Revenir sur ce blog est à chaque fois un peu douloureux, à chaque fois un peu plus douloureux.

Laisser en jachère ce bout de moi qui a tant vécu : des soirées de griffonnages (comment dire griffonnage numérique ? tapotage ? me fait davantage penser à une séance de massage… mes scribouillages seraient-ils un massage de l’âme ? l’idée me plait !), des efforts soutenus pour comprendre les secrets du blogging, des heures de connexion sur les réseaux, des amitiés virtuelles espérées et avortées, des dizaines de brouillons laissés à l’abandon, la flamme de l’écriture encore vacillante étouffée par manque d’oxygène…

J’aime écrire (avec ou sans lecteurs, cf. les centaines de pages constellées d’une écriture fine et furieuse, les innombrables journaux et carnets entamés et délaissés, retrouvés au fond d’un carton de déménagement). J’aime fouiller mon âme à la recherche d’une certaine vérité de celle-ci et seul l’exercice d’écriture m’y aide. 

Ce blog m’a donc permis d’engager vis-à-vis de moi une reconnaissance de cette anxiété du sens qui se dévoile chaque jour comme essentielle : que faisons-nous ici ? quel est le sens de la vie ? à quoi sert une existence ? d’où vient-on ? où va-t-on ? à quoi sert tout ça ? L’abandonner, c’est retourner quelques mois en arrière quand nier l’évidence de ces questionnements me causait des migraines inqualifiables.

C’est amusant parce que ce blog n’a pas du tout commencé comme ça : mon envie était de me trouver un créneau sur le territoire de la parentalité tellement ces bloggers visibles avaient l’air heureux et à l’aise dans leur rôle… Et puis, les mots appelant d’autres mots, j’ai trouvé mon plaisir plutôt que celui des autres et d’une certaine norme. J’ai aujourd’hui un peu honte de certains articles miteux de mes débuts, hors sujet maintenant et surtout si mal écrits (nian nian style bonjour) !

Je pourrais repartir de zéro et commencer un blog qui corresponde davantage à celle que je suis aujourd’hui. Les outils numériques semblent au service de cette tentation d’effacement : un nouveau pseudo, un nouveau mail, un nouveau moi. Donner un nouvel élan, un nouveau souffle, retrouver une certaine envie.

Oui mais voilà, c’est presque trop facile. Pour moi qui ait tant de mal à terminer mes projets, à aller au bout des choses, à concrétiser mes désirs, à assumer mes choix, ce ne serait qu’une fois de plus contourner l’obstacle. Je suis cet être protéiforme et dispersé qui a commencé par vouloir trouver un lectorat puis s’est abîmé dans ses névroses avant de retourner au quotidien chronophage et aliénant.

Celle que je suis aujourd’hui n’est pas différente de celle qui a initialisé ce blog. Je ne suis qu’un agrégat de ces expériences, de ces étapes, de ce cheminement complexe… Je suis aussi tout ce qui n’apparaît pas dans ce blog. Je suis encore un bout de celle qui aurait rêvé d’être un maman influenceuse, j’ai toujours envie d’être autrice alors que je n’écris plus, je suis malgré tout l’enfant de mes parents, je suis une ingénieur.e débordée et une mère imparfaite, une créative larvée, une femme souvent mal dans sa peau mais soucieuse d’aller mieux…

Je suis tout ça et repartir de zéro sur un nouveau site de l’effacera pas. C’est avec tout ça qu’il faut se construire, sans honte et sans regret, par petites touches éphémères ou définitives, pas à pas.

Revenir ici sans douleur et sans exigence excessive. Continuer parce que c’est ça la vie… même si on ne sait pas trop où on va.

 

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