Alors voilà, j’ai marché le 24 contre toutes les violences sexistes et sexuelles. C’est cool.

Mais comme je ne fais jamais rien sans cogiter à 200 000, après 3 h de marche, je n’étais plus tout à fait la même qu’avant…

(Si bien que ça m’a donné envie de revenir ici !)

Il y toujours la question de l’adhésion à l’entièreté de la cause, quand on manifeste. En quoi est-on légitime à se sentir solidaire de ceux avec qui on marche ?

J’ai besoin d’être 100% en phase sinon, je n’y vais pas. Autant dire que je n’y vais pas souvent…

En l’occurrence, je me sentais en phase. Alors j’ai marché.

Mais face aux slogans et aux discours, je me suis bien rendue compte que ma confrontation au sexisme n’est pas brutale. En effet, je n’ai jamais eu à me débattre pour éviter un rapport sexuel et je n’ai jamais été giflée.

En revanche, je ressens chaque jour des injustices et des violences liées à mon genre, davantage liées à des constructions sociales. Parce que s’il n’y a pas besoin d’user de force pour obtenir de moi de quelconques faveurs sexuelles, c’est qu’il suffit de jouer sur n’importe quelle fibre de culpabilité pour m’obliger.

C’est aussi dans le boulot, sans arrêt. J’évolue dans un milieu hyper favorisée, je ne suis pas vraiment moins bien payée que mes collègues masculins (mais pas mieux) et je déplore surtout quelques traitements de (dé)faveurs ponctuels liés à mes mutations ou à l’absence de véritables opportunités. En revanche, je suis persuadée que la séance de pression de 1h30 exercée par mon chef le mois dernier pour me faire accepter sa « proposition » de promotion, à coup de menace voilée, d’agressivité contenue, de paternalisme condescendant est due à mon genre.

Je subis régulièrement ce qu’on appelle le harcèlement de rue mais depuis qu’on m’interpelle « Madame » plutôt que « Mademoiselle », je suis moins effrayée ^^ et cela ne m’a jamais empêchée de me vêtir selon mon goût, à n’importe quelle heure et n’importe où.

Rien de comparable à ce que peuvent subir des femmes battues quotidiennement, isolées et dans une grande précarité.

Pourtant, j’ai marché et au milieu de la manif, je me suis éclipsée pour faire une course pour mon mari. J’ai lutté pendant 3 heures pour ne pas envoyer de texto pour savoir si tout se passait bien avec les enfants et s’il n’avait pas besoin de moi. Et la manif terminée, je suis rentrée, sans précipitation mais sans traîner, pour prendre le relais et ranger l’appart avant que nos invités du soir n’arrivent…

Ma moitié n’a rien exigé de tout ça, il n’a même pas forcément demandé (sauf pour sa petite course mais sans aucune insistance). Le fait est que j’ai intégré tout ça, que même, ça peut me faire plaisir… alors ce qui est violent là-dedans, c’est l’absence de réversibilité. Non, jamais mon compagnon ne se serait imposé les mêmes contraintes, malgré son absence de sexisme apparent. Jamais.

Alors j’ai marché pour que des lois soient promulguées ou simplement appliquées, j’ai marché pour sensibiliser les gens, j’ai marché par sororité.

Mais le sexisme « non violent » contre lequel je lutte aujourd’hui est pernicieux, insidieux, latent, infiltré partout dans notre société. Forcément, il est complexe et difficilement audible aussi.

Alors je ne fais quasiment pas de prosélytisme car, autour de moi, personne (ni les hommes ni les femmes) n’arrive à bien le comprendre, ni même l’entendre souvent.

De quoi tu te plains ?

Heureusement que les réseaux sociaux m’aident à valider mon ressenti et (dé)construire ma pensée.

Ce que je comprends de ce cheminement c’est que mon féminisme ne peut pas être bienveillant : il s’agit de retirer aux dominants leur domination. Contrairement à certaines revendications qui se proposent de rajouter des droits à une minorité sans rien enlever à la majorité (je pense à ceux qui se sont opposés au mariage pour tous, à tous ceux qui résistent aux mouvements inclusifs, etc.), je désire de retirer au patriarcat tout ce qu’il a construit, dans ses fondements les plus tacites et les plus solides, depuis des lustres. Ce que la plupart des gens ne peuvent même pas concevoir, je veux le lui retirer définitivement.

Les hommes ne se laisseront pas faire et ils auront raison. Nous ferions pareil pour défendre des privilèges honteux.

Oui, mon message est extrême et nous n’y arriverons pas sans tout foutre en l’air, changer même de civilisation. Prendre un chemin féministe radical, celui de la révolution.

Donnez-moi ce courage.