Voilà une série qui ne s’encombre pas du politiquement correct ! Si vous aviez l’impression d’être la seule femme a avoir des idées chelou après la naissance de votre enfant, la déculpabilisation est en marche…

Regarder cette série, c’est comme tirer son lait dans les toilettes du boulot et croiser le pire macho de la boite en sortant (qui ne manquera pas de faire une blague salace mais à laquelle ta réplique sera cinglante !) : c’est gênant et inconfortable mais on en ressort fière et reboostée pour affronter les batailles quotidiennes.

Au début de chaque épisode, ces jeunes mamans se retrouvent dans un groupe de parole, animé par une coach exubérante, pour échanger sans filtre sur leurs difficultés. Le genre de groupe où chacune rivalise de bienveillance, de bons conseils et de pâtisserie maison…

Oui mais voilà, il y a celle qui sombre dans la dépression post partum, celle qui ne supporte pas sa nouvelle vie et son homme au foyer, celle qui n’en veut pas un troisième (même si… ah… trop tard ^^), celle qui ne veut pas lâcher sa carrière pour son morveux, etc. Et aucune d’entre elle ne fait grâce de ses pensées les plus intimes.

Résumé comme ça, ça pourrait vite paraître caricatural. Pourtant, chaque personnage est complexe, tiraillé par ses contradictions et une bonne dose de culpabilité (tu sais, l’énorme seau qui te tombe dessus en même temps que la sage femme pose ton nouveau né sur ton ventre…)

Cette série canadienne anglophone crée par l’extraordinaire Catherine Reitman (qui incarne également Kate, le personnage central) comporte déjà 3 saisons (disponible sur Netflix) et la 4e est en préparation.

Les tout premiers épisodes ne sont pas les meilleurs et il y clairement un cap à passer pour se laisser prendre mais comme chaque épisode ne dure que 22 minutes, ça arrive assez vite 😉

Jusqu’à présent, les problématiques se renouvellent assez bien et certains personnages évoluent pour nous confronter encore et toujours à de nouvelles situations grinçantes. Je ne suis pas certaine que toutes les subtilités soient accessibles quand on n’a pas traversé certaines épreuves de la maternité et sûrement, certains détails paraîtront excessifs alors que, en réalité, ils disent beaucoup des angoisses incontournables des jeunes mamans.

En revanche, cette série affronte beaucoup de sujets de société essentiels (l’avortement, la santé mentale, l’homoparentalité, le sexisme en entreprise, la relation de couple quand c’est la femme qui réussi « mieux », etc.) et à ce titre, elle mérite vraiment d’être conseillée à tou.te.s.

Si la question principale est bien celle du titre : où mettre la limite entre son travail et sa famille ? On voit bien que chacune y apporte sa propre réponse et que aucune ne saurait se satisfaire de la vie des autres. Ça explose pas mal de préjugés et invite à beaucoup de bienveillance dans le domaine très concurrentiel de la course à la bonne mère. Il y a celle qui aime son travail et a beaucoup donné jusque là, est reconnue et valorisée dans son job. Il y a aussi celle qui n’aime pas ce qu’elle fait et n’a pas envie de retourner au turbin même si elle a envie de quitter un quotidien au foyer qui ne lui convient pas non plus. Comment pourraient-elles avoir la même réponse à des situations presque opposées ? Pourtant, elles sont toutes deux mamans et la société attend d’elles la même chose : être des mères aimantes et dévouées (puis l’oublier aussitôt passée la porte du bureau).

Et il y a toutes ces autres questions plus embarrassantes les unes que les autres :

  • Peut-on à nouveau se sentir séduisante et désirable (comme avant) malgré la grossesse et l’accouchement ?
  • Quelle place donner aux grands-parents, oncles et tantes ?
  • Un bébé et un animal de compagnie, ce n’est pas un peu trop ?
  • Est-ce que l’arrivée d’un bébé peut faire exploser un couple ? (surprise, la réponse est oui !!)
  • A-t-on le droit de se sentir mieux au boulot que chez soi ?
  • Faut-il compter ses sous avant d’envisager un nouveau bébé ?
  • Peut-on (et comment) avoir envie de séduire à nouveau après avoir accouché ?
  • Comment poser les limites et ne pas se sentir en rivalité avec la baby-sitter ?
  • Comment renouveler sa sexualité ?
  • Les seins des mamans appartiennent-ils aux bébés allaités ?
  • Que faire si son ado ne devient pas la belle personne qu’on aurait souhaité « créer » (mais plutôt tout le contraire) ?
  • Comment bâtir une famille recomposée ?
  • Les thérapies de couple, ça marche ?
  • Peut-on avorter alors qu’on est une famille respectable, installée et sans histoire ?
  • Peut-on (re)trouver l’amour avec un enfant à charge ?
  • Peut-on pardonner un adultère ?
  • Peut-on avoir l’air crédible en réunion avec un client alors qu’un de nos seins a fuité sur notre tailleur tout neuf ?

J’en passe et des meilleures…

Toutes ces femmes (les personnages masculins sont clairement en retrait) ont en commun d’avoir des personnalités puissantes et glorieuses. La série ne fait jamais l’impasse sur les ambivalences et les doutes (et ça ne met pas forcément toujours bien à l’aise) mais les héroïnes assument ce qu’elles sont à 200% et je trouve ça génial !

Bref, cette série fonce tête baissée dans TOUS les tabous liés à la maternité. ça peut faire mal, ça peut choquer, en tout cas, ça donne de l’air !

FICHE PRATIQUE :

Actrices principales :
Catherine Reitman
Jessalyn Wanlim
Dani Kind
Juno Rinaldi
Nombres de saison : 3
Nombre d’épisodes : 39
Durée moyenne des épisodes : 22 minutes
Langue : anglais
Pays d’origine : Canada
Media : Netflix