Le type du métro #metoo

C’est une anecdote qui m’est revenue récemment… Avec toutes les histoires qui sortent, j’aurais d’autres anecdotes plus rudes à raconter… mais c’est de celle-là dont je veux témoigner aujourd’hui sur ce blog.

J’avais 24 ans. Je venais d’entrer dans la vie active. Un après-midi pluvieux d’un trop long week-end, direction la cour St Emilion à Paris pour une séance de ciné.

J’étais célibataire et assez solitaire. Le cinéma faisait partie de mes principales occupations : de longues heures dans la pénombre pour ne pas voir le temps passer.

Debout dans le métro, mon voisin de barre m’interpelle. Sans animosité, aucune agressivité, avec une politesse discrète mais efficace, il prend toutes les informations nécessaires et en 5 minutes à peine sait comment je m’appelle, ce que je fais dans la vie et surtout quel est mon programme de la journée.

J’ai répondu à toutes ses questions. Sans doute de mauvaise grâce, en maugréant des réponses courtes mais précises.

Puis il s’invite. Je ne sais plus exactement Lire la suite

Mon double positif

C’est un homme.

Grand et fort. Sûr de lui. Sportif. Magnétique. Séduisant.

Il enchaine les coups d’un soir, ne s’engage pas, joue le sentimental en parlant de ses ex. Il n’a pas d’enfant, dit en vouloir, ne fait rien pour, n’aurait pas de temps pour eux.

Un peu mytho aussi. Ou plutôt non : c’est cette façon de vivre et de rapporter ses expériences – des plus anodines aux plus extraordinaires – qui rend (le récit de) sa vie un peu exceptionnel.le.

Il réussit bien dans son boulot : il obtient ce qu’il souhaite, est apprécié, valorisé, les gens veulent bosser avec lui et les opportunités tombent.

On s’entend bien. On se comprend aussi. A demi-mot. Il y a une connexion particulière entre nous.

Comme s’il était mon double, le versant de ma vie qui aurait fait tous les choix inverses aux miens.

Et il a l’air plus heureux.

L’été indien

Il fait beau alors ils ont quitté le boulot un peu plus tôt pour profiter du soleil sur leur peau. Ils ont pris le chemin des écoliers et pédalent tranquillement dans les sous-bois quand F. bifurque subitement.

« Suis moi ! »

Il tourne encore sur un sentier plus étroit. L. sent immédiatement le désir monter et son sexe mouiller. L’attitude de F. est toujours sans équivoque.

Ils posent pied à terre. F. se retourne vers L. avec un sourire immense et mutin. Elle lâche son vélo sur Lire la suite

Séance de torture

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ! »

Je devais avoir à peine 10 ans quand j’ai entendu cette sentence pour la première fois. En sixième sûrement, alors que je venais de rentrer au collège avec une grosse année d’avance, laissant mes copines à l’école primaire et m’accablant d’une pression à la réussite complètement démesurée.

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ! » lança-t-elle sur un ton pincé, à la fois agacé et déçu. Le livre claque, elle me le tend.

« Tu ne la sais pas. Appelle-moi quand tu la sauras. »

La porte se referme.

Je pourrais sûrement lui dire que « savoir » n’est pas « comprendre ».

Je pourrais lâcher l’affaire puisque de toute Lire la suite

Le cœur plein d’ecchymoses

Il ne te contactera pas.

Le plus difficile, c’est sans doute de savoir qu’il n’y aura pas d’aléas.

Inutile d’espérer un message, de sursauter à la moindre vibration, de retourner ton téléphone toutes les 40 secondes à la recherche désespérée d’une notification quelconque.

Il ne tentera pas de te parler, de te faire un signe, de savoir comment tu vas. Aucune inflexion. Il ne laissera rien paraître d’avoir été blessé ou seulement touché. Hors d’atteinte.

Rien.

Il n’essaiera même pas mais le temps est ton allié.

Si tu recevais un message, s’il tentait

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