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Je me disperse

Essais & erreurs à la recherche de qui je suis

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Récit

Des moitiés de nous

Je finirai tout seul. Inévitable.

Je ne sais pas si c’est mon destin, cette promesse faite à moi-même de bosser pour réussir, réussir dans la vie, être reconnu et estimé qui est en train de prendre le goût de la fatalité. Peut-être est-ce simplement que j’ai fait les mauvais choix.

Certes, je marche bien, je n’ai pas à me plaindre. Je vais atteindre les objectifs que je me suis fixés dans le boulot. Mais ailleurs ? Que dire d’une vie de labeur acharné ? Comment justifier ces priorités au regard du temps qui passe ?

Toujours seul. Je me couche seul. Je pars en vacances seul. Je prends mon petit dej avec mon téléphone. Personne à mon chevet lorsque je suis malade.

Seul.

Je pourrais sûrement encore trouver quelqu’un pour partager ça. Une jolie poupée simple et amoureuse, qui me laisserait vivre ma vie sans trop poser de questions. Elle me ferait des enfants, des petits plats et la lessive. Il n’est pas trop tard pour ça.

Je continuerais à bosser jours et nuits, je prendrais des maîtresses pour débrouiller mes pulsions, je partirais des jours ou des semaines pour mes trails, mon boulot ou les femmes. Elle ne dirait rien, se chargerait de tout. Elle m’aimerait inconditionnellement. J’ai déjà eu des candidates.

Pas comme Pauline qui ne supportait plus les horaires à rallonge, ne jamais savoir quand j’allais rentrer, l’odeur d’une autre sur mes chemises. Cinq ans de ma vie foutu en l’air par insouciance. Bien sûr je l’ai aimée, pas comme elle aurait voulu mais quand même beaucoup. J’ai eu trop vite confiance en Lire la suite

La flaque

Tu m’as dit plusieurs fois qu’il fallait vivre à fond. Que la mort pouvait s’inviter à tout instant. Tu m’as donné des exemples.

Tu as raison. Tu penses à ta mort. J’y pense aussi. Et je ne comprends pas : on est là à se regarder en chiens de faïence sans oser s’approcher, sans faire ce tout petit pas.

Je pense alors à ma mort. Et surtout à tout ce que j’ai en moi pour toi, immense. Un truc gros comme ça qui se déversera sur le trottoir le jour où je me ferais percuter par une voiture. Qui coulera, visqueux, dans le caniveau. Comme du sang, pourpre mais irisé, comme un hydrocarbure. Tout ça restera là, mal étalé de longs jours à sécher. Tu ne l’auras pas pris alors d’autres pourront se servir en passant. Récolter une petite fiole de tout ce beau liquide pour les jours difficiles. Ou marcher dedans dans la plus totale indifférence et râler parce qu’il va falloir faire quelque chose de ces chaussures dégueulasses avant de rentrer. Peut-être que quelqu’un nettoiera à grande eau, sous un jet puissant, alors ce truc fort qui vit en moi se diluera, perdra son intensité et sa densité. Ce ne sera plus rien pour toi, plus rien pour personne. Je serai morte et tu n’auras rien eu.

C’est dommage.

Les pierres fines

Il a débarqué comme une apparition : j’ai levé les yeux et il me toisait. J’ai senti mon sang subitement se réchauffer.

Puis, une fois relevée, j’ai croisé ses yeux. Vairons. Son regard m’a aussitôt traversée, déshabillée, atteint mon âme et sondé mes désirs les plus profonds.

Il a profité de mon étonnement pour tirer une balle de précision.

Avec son tir, une rafale de vent sur l’univers tout entier. Les cheveux se soulèvent. Les poumons se remplissent. Les nuages s’écartent. La teinte du monde sature.

L’éclat du soleil soudain plus intense.

L’instant d’après, le souffle retombe. Sous le choc, la balle s’est logée à la périphérie de mon cœur. Là où ça fait mal mais où ça ne tue pas.

Elle est là : bleue et verte, ronde et lisse, minuscule. Une turquoise dense et lumineuse.

Pour le moment, elle me gêne, coupe un peu ma respiration quand les pensées s’agrègent autour d’elle, pèse dans ma poitrine à chaque fois que j’essaie de projeter mon regard plus loin et d’inspirer plus profondément.

Mais je sais qu’un cal se formera insensiblement autour d’elle, à chaque inspiration plus dur. A chaque expiration, plus souple. Finalement assimilé, il structurera la forme spécifique de mon âme.

Un cailloux de plus sur mon sentier.

Le même sourire mais l’envie en moins

Quand je l’ai rencontré, ses cheveux étaient un peu trop longs et de magnifiques boucles dorées se dessinaient au soleil de son sourire radieux. Un air bohème.

Je l’ai trouvé beau, sûr de lui, arrogant presque.

Puis je l’ai découvert rassurant, plein de doutes, ambitieux, artiste.

Je vois quand ses yeux se posent sur moi une admiration hésitante.

Je me rappelle cet instant si

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La débâcle

Il a dit non.

Et j’attendais un oui. J’étais sûre qu’il dirait oui.

J’avais imaginé qu’il dirait oui.

Alors je plonge de l’Everest jusque dans la fosse des Mariannes.

Et ce versant de mon âme qui s’était mis à voir la vie en rose bonbon (volonté, ambition, complétude) a explosé en plusieurs milliards de minuscules éclats lumineux. Emportant leur énergie au loin. Libérant soudain ce monstre de noirceur qui m’habite. Redoutable aimant vers le néant : l’eau noire s’étend sous le pont, glacée, animée d’un courant fort et inexorable. Le poids dans mon dos m’offre en plus une certitude.

Je m’abîme dans le songe de cet impact libératoire, du poids mort attiré vers

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Toujours la même chose

Je me tourne sur le côté et ses bras se referment sur moi, protection voluptueuse contre des cauchemars trop réalistes.

Qu’est-ce que je fais là ? Chercher ailleurs pour trouver la même chose…

La même retenue, le même tempo, presque les mêmes caresses, les mêmes non-dits… juste quelques faux-semblants. Une écoute renouvelée, une attention légèrement aiguisée par la nouveauté, la fébrilité de l’inconnu. Tant de choses qui ne dureront pas.

Et puis rien n’est vraiment différent : un autre corps, une autre voix, une autre odeur, un autre grain de peau et des poils. Mais juste un homme.

Alors je reste seule enfermée en moi-même. Et comme rien ne parvient à percer la surface de cette coquille tant de fois brisée et rafistolée, mes sensations à moi persistent, figées.

Mon corps – mon âme – moite et glacée de ne pouvoir recevoir davantage. Un frisson le long de l’échine et sentiment abyssal d’une existence somme toute vaine.

A quoi sert de vivre ?

Le type du métro #metoo

C’est une anecdote qui m’est revenue récemment… Avec toutes les histoires qui sortent, j’aurais d’autres anecdotes plus rudes à raconter… mais c’est de celle-là dont je veux témoigner aujourd’hui sur ce blog.

J’avais 24 ans. Je venais d’entrer dans la vie active. Un après-midi pluvieux d’un trop long week-end, direction la cour St Emilion à Paris pour une séance de ciné.

J’étais célibataire et assez solitaire. Le cinéma faisait partie de mes principales occupations : de longues heures dans la pénombre pour ne pas voir le temps passer.

Debout dans le métro, mon voisin de barre m’interpelle. Sans animosité, aucune agressivité, avec une politesse discrète mais efficace, il prend toutes les informations nécessaires et en 5 minutes à peine sait comment je m’appelle, ce que je fais dans la vie et surtout quel est mon programme de la journée.

J’ai répondu à toutes ses questions. Sans doute de mauvaise grâce, en maugréant des réponses courtes mais précises.

Puis il s’invite. Je ne sais plus exactement Lire la suite

Mon double positif

C’est un homme.

Grand et fort. Sûr de lui. Sportif. Magnétique. Séduisant.

Il enchaine les coups d’un soir, ne s’engage pas, joue le sentimental en parlant de ses ex. Il n’a pas d’enfant, dit en vouloir, ne fait rien pour, n’aurait pas de temps pour eux.

Un peu mytho aussi. Ou plutôt non : c’est cette façon de vivre et de rapporter ses expériences – des plus anodines aux plus extraordinaires – qui rend (le récit de) sa vie un peu exceptionnel.le.

Il réussit bien dans son boulot : il obtient ce qu’il souhaite, est apprécié, valorisé, les gens veulent bosser avec lui et les opportunités tombent.

On s’entend bien. On se comprend aussi. A demi-mot. Il y a une connexion particulière entre nous.

Comme s’il était mon double, le versant de ma vie qui aurait fait tous les choix inverses aux miens.

Et il a l’air plus heureux.

L’été indien

Il fait beau alors ils ont quitté le boulot un peu plus tôt pour profiter du soleil sur leur peau. Ils ont pris le chemin des écoliers et pédalent tranquillement dans les sous-bois quand F. bifurque subitement.

« Suis moi ! »

Il tourne encore sur un sentier plus étroit. L. sent immédiatement le désir monter et son sexe mouiller. L’attitude de F. est toujours sans équivoque.

Ils posent pied à terre. F. se retourne vers L. avec un sourire immense et mutin. Elle lâche son vélo sur Lire la suite

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