Pandore avait une boite

Lorsque Pandore débarqua chez Epiméthée, sous son châle de soie jaune, elle ne portait qu’une boite (une boite en carton scotchée sur toutes ses faces) confiée par Hermès à ses bons soins.

Elle ignorait pourquoi Zeus l’avait créée (elle et sa boite) et pourquoi il avait concédé cette union au frère de Prométhée – qu’il semblait pourtant exécrer : elle était belle et douce, habile et mélomane, cette transaction ressemblait davantage à un cadeau !

Tous les dieux avaient salué son départ, un petit air de satisfaction plaqué sur le visage : leur création plaisait au chef et l’équipe au complet s’était congratulée lorsque Pandore était sortie de glaise des mains d’Héphaïstos.

Aucun d’eux ne lui avait expliqué son rôle ni les enjeux de ce mariage. Mais elle avait surpris une conversation mentionnant le vol du feu par Prométhée et la rage dans laquelle Zeus était plongé depuis. Elle était rusée et ne manquerait pas de trouver le lien entre ces événements…

Il faudrait interroger Epiméthée pour comprendre ce qui l’avait poussé à accepter cette offre alors que Prométhée lui avait fait jurer de refuser le moindre geste de Zeus, fut-il décoré de pâte à sucre. Celui-là serait facile à contraindre : sa plus grande faiblesse n’était pas dans la béquille qui servait à soutenir une jambe blessée mais dans son désir violent pour la jeune fille.

Découvrir le contenu de la fameuse boite serait plus difficile maintenant que son époux l’avait confisquée et dissimulée dans ses appartements. Elle songea qu’à la nuit venue, elle pourrait fureter à sa guise : il suffirait de ses charmes et d’un charme pour épuiser le bonhomme et d’un outil adéquat pour ouvrir n’importe quelle porte !

Sa curiosité (savamment attisée par Hermès au moment de sa création) était telle que rien ne semblait pouvoir lui résister. Parvenue à ses fins, elle libéra le secret : une vengeance totale faite de tous les maux de l’humanité.

La Maladie, les Conflits, la Faim, la Misère, les Péchés, la Vieillesse, les Douleurs, la Passion, les Folies et l’Orgueil.

Pandore se jeta sur le carton pour tenter de retenir l’évasion de ces malheurs. En vain. De ses délicates mains blanches, elle venait d’oppresser l’humanité pour l’éternité.


 

C’est ma participation aux ‘Plumes’ chez Emilie.

Retrouvez ma précédente participation ici.

La sensibilité du sicaire

L’écho du grincement de la porte rebondit sur les meubles dodus, les bibelots colorés, les tapis épais et les cadres par milliers.

Alex observa quelques instants Ma en train de fleurir son capharnaüm, fredonnant l’ouverture 1812 de Tchaïkovsky (sa vénération pour ce compositeur dépassait l’entendement) : ses gestes ralentis par la sécheresse de l’été qui n’en finissait pas, le cliquetis des heures inexorables, la peine des êtres chers perdus il y a longtemps, le manque d’amour et de compagnie, la vieillesse. Une vie entière s’étalait là, dans cet amoncellement de tristesse poussiéreuse, dans l’effort payé à chaque souffle, dans la musique qui berçait ses mouvements las.

Le reflet du visage de Ma (un miroir fissuré encadré par un portrait de clown et un paysage de montagne) percuta la rétine d’Alex et une larme coula sur sa joue.

Le mandataire connaissait-il le lien si fort qui les unissait ?

Trop tard. Il tira une balle dans la nuque de la vieille. Son salaire parait les mouchoirs et les remords.


des mots une histoire olivia billingtonC’est ma participation au rendez-vous de Olivia Billington : Des mots, une histoire : une sélection de mots (en gras) à recaser dans un texte de fiction.

Cliquez sur le logo pour aller sur son site 😉

Retrouvez mes précédentes participations ici.

Et celles des autres blogueur.se.s .

A l’heure bleue

Le vent souffle fort : le moulin ne faiblit pas. Le meunier sifflote, sa mélodie emportée par le brouhaha et l’odeur de la farine. Il songe à fuir avec elle…

La récolte a été bonne et il aurait pu se régaler de cerises juteuses. Il faudra pourtant regagner le gîte et faire honneur au couvert : l’éternel fricot ! Un bec salé ne se décrète pas ! Il aurait pu même être abstème s’il avait réussi à négocier des fruits à tous les repas…

Mais maman mésange ne cédera pas : un ver de terre à chaque repas fera un oiseau fort et gras !


des mots une histoire olivia billingtonPour ma participation de cette semaine à l’atelier d’Olivia Billington : « des mots, une histoire« , j’ai joué avec un sens du mot « meunier » que j’ai découvert à cette occasion.

ORNITH. Nom usuel de la mésange bleue.

J’ai découvert aussi les mots fricot (une viande grossièrement cuisinée) et abstème (qui ne boit pas de vin).

 

Mieux vaut cajoler que jamais

Bercer mon enfant mal-aimé

Et lui offrir un libre envol

Un désir de vie essaimer

Bercer mon enfant mal-aimé

Au son d’une sombre farandole

Trouver des caprices à clamer

Bercer mon enfant mal-aimé

Et lui offrir un libre envol


challenge_ecriture_2020

C’est ma participation au challenge d’écriture #19 de Marie Kléber : le triolet, forme de poème fixe composé de huit vers sur deux rimes. Les vers n°1, 4 et 7 ainsi que les vers n°2 et 8 sont identiques. Les vers sont habituellement octosyllabique (8 pieds).

Pour retrouver ma précédente participation, c’est ici.

Un instant d’égarement

C’est comme un élan d’énergie vitale qui me traverse.

Comme si j’avais repris possession des contours de mon corps (en creux et en bosses)

Et des contours de mon existence dans le même temps.

J’ai envie d’assortir les couleurs,

de lisser mes cheveux,

d’orner ce qui reste de chair potable.

Sexy.

J’ai envie de sourire, même de rire et de faire pétiller mon regard.

Elle m’a dit qu’elle me trouvait très jolie.

J’ai envie de la croire.

Ce qui me semblait l’essence de mon existence actuelle me frappe comme des contraintes.

Certains contraintes s’ouvrent en opportunités.

C’est un kaléidoscope qu’on aurait secoué pour découvrir des couleurs et des formes insoupçonnées.

Ce qui m’a été arraché l’a été en pleine conscience

et sinon avec bonheur

du moins avec sérénité.

C’est libérateur.

Savoir choisir, c’est une forme d’être.

Je suis aussi cette femme libre.

J’ai du temps devant moi pour expérimenter,

découvrir,

explorer…

prendre des risques !

Elle sourit et elle a l’air cool.

Elle me regarde intensément et m’offre une véritable présence.

Elle me contacte sans raison.

Pourquoi pas ?

Escobarderie

Frédéric avait l’air honnête pourtant : un costume foncé, une chemise blanche, pas de cravate, des chaussures noires mal cirées… Des lunettes à bords fins à travers lesquelles se dessinait un regard placide.

Elle se sentait toujours un peu décalée et obsédée par ce décalage sans pouvoir néanmoins le combler. Aujourd’hui, sa tunique pleine de broderies, des couleurs criardes…  Une sorcière.

Décidément, certains codes lui manquaient.

Il lui laissait toujours le temps de répondre : un silence légèrement tendu entre sa réponse et la question suivante. Pour lui permettre de rebondir (ou de palper son désarroi), de la pousser à la faute, la phrase de trop qu’il pourrait ensuite retenir contre elle.

A bien y regarder, son regard était fuyant surtout… Un briscard de l’organisation qui avait gravi les échelons inexorablement, qu’avait-elle pu croire ?

« Je me déroberais aussi si je pouvais », pensa-t-elle même si ça ne lui ressemblait pas et qu’elle aurait plutôt eu tendance à partir en croisade coûte que coûte.

Elle attrapa l’heure en bas à droite de l’écran sur lequel défilait ses objectifs annuels : plus que 10 minutes, son cours d’aérobic démarrait dans 40 minutes… Elle décroisa les jambes et prit une longue inspiration. Frédéric allait encore lui rappeler son irrévérence acerbe, ses manières trop brusques, quelques décisions décriées, ses déboires avec la hiérarchie, sa fâcheuse tendance à désobéir tout simplement.

Pas ses compétences pourtant.

Il fallait qu’il la recadre, à chaque fois. C’était humiliant.

Finalement, il lui donnait un 3. Sur un maximum de 4. Même si c’était ce qu’elle méritait, elle était soulagée. La cohérence n’était pas la règle. Elle jeta un œil sur les multiples crobards qu’elle avait griffonné pendant l’entretien : des arbres. Garder la tête haute : malgré les faussetés, les couleuvres, les dissimulations.

Garder la tête haute et bien faire son travail. Etre juste quelqu’un de bien. Ou essayer. Malgré tout.


C’est ma participation au mot mystère #18 chez Lilou Soleil.

 

Amours, délices et orgue de barbarie

Nina se sentait légère et heureuse. Le sortilège de l’alcool et la fatigue, l’amour aussi la maintenait à quelques centimètres du sol.  Ses mouvements étaient ralentis et quelques peu saccadés, comme pixelisés mais le sourire radieux de Samuel – si grand qu’il devait être douloureux (comme le sien) – s’imprimait sur sa rétine à chaque fois qu’elle le croisait. Leurs mains moites nouées ne pouvaient plus se lâcher de peur de se laisser perdre, emporter par la foule.

Un léger sursaut de panique lui serra d’ailleurs l’estomac un instant : la musique des attractions foraines était assourdissantes et chaque fois qu’elle tournait la tête, les lumières éblouissantes, diffractées par l’obscurité et l’ivresse brouillait le décor d’un voile insaisissable.

Elle ne se laissa pourtant pas distraire et focalisa, au prix d’un effort soutenu, son attention sur la barbe à papa que Noémie lui tendait. Elle vit sa main saisir le bâtonnet collant, l’éviter une fraction de seconde puis sentit la section rectangulaire sous ses doigts. Elle s’agrippa. Elle sentit (ailleurs) ses doigts se dénouer de ceux de Samuel pour se plonger dans le nuage de sucre rose.

Elle déchira un lambeau de coton poisseux et le fourra dans Lire la suite « Amours, délices et orgue de barbarie »

Survivante

Alors que le berlingot marmoréen fondait sur sa langue, un souvenir la fit frissonner : les visites chez ce médecin taciturne en blouse blanche, son enfance, la douce main rassurante de sa mère, la douleur aiguë de la piqûre…

Aujourd’hui, les virus désactivés se suçotaient lentement avant de retrouver les bras de Morphée – pour garantir l’immunité du lendemain – et la vie de bohème dont elle rêvait à 10 ans n’était plus une utopie mais une question de survie.

Inès souffla la bougie et s’emmitoufla dans son sac de couchage. Le murmure de la rivière se fit oppressant dans l’obscurité. Elle craignait de ne pas entendre d’éventuels maraudeurs. Il ne lui restait plus que quatorze berlingots. Elle ne pouvait pas courir le risque de se les faire voler. Plus que deux semaines avant qu’une aube vernale ne la tire des périls de l’hiver. Deux semaines encore et elle pourrait espérer résister une année supplémentaire.

Il faudrait encore se procurer des vaccins avant l’automne suivant mais c’était encore loin… Elle aurait tout l’été pour préparer une excursion vers la Ville engorgée d’êtres encore humains mais en loques, leurs visages creusés par les aspérités d’une existence saturée de dangers, prêts à tuer pour ces cachets.

Elle enfoui sa tête entière à l’intérieur du sac de couchage comme pour se couper du monde et de ces innombrables pensées qui à nouveau la tiendraient éloignée du sommeil. Il faisait si froid et elle avait tant besoin de repos… A quoi tenait qu’elle parvenait à s’accrocher si fort à la vie ?

 


des mots une histoire olivia billington

C’est ma participation au rendez-vous de Olivia Billington : Des mots, une histoire. (Cliquez sur le logo pour en savoir plus 😉

Retrouvez mes précédentes participations ici, et .

Et celles des autres blogueur.se.s ici.

 

Le dîner de coqs

 

Aujourd’hui, je participe au challenge d’écriture proposé par Marie du blog L’atmosphérique.

challenge_ecriture_2020

Le thème d’aujourd’hui est « le dîner d’ex amants » inspiré du livre “Partition amoureuse” de Tatiana de  Rosnay. Dans ce roman, le personnage principal, qui est une femme, a une idée originale “inviter les hommes qui ont le plus comptés pour elle, seuls, sans femme ou petite amie – un diner d’ex amants.”  


Esther déposa la dernière touche de mascara noir sur ses cils et recula d’un pas pour se jauger. Okay, ça irait comme ça. Les rides et les fils gris dans ses cheveux, il faudrait faire avec.

Elle se dirigea vers le salon en scannant le couloir : rien ne traînait. Son home sweet home avait tout l’air d’un appartement témoin Ikea. Parfait. Il n’était pas question de rajouter de la vulnérabilité à cette soirée qui allait, quoiqu’elle fasse, la dévaster.

La table était dressée, le plan de table fixé dans sa tête (Lionel –  le brun ténébreux, Jonathan – le blond athlétique, elle-même – la proie, Rémi – l’intello séduisant et Sylvain – l’artiste maudit), les lasagnes gratinaient dans le four. Elle s’autorisa un premier mojito sur son balcon en attendant ses invités. Le soleil descendait doucement sur l’horizon de ses amours perdues.

Elle essaya de déterminer lequel de Lire la suite « Le dîner de coqs »

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑