Un silence. Quelques mots projetés entre une bouche et une oreille. Attentive.

Réaction. Questions. Compassion.

Ecouter et ne pas seulement vouloir toujours se raconter.

Il m’a dit : « Les gens se confient à toi, Euphrosyne. C’est que tu as une qualité d’écoute particulière ! »

Je ne me connaissais pas cette qualité. C’est bien, les qualités. Toute qualité a son revers pourtant… Celui de l’écoute assortie d’une grande empathie, c’est de faire l’éponge à tous les tracas, les soucis, les problèmes, les ennuis, les états d’âme, etc. de son entourage professionnel, amical, familial…

Ça en fait du monde ! Ça en fait des heures d’écoute empathique ! Ça en fait des tas d’anecdotes parfois drôles, le plus souvent chargées, raisonnablement moroses.

J’absorbe jusqu’à la nausée.

Mais à qui je me confie, moi ? Je ne sais pas tellement faire ça… Hormis contre rétribution ! La distance qu’instaure l’argent me convient bien et puis un psy attend généralement que tu aies terminé ta réponse avant d’enchaîner…

Voilà pourquoi je suis incapable de trouver une oreille attentive à mes propres doutes, à mes émois, à mes larmes, pourquoi je me dessèche de toute cette amertume sans cesse ressassée.

Oui, j’écoute. Et j’écoute aussi quand *je* parle et qu’entends-je ? Un bref silence dans le meilleur des cas, ma parole coupée la plupart du temps, et l’histoire de l’autre en écho. Chacun ne cesse de vouloir partager ses propres opinions, son expérience, sa vision, son vécu. De tes épanchements, personne n’a rien à foutre !

J’aurais préféré ne jamais réaliser la taille de ce gouffre (sans fond) qui nous sépare les uns des autres. Mais le jour où cette Maman désespérée est venue toquer à ma porte, je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir lui dire mon propre désarroi, mes astuces, mes presque solutions et mon soulagement. D’elle je n’ai rien entendu. Et elle est partie comme elle était venue, des larmes plein les yeux.

Debriefing avec G. : elle avait sûrement besoin d’une écoute absolue. Une véritable écoute. G. est d’une sensibilité particulière qui la rend un peu irréelle, éthérée, très juste souvent. Elle m’explique la nécessité et la difficulté de juste écouter, laisser son interlocuteur déverser ses mots et les accueillir en silence.

Merci G. Je n’avais pas conscience de ça. Uppercut.

J’ai commencé à me demander ce que signifiait « écouter ». Et j’ai commencé à observer surtout.

Mes enfants en premier lieu qui sont capables de me retourner la tête en passant 10 minutes chacun dans leur monologue effréné sans jamais entendre (écouter, n’y songeons pas) que l’Autre est également en train de parler…

Et puis mes proches, mes collègues, les conversations dans le métro… Personne n’écoute ! Les phrases terminées sont denrée rare. Exceptionnelle. Extraordinaire. Chacun rebondit sans cesse sur une histoire « plus », « mieux », « davantage », la sienne. Et c’est comme ça que j’en suis venue à me taire. Taire une fausse couche face à une mésaventure de ticket de parking. Taire des nuits sans sommeil face à des dizaines de conflits professionnels larvés. Taire des difficultés familiales face à des projets de vacances. Taire.

Comme un blog sans article. Des billets sans lecteur et sans commentaire. Une page vide.

Je me tais et j’écoute. Plus j’écoute et plus les gens se confient. Plus ils se confient et plus j’absorbe. Plus j’absorbe et plus j’étouffe.

Mais je ne sais plus : commencer à me confier et être écourtée, coupée, reprise, tue. Symptôme de l’incompréhension qui nous sépare, nous isole. La densité crasse du vide entre soi et tous les autres. La solitude.

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