Le mythe de la jambe derrière la tête #yoga

Je parle souvent de yoga sur ce blog finalement… Il faut reconnaître que c’est l’un des chemins les plus valables pour lutter contre une fâcheuse tendance à se disperser ^^ Ce n’est pourtant pas un chemin facile, loin de là.

Aujourd’hui, j’ai tout particulièrement envie d’en parler puisque je viens de débuter une formation de prof de yoga. En soi, ce n’est pas le meilleur moyen de cesser la dispersion parce que non, je ne compte pas enseigner…

Je ne dis pas non plus « jamais » (parce qu’il ne faut jamais dire jamais et) parce que peut-être cette formation révélera quelque chose de moi mais j’y crois peu.

Mon objectif est d’abord d’avoir un objectif i.e. trouver une porte pour sortir de cette fichue dépression. Les petits plans sur la comète que j’avais élaborés jusque-là se cassant consécutivement la gueule grâce à cette crise sanitaire de merde, j’ai décidé de revenir au fondamentaux – cette pratique qui me tient depuis 20 ans malgré mon irrégularité – et de me lancer dans une formation sur laquelle je lorgne depuis des lustres (enfin 1 lustre environ).

Eh bien, c’était génial !!!

Pourtant je m’en suis rendue préalablement malade : j’ai eu peur de ne pas être « au niveau », d’être ridicule, de ralentir le groupe, d’avoir été

présomptueuse de m’inscrire là sans vouloir enseigner, sans être particulièrement douée, sans avoir lu tous les ouvrages conseillés par la prof, etc.

Littéralement malade : syndrome du piriforme et migraine. Je suis restée clouée au lit toute la semaine dernière délirant à moitié sur l’absurdité de mes projets / mes envies et l’immensité de mes échecs. Ego écrasant contre lequel j’ai lutté dans la douleur et la fièvre pour constater que somme toute, il faudrait avancer avec (ou sans) lui.

J’avoue que j’avais été quelque peu ébranlée par une connaissance, elle-même prof de yoga reconnue, qui avait sèchement tempéré mon enthousiasme :

C’est bien. A la fin de ta formation, tu ne pourras pas enseigner ceci dit. Ce n’est que le début de ton parcours.

Elle a raison, ce n’est pas le propos. Obtenir le titre de professeur n’est qu’une étape sur le sentier de la connaissance et dans ce domaine, comme dans bien d’autres, il faut rester humble pour le mériter.

Non, ce qui m’a piquée est venu après, alors que j’évoquais mes craintes de voir le studio fermer à cause du contexte sanitaire et l’enseignement être dispensé en visio.

Mais de toute façon, le yoga n’est pas un sport !

A travers ces mots sans malveillance, j’ai tout de même perçu un léger mépris pour le type de yoga que j’ai choisi d’approfondir : une forme assez dynamique, quelque peu éloignée des pratiques traditionnelles et adaptée aux goûts des occidentaux.

Pas question pour moi de rentrer dans des justifications alambiquées : j’aurais pu pinailler sur les fondements de la lignée que je pratique ou rattacher cela à une histoire complexe et ramifiée, j’aurais aimé brandir les qualités exceptionnelles de mon professeur ou arguer de la profondeur de mon engagement. A quoi bon ?

Mon expérience est protéiforme et elle se construit d’une part sur le Vinyasa Yoga et d’autre part sur la méditation Samatha – Vipashyanâ issue d’une tradition bouddhiste tibétaine. Je n’arrive pas à canaliser mon mental dans des postures lentes : cette bête-là n’entend raison que dans l’immobilité totale OU une pratique suffisamment exigeante et difficile pour lui éviter ses dérives. Entre les deux, je ne suis pas là.

Pour avoir pratiqué avec de très nombreux professeurs, je sais également qu’il y a un monde entre une dénomination générale et les méthodes individuelles : aucun prof de Hatha yoga ne se ressemble et aucune classe de Yin Yoga n’est semblable à une autre.

En d’autres termes, il y a un chemin pour chacun, même si la destination est la même.

C’est d’ailleurs un des axes majeurs que j’aimerais retenir de ce premier week-end de formation : quelles que soient les attentes des élèves lors de leur premier cours, quelles que soient les raisons qui les ont amenés sur le tapis, la destination est la même, y compris s’ils ne le savent pas.

Pour moi, la spiritualité est importante dans ces pratiques orientales et j’y consacre une partie de mon étude. Ce n’est absolument pas le cas de beaucoup de gens qui viennent au yoga comme à une simple gymnastique ou un sport à la mode : cela rend-il leur engagement moins valable ?

Les asanas / postures sont une étape nécessaire parmi bien d’autres vers le Samadhi / le Nirvana / l’éveil. Peut-être que dans cette existence, c’est la seule étape qu’il nous sera donnée de franchir. Peut-être que, même si notre corps est fin prêt, nous ne trouverons pas d’attrait à la méditation assise (qui est théoriquement la finalité de cette préparation du corps). Et pourtant ce n’est déjà pas si mal…

Le yoga, ce n’est ni seulement savoir mettre son pied derrière la tête et proposer des postures dignes d’un magazine ou d’un compte Instagram populaire, ni seulement rester assis et chanter des mantras au son de musiques new age. Le yoga nous donne un peu de ce qu’on y cherche. Le yoga, c’est être en accord avec soi pour être davantage en accord avec les autres et participer à sa mesure à la grande marche de l’univers.

Je fais partie de ceux qui y croient et ma conviction est que la forme a peu d’importance : seul mon ego parle lorsque je suis jalouse de cet équilibre sur la tête impeccablement exécuté ! Et l’ego est justement ce dont on veut se débarrasser…

Ma vision du yoga, du bouddhisme, de la spiritualité orientale tourne autour de cette notion essentielle : notre interconnexion est telle que chaque pratique est bénéfique à tous les vivants et tend au salut du monde.

7 commentaires sur “Le mythe de la jambe derrière la tête #yoga

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  1. J’ai tenté il y a longtemps de prendre des cours de yoga, c’est quelque chose qui m’attire et me fascine, et je suis persuadée que le yoga me conviendrait si je savais comment m’y prendre. Mais ma seule expérience a consisté à écouter « maître Yogi » se gargariser d’une philosophie trop pauvre dans ses mots et trop égocentrique dans son partage. J’ai tout simplement détesté le bonhomme et je suis restée sceptique quant au groupe de femmes qui l’entouraient… Ton article résonne donc en moi, et je comprends ce que j’avais tout simplement perçu alors. En revanche ta façon de présenter le yoga me donne vraiment envie de me pencher sur le sujet.

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    1. Quel dommage ! Il y a tant de mauvais profs… et j’avoue que je désespère un peu maintenant que le yoga est tellement « instagramable » 😦 Plus je progresse dans ma formation et plus je me rends compte à quel point le yoga est mal enseigné. Jusque là, j’avais un bon / mauvais feeling, maintenant je commence à être capable de dire pourquoi ça ne fonctionne pas et clairement, la plupart des cours que j’ai suivi ces dernières semaines cherchent surtout à en mettre plein la vue au lieu de se concentrer sur les véritables bénéfices de la pratique… Je ne peux que te conseiller de ré-essayer : si la discipline te tente, tu as de bonne chance de trouver un prof qui te convienne mais il ne faut pas hésiter à en tester plusieurs 😉

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  2. Bel article. Je partage ton opinion. On s’en gout des querelles de chapelle. Le plus important c’est la sincérité mise dans ta pratique et comment tu fispenses un enseignement. Je ne suis pas d’accord avec ce que t’a dit la prof dur le fait de n’être pas prêt pour enseigner. Il n’y a pas de fin sur le chemin du yoga. Elle même pense être une bonne prof quand elle dit cela et elle doit être persuadée qu’elle est dans la lignée. L’histoire du yoga est une vaste succession de cycles. Si tu ne l’as pas fait je te conseille Yoga une histoire monde. Le yoga en France est dit classique mais il be date que d’une centaine d’années alors qu’on se gargarise des yoga sutra (0 asanas dans les YS). Tu parles d’un état dépressif : la formation de yoga est une porte ouvrant dur une quête. Pas facile tout le temps mais tellement enrichissant. Le yoga c’est beau et je te souhaite un très très beau cheminement. Quant à enseigner ? Tu as le temps ! Bien à toi !

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  3. Bonjour,
    J’ai suivi deux formations différentes pour être prof de yoga.
    Et, j’ai fait ce constat, il y a beaucoup d’ego et de besoin de dominer l’autre, de mépris même voire de détestation entre les différentes lignées.
    La bienveillance est un vœu pieux, mais en pratique il y a beaucoup de rivalité…
    J’ajoute, que je suis ronde, ce qui ne rentre pas dans les critères esthétiques de beaucoup de prof de yoga, être ronde c’est ne pas avoir le contrôle de son corps, de son alimentation…blabla
    Ce que j’ai appris en donnant mes premiers cours, c’est qu’il faut dépasser ces sentiments ou expériences quelques fois bien inattendues. Quand j’ai donné mon premier cours, j’ai vu dans le regard de mon élève particulier une gratitude, une paix qui se passent de tous les mots, et ça c’est un moteur pour persévérer sur son propre chemin, sa voie intérieure.
    La preuve, il est souvent difficile de passer de prof de yoga en prof de yoga, il y a toujours quelque chose de très singulier qui nous lie à la vision, la voie, la voix de l’autre.
    Cela touche à une sorte d’intimité.
    Pour moi le professeur de yoga est un artiste-conteur, il vient parler au corps de l’autre, il propose un chemin, une voie par la voix dans le corps.
    Je vous souhaite un chemin riche d’apprentissages, de découvertes merveilleuses sur vous, votre corps, votre esprit et votre âme, et je sais que vous êtes en bon chemin.
    Le yoga est un chemin prodigieux et puissant.
    Sincèrement

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    1. Merci pour cette douce vision des enseignants et de l’enseignement. Il est vrai que le yoga est pour tous les corps mais c’est loin d’être manifeste dans le discours dominant actuel. J’espère réussir à dépasser ces tendances et emprunter une voie d’ouverture : j’imagine que les questions que je me pose à travers ce billet sont une première étape.
      A très bientôt.

      Aimé par 1 personne

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