Il a débarqué comme une apparition : j’ai levé les yeux et il me toisait. J’ai senti mon sang subitement se réchauffer.

Puis, une fois relevée, j’ai croisé ses yeux. Vairons. Son regard m’a aussitôt traversée, déshabillée, atteint mon âme et sondé mes désirs les plus profonds.

Il a profité de mon étonnement pour tirer une balle de précision.

Avec son tir, une rafale de vent sur l’univers tout entier. Les cheveux se soulèvent. Les poumons se remplissent. Les nuages s’écartent. La teinte du monde sature.

L’éclat du soleil soudain plus intense.

L’instant d’après, le souffle retombe. Sous le choc, la balle s’est logée à la périphérie de mon cœur. Là où ça fait mal mais où ça ne tue pas.

Elle est là : bleue et verte, ronde et lisse, minuscule. Une turquoise dense et lumineuse.

Pour le moment, elle me gêne, coupe un peu ma respiration quand les pensées s’agrègent autour d’elle, pèse dans ma poitrine à chaque fois que j’essaie de projeter mon regard plus loin et d’inspirer plus profondément.

Mais je sais qu’un cal se formera insensiblement autour d’elle, à chaque inspiration plus dur. A chaque expiration, plus souple. Finalement assimilé, il structurera la forme spécifique de mon âme.

Un cailloux de plus sur mon sentier.

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