Je ne sais plus qui m’a dit ça : « nos enfants vivront comme nos grands-parents ». La remarque est passée et si elle ne m’a pas laissée de marbre, je n’ai pas pour autant percuté tout de suite.

Et puis je suis partie quelques jours pratiquer le yoga dans un magnifique coin de la Drôme : habitat “naturel” (cabane en bois, tente de trappeur ou tipi), poêle à bois pour le chauffage, bassine et broc à remplir au chalet central (le puits) pour le lavage des mains, du visage, des pieds et… toilettes sèches ! Le comble de la tendance.

J’y étais.

J’ai grandi dans un milieu modeste à la campagne. La vraie campagne. Pas une maison à perte de vue. Pas de bruit de voiture mais le chant du coq qui brise la quiétude du sommeil dès l’aube. Pas celle qui leur fait dire “moi, tu sais, j’ai grandi en maison, j’étouffe en appartement”. La campagne profonde qui t’oblige à prendre la voiture pour acheter une baguette de pain, rouler longtemps pour atteindre l’école, solliciter un chauffeur dès que tu as besoin de faire quoi que ce soit et moins de 18 ans. Celle que j’ai désertée avec bonheur.

La bâtisse dans laquelle j’ai grandi était déjà bien équipée et malgré les courants d’air, la poussière, les bruits bizarres dans les murs la nuit et le plancher qui craque, je n’ai qu’à me plaindre d’avoir eu à descendre un escalier raide et bruyant la nuit pour aller pisser.

Une jolie bassine et son broc blanc à délicates fleurs roses trônait pourtant dans ma chambre. C’était de la déco.

Ce n’était pas le cas chez ma grand-mère… Je dormais chez elle sous d’énormes édredons en plume dont le poids me clouait littéralement au lit. Le soir et la nuit, je devais faire pipi dans un seau rempli d’un centimètre d’eau de javel et dont les vapeurs / éclaboussures irritaient les muqueuses. Je n’ai aucun souvenir de m’être lavée chez elle : j’y passais tout au plus 2 ou 3 jours, à quoi bon ?

La salle de bain est arrivée si tard que je me souviens de l’évènement. Il y avait 2 WC : l’un au fond de l’atelier, pour les ouvriers, sans chauffage et mal éclairés. L’autre au fond du jardin : dans une cabane en bois, un trou dans un planche. Des toilettes sèches !

Oui, nos enfants vivront comme nos grand-parents. La “tendance” passera et seuls resteront ces contraintes : devoir s’habiller, se chausser et sortir dans le froid pour aller pisser la nuit.

 

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