Se faire aider : psychiatre ou psychologue ?

J’ai, malgré moi, développé une grande expérience de la thérapie. Ma mère m’a jetée dedans très tôt et je lui en sais gré. J’ai appris à verbaliser mes sentiments, mes difficultés, mes contradictions et vu de quoi je suis faite, ça a été salutaire !

Je mettrais néanmoins des tas de mises en garde, précautions et avertissements à quiconque se lance dans une thérapie. Il faut d’abord avoir bien conscience qu’on ouvre une porte à toutes les manipulations et les perversions possibles. Dans ce cabinet, une fois votre cœur et votre âme déballé en grand, il ne reste qu’à votre interlocuteur à se repaître de votre mal-être.

Alors, il y a des gens biens et des gens moins biens. Il ne s’agit pas de tout refuser en bloc ni de jeter l’opprobre sur une profession mais je veux dire qu’il est plus facile de faire souffrir quelqu’un qui vient en toute innocence vous confier ses plus sombres secrets que Mme Michu lorsqu’elle passe bien maquillée chez son boucher prendre son rôti du dimanche.

J’ai vécu des relations de thérapie toxiques.

Mon parcours

J’ai ouvert la porte de ma première séance – des murs blancs, un canapé sombre, une chaise en cuir, j’avais à peine 10 ans. Il est en ressorti ce constat : « Ce n’est pas une valise qu’elle traîne, mais une cantine ! il faut absolument commencer un suivi régulier… ».

Depuis lors, j’ai consulté [attends, je compte] une dizaine de thérapeutes de diverses spécialités mais majoritairement des psychiatres. Certains pour quelques semaines, d’autres pour quelques années. Je ne tiens jamais très longtemps sans avoir quelqu’un chez qui déverser mes tourments alors je n’ai jamais cessé de voir quelqu’un plus de quelques mois d’affilée…

J’ai eu droit à ma première consultation parce que mes parents étaient récemment divorcés et que je refusais d’aller chez mon père. Puis, en prépa, quand ma mère a eu un cancer du sein. Plus tard, pour mon premier boulot et le harcèlement moral au travail. Ensuite, avec l’arrivée des enfants. Et maintenant, parce que la vie n’est pas si simple à vivre.

J’ai un moral fragile, il parait que ce peut être liée à la douance : les questions métaphysiques, la quête de sens, toussa toussa. J’ai pris des anti-dépresseurs à faibles et fortes doses. Des anxiolytiques, sans compter les cachets. Le seul effet notable, c’est de rendre la vie maussade (et constipée ^^)

Il y a moins de peine mais il y a aussi moins de joie.

Je n’ai pas les psychiatres en haute estime : ils sont avant tout des médecins et en tant que tel, dans la fantasmagorie de notre bonne société française, hautains, juges et sachant. Rien qui ne permette un travail thérapeutique en profondeur fait d’humilité et de doutes.

J’ai consulté en revanche des psychologues bienveillants, une véritable écoute, des pistes de solutions et de fait, des progrès.

Le déroulé d’une séance

Tout dépend du thérapeute… Pour celleux qui n’auraient jamais tenté l’expérience, c’est une boite hermétique dans laquelle on peut gueuler tout ce qui ne va pas.

Parfois le thérapeute ne dit rien : Bonjour / Au revoir ! et rien entre les deux. Foutage de gueule selon moi. Je veux bien croire aux vertus du silence mais davantage façon retraite Vipassana : 10 jours complets sans parler, sans écrire, sans distraction. Il parait que le craquage est inévitable… et salutaire ! En ce qui me concerne : 2 fois 1 heure par semaine ne m’ont pas convaincue…

Pour la plupart des autres psy à tendance freudienne, j’ai rétrospectivement détesté la propension morbide à creuser systématiquement du côté de l’Œdipe mal dégrossi : le père séducteur, la mère castratrice, les rivalités sexuelles en toutes choses… J’ai rapidement tourné en rond. Dire du mal de ma mère une à deux fois par semaine, c’est bien mais après ça, quoi ??

J’ai progressé avec des thérapies comportementales. L’hypnose ericksonienne m’a débloquée de relations familiales toxiques. Une approche holistique – orientée sur les spécificités de la douance et davantage pratique que théorique – m’a permis d’assumer de mieux en mieux ma créativité, mon énergie, mes singularités et de m’ouvrir au monde plutôt que de m’enfermer en moi-même.

Ce qui m’amuse parfois, c ‘est le cinéma et les dialogues pittoresques qui défilent dans ma tête avant les séances… Alors que pour finir, je parle de tout à fait autre chose. Je pense que ce processus constitue une part essentielle de la guérison : même si personne ne récolte cette parole, elle est libérée, sortie de nous.

Il faut savoir que les thérapies présentent un risque non négligeable, quand on est en couple, d’évoluer plus vite que l’autre / sur des chemins divergents. Quand on bouge les limites, la séparation représente un risque réel que je prie chaque jour de ne pas franchir.

Bref, c’est un chemin tortueux et périlleux, parfois tranquillisant, d’autre fois vertigineux sur lequel la personne qui vous tient la main doit pouvoir recevoir votre confiance pleine et entière.

Pourquoi consulter un psychiatre alors ?

Les psychiatres sont médecins et cela présentent plusieurs particularités :

  • la consultation est remboursée (avec dépassement d’honoraires généralement mais c’est couvert par la mutuelle)
  • il peut prescrire des médicaments (et dans certains extrêmes, c’est nécessaire)
  • il peut proposer des arrêts maladies (et c’est parfois la seule chose qui reste à faire… aveu d’échec ou pas)

Outre le fait que le remboursement des consultations (vu le prix !) peut motiver à consulter préférentiellement un psychiatre, j’ai longtemps été persuadée que le label « médecin » constituait un certain gage de professionnalisme et de sécurité.

Pourtant, ils nous prennent de haut : ils savent. Ils vous mettent dans une case (ça se voit dans leurs yeux, ça résonne dans leurs intonations). Ils ont des réponses toutes faites. Ils n’écoutent pas vraiment, ils veulent placer leurs petites piques. Ils choisissent les sujets et vous orientent vers ce qu’ils attendent. Ils sont pressés, ils sont pressants. Ils ont 10 minutes ou 30 minutes max. Ils vous assomment (si 10mg ne suffisent pas à vous faire entrer dans les cases, 15 ou 20 y parviendront peut-être). Ils ne sont pas bienveillants : ils vous évaluent selon leur tableau clinique !

Ainsi, le mec qui m’a dit [pas laissée dire, hein, loin de là], lors d’une première séance autour de mes 18 ans, que j’avais probablement subi des sévices sexuels de la part de mon père était diplômé de cette respectable faculté de médecine. Il était complètement à côté de la plaque mais il a réussi à créer une relation bizarre avec mon père, un clash avec ma mère et mon frère et un sentiment de culpabilité ambivalent jusqu’à ce qu’une excellente hypnothérapeute rattrape le coup 10 ans plus tard. Elle n’était pourtant pas médecin, elle. La psychologue qui m’a permis de mettre tout ça au clair et les véritables problèmes dans les bonnes cases encore une dizaine d’années plus tard n’était pas médecin non plus…

Cette sale expérience m’a vraiment donnée l’impression que la psychothérapie a les moyens de s’auto-entretenir et que le mécanisme des faux souvenirs typiquement est un levier bien trop facile à actionner, garantissant à n’importe quel filou des patients longue durée.

Alors je me méfie. On sait bien que le jeu du psy consiste en un subtil exercice de manipulation mais jusqu’où faut-il accepter de se laisser mener en bateau ? J’arrive toujours avec un sentiment de défiance qui est, parait-il, également lié à la précocité. Je suis froide de nature aussi. En plus, je juge parfois âprement les échanges : la séance me coûte entre 60 et 90 euros hein, j’en veux pour mon argent ^^ 

Comment arrêter ?

Sur quel critère décide-t-on qu’une thérapie est terminée ? La fin des symptômes ? Le silence des angoisses ? La capacité à vivre normalement ?

Je ne pense sincèrement jamais réussir à répondre par l’affirmative à aucune de ces questions. Et d’ailleurs, pour être tout à fait honnête, je ne suis pas sûre que j’en ai envie : quel sens donne-t-on à l’existence le jour où l’on cesse de l’interroger ? Elle est par nature angoissante et je perdrai une partie de mon humanité si je cherchais à la simplifier.

Je continuerai donc certainement d’explorer diverses thérapies et de rencontrer des thérapeutes en tout genre, c’est ma came. Mon seul espoir : croiser des individus qui, s’il ne me font pas de bien, au moins, ne me feront pas de mal.

11 commentaires sur “Se faire aider : psychiatre ou psychologue ?

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  1. Coucou, merci pour ton retour d’expérience, pour ma part je n’ai jamais consulté alors je ne sais pas si c’est bien ou pas lol et pourtant je travaille dans le milieu hospitalier depuis 10 ans… j’aimerai testé l’hypnose pour ma dermatillomanie mais je n’ai pas encore eu le déclic ! bon dimanche bises

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  2. Oula… dure expérience, je comprends ta méfiance !
    Personnellement, j’ai vu une psychologue pendant 10 ans et j’ai arrêté de mon propre fait parce que je ne voyais plus d’avancée.
    Maintenant, je vois une psychiatre et ça se passe bien, en tout cas ça m’aide pour l’instant.
    Je ne sais pas si on en « guérit » mais à force je pense qu’on a moins besoin de psys, en tout cas, je le vois comme ça.

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  3. Je considère que j’ai eu de la chance en la matière!
    J’ai rencontré des personnes compétentes. Et quand ça n »a pas été le cas j’ai réussi à prendre mes distances.
    Le but d’un thérapeute est de rendre la personne autonome et non pas de la garder « dépendante » pour se faire du chiffre. Même si cela en effet se pratique!
    Je comprends ta démarche car j’ai toujours été accompagnée dans les moments « phares » de ma vie.
    Et j’ai essayé plusieurs thérapies aussi. Chacune m’a apporté quelque chose au bon moment. Je suis toujours en quête de mieux être, alors je continue à essayer différentes techniques.

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    1. Lorsque j’ai le sentiment de progresser, j’ai envie d’aller encore plus loin. Lorsque je ne progresse pas, je régresse. Dans ces conditions, il n’est pas facile pour moi d’imaginer une véritable autonomie… En revanche, je me sens assez souvent lassée alors, comme toi, j’explore différents approches !

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  4. Article très éclairant. Je n’ai pas essayé les psychologues, mais pas mal de psychanalystes, tous plus charlatans les uns que les autres (l’un d’eux a passé une demie heure à me demander pourquoi j’avais cherché un psy dans l’annuaire et choisis au hasard — et m’a fait payer la séance — je n’y suis jamais retournée). Jusqu’à ce que je tombe sur un psychiatre très à l’écoute, qui essaye de me faire voir le bon côté des choses, qui croit en moi. Ce genre d’individu est rare. Et, oui, les médicaments sont parfois nécessaires.

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