Pour comprendre ce qui se trame ici, je vous conseille vivement de lire ceci et cela sous peine de ne riiiiien comprendre à ce que je raconte ici…

Ce jeudi-là, je suis partie confiante. Je n’avais pas envisagé d’autres possibilités. Mais quand l’échographe a asséné : « Il y a une rétention trophoblastique. » Je me suis dit – sans comprendre pourquoi :/ – que ce n’était pas une bonne nouvelle.

3 semaines après la prise médicamenteuse pour IVG

Je suis un peu tombée des nues. Pour moi, on devait juste vérifier que tout allait bien… et passer à autre chose !

Elle me dit : « C’est gros, il va sûrement falloir envisager la chirurgie. » Enfin, il fallait attendre l’avis du généraliste, le lendemain matin…

Je n’ai pas peur de la chirurgie, j’ai déjà été anesthésiée, je supporte bien, ce n’est pas le problème. Le problème, c’est que j’avais déjà fait partie de la minuscule minorité des femmes qui tombent enceinte avec un stérilet hormonal bien en place alors je ne comptais pas du tout faire partie de la minorité pour lesquelles une IVG médicamenteuse échoue…

Et puis, je dois partir en week-end à Barcelone avec des copines, sans enfants. Le week-end attendu depuis si longtemps, si difficile à caler dans nos vies speedées… Je n’ai pas envie d’y renoncer.

Alors, je me dis que l’opération ne pourra pas être calée ce week-end : je vais partir. Je PO-SI-TIVE !

D’ailleurs, je dois décoller le vendredi même de ma visite chez la généraliste. Je débarque dans son cabinet avec ma valise…

Mais elle n’a pas le discours attendu. D’abord, elle m’apprend que le taux d’échec dans le cas d’une 4e grossesse (2 enfants + 1 fausse couche) est fatalement plus élevé puisque l’utérus est moins tonique.

Cela n’aurait pas changé ma décision mais j’aurais aimé le savoir avant, pour me préparer à ce qui se passe là…

Et elle me donne une nouvelle dose de Cytotec : 12 comprimés à prendre sur 48h. A commencer tout de suite. Avec risque d’hémorragie à la clef.

Je sors fracassée : il n’est pas question que je parte à Barcelone avec un risque non négligeable d’hémorragie suspendu au-dessus de ma tête. Je suis beaucoup trop flippette pour ça !!!

Quel risque à décaler la prise ?

Je n’en ai même pas parlé, je ne suis pas du genre à contester l’autorité médicale. Je ne pose pas de questions, je m’incline, j’obéis.

Pourtant, j’évolue petit à petit sur ce point-là de ma personnalité. J’ai compris à travers mes grossesses, mes accouchements et mes enfants qu’on avait le droit de choisir pour soi et que le rôle du corps médical est de nous accompagner et de nous éclairer, pas de nous imposer un parcours à l’aveugle.

N’empêche, je n’ai posé aucune question. Je n’ai pas parlé de mon week-end à Barcelone et je suis repartie penaude avec ma valise.

Contester les propos du doc me demande un effort surhumain mais je ne veux pour rien au monde renoncer à ce week-end. Sur le trottoir, je pleure dans les bras de mon amoureux qui est venu essayer de me remonter le moral.

Je dois d’abord faire une prise de sang : le risque majeur est celui d’une infection. Cet examen va me permettre de savoir où j’en suis. Je décide de suspendre ma décision à ce résultat, dans l’attente je ne prends pas le traitement expulsif…

J’ai passé toute la matinée à tergiverser et puis, au déjeuner, j’esquisse la situation et l’un de mes collègues aura une phrase décisive : « Allez, vas-y, on n’a qu’une vie ! » J’ai l’impression qu’il en sait quelque chose, un de ses enfants a survécu à une leucémie…

Ça me rappelle fatalement qu’il a raison et que, en ce moment, je ne sais pas assez profiter de la vie au point qu’elle me parait morne. A quoi bon prendre fiévreusement soin de sa santé et se laisser bercer par l’idée qu’on serait mieux 6 pieds sous terre ?

Le résultat de la prise de sang tombe : aucune trace de l’infection. Je pars.

Il a fait beau, j’ai retrouvé mes super copines, j’ai réussi à en profiter. Sauf que j’ai pas trop dormi – rapport aux cogitations, pas qu’on soit sorti très tard ^^

J’ai commencé le traitement dès le retour dans l’avion. J’avais acheté des protections prêtes à retenir n’importe quel début d’hémorragie ^^ Je me sentais parée et surtout reboostée après avoir bavardé avec mes cops jusqu’à épuisement de salive 🙂

J’appréhendais beaucoup ces 12 comprimés (je n’en avais pris que 4 au premier round). Il ne s’est pas passé grand-chose pourtant. J’ai saigné oui, mais pas les chutes du Niagara non plus. Un peu mal au ventre mais rien d’handicapant. Je signalerais juste une diarrhée désagréable ^^ (excusez moi le détail mais ça a son importance pour la suite…)

Je termine mes médocs le mardi. Les saignements continuent faiblement.

4 semaines après la prise initiale

Nouvelle échographie le vendredi après-midi, suivie dans la foulée du rendez-vous chez la généraliste. Là, forcément, j’ai dû poser mon après-midi…

Eh oui ! Bout2joie a déclaré une gastro carabinée le mercredi soir précédent : couche explosive à 18h30. A 22h, pleurs. On accourt : il vient de vomir dans son lit. On retire ses vêtements et on s’aperçoit qu’il a rempli son body d’un caca tout liquide… (oui, chez nous, on fait « caca », je sais que certains font « popo », j’espère que ça ne vous heurte pas 😀

Le cataclysme digestif a continué à ce rythme toute la nuit : j’ai dû laver en urgences 5 gigoteuses, 4 pyjamas et 3 bodys (sisi, le compte y est : il y a un vomi qui n’a atteint que la gigoteuse, 3 cacas qui ont débordés et un pyjama qui a été épargné par le vomi et le caca, le chanceux !).

L’un de mes tee-shirts a dû partir à la poubelle : le vomi de petit pot Hipp tagliatelle épinards ne part pas au lavage… à bon entendeur ^^

Nous avions subi quelques gastro mais rien de ce niveau. Je ne suis pas allée au travail le jeudi matin et Papaidi a pris son après-midi. C’est lui aussi qui a gardé notre bout de chou le vendredi : je devais déjà m’absenter l’après-midi pour mes examens post-IVG et tout ceci a coïncidé avec le plus haut pic de charge que j’ai dû endurer au boulot depuis 1 an…

En plus, comme notre bébé faisait peine à voir et malgré sa grande sérénité générale face à la maladie, Papaidi a décidé de partir aux urgences le vendredi soir (c’est le moment que B2J a choisi pour avoir un regain de vitalité, le seul jusqu’au lundi suivant… un classique !)

J’ai donc dû – entre l’écho et la généraliste du vendredi après-midi – aller chercher MiniJoie et l’emmener avec moi à ce troisième rendez-vous. J’étais penaude, croyez-moi.

Mais comment faire ?

J’aurais donné cher à ce moment-là pour avoir des parents / beaux-parents disponibles et bienveillants…

Surtout que je sais déjà qu’une vascularisation importante de mon utérus persiste et l’échographe m’a encore dit que la chirurgie s’imposait.

J’ai commencé à bâtir un planning dans ma tête : nous devons partir en vacances dans le sud la semaine prochaine et je ne vois pas de raison d’annuler cette excursion pour une intervention chirurgicale qui ne me semble pas si urgente (depuis le temps que ça traîne déjà…).

Je suis très préoccupée forcément. J’essaie de me faire pardonner en achetant à MiniJoie une revue et un jouet à la presse sur notre trajet…

Pourtant, la réaction de la généraliste me surprend à nouveau : rebelote pour le Cytotec. A combiner avec l’arrêt de la pilule. Je ne suis pas très enthousiaste mais ça me permet d’éviter la discussion sur la planification de l’intervention chirurgicale, les forcément trop nombreux rendez-vous à programmer, etc.

J’ose une seule question : « Euh, dans ces conditions, la pilule, quel intérêt ? » Elle potentialise mes migraines et ne me sert de rien comme contraceptif… Réponse : elle permet de contrôler les périodes de saignements et donc de « cadencer » les prises d’abortif.

J’obtempère.

Je m’écrase donc cette fois encore et je rentre chez moi avec une ordonnance toute fraîche sous le bras. Cette fois-ci, je dois aller chercher moi-même les médocs (la généraliste me les avait fourni précédemment).

Je sais que rien ne permet à la pharmacienne de savoir si cette prescription fait suite à une IVG ou à une fausse couche, je reste discrète. Elle me met toutefois en garde en désignant son bas ventre et mine de circonstance : « ça va brasser là-dedans… »

Merci, je sais.

Et d’autant plus que la fameuse gastro se déclare chez moi le lendemain au moment précis où je m’apprêtais à commencer la nouvelle série de prises. Je suis malade et il est hors de question que je rajoute une couche de malaise…

A toutes fins utiles, je rappelle ici que le traitement me donne la diarrhée ^^ et le « ça va brasser » de la pharmacienne résonne encore dans mes entrailles…

Je décide encore de reporter la prise sans consulter personne.

Je suis tellement mal que je dois d’ailleurs la reporter de 3 jours. Croyez-moi cette gastro était vraiment du genre carabinée 😦

La cerise sur le gâteau ?

La machine à laver le linge est tombée en panne ce samedi-là.

Véridique. J’aurais voulu romancer ces aventures, je me serais arrêtée avant ça, j’aurais trouvé ça trop gros…

Pourtant, elle est bel et bien HS. On tente de la relancer plusieurs fois, sur plusieurs programmes distincts. Rien à faire. Elle a 10 ans et nous lâche au milieu de ce week-end apocalyptique…

A ce moment-là, j’ai béni mon boulot alimentaire : on a commandé un appareil tout neuf par internet, livré et installé le lundi matin, sans se poser la question du financement. Ceci dit, on n’avait personne pour aller le chercher, trouver un bon plan pas trop cher, essayer de réparer l’ancien ou seulement une paire de bras pour nous aider à le porter dans notre appart (surtout que Papaidi avait choppé le satané virus dans l’intervalle…)

Bref, le souci matériel n’a été que transitoire mais somme toute harassant et pointant encore douloureusement du doigt notre isolement.

Finalement, j’ai pris ma première dose le mardi matin suivant à notre départ pour la Camargue repoussé de 48 heures (et pour cause…)

Personne n’était très en forme dans la voiture ce matin-là et on a cru qu’on n’arriverait jamais !!! 6 heures plus tard (pour un trajet qui se fait habituellement en moins de 3 heures…), nous voilà les pieds dans le sable 🙂

J’ai pris toute cette troisième « ligne » de Cytotec sans déclencher le moindre saignement. J’avais pourtant prévu les couches anti fuites urinaires pour ne pas nous gâcher les trajets et les vacances ^^ (au passage, très efficace contre les règles abondantes et pour des nuits sereines, je recommande si vous êtes prêtes à renoncer définitivement à ce qui pourrait rester de votre sex appeal 😉

Et le dernier contrôle ?

Fin des vacances. Retour au boulot.

Je rogne encore sur mes heures de présence professionnelle du mardi matin pour aller faire la 3e échographie. La radiologue semble étonnée de me voir encore, s’enquiert des derniers rebondissements et masque mal sa consternation devant la gestion de la situation.

Le bilan est le même, je n’avais pas besoin d’elle pour le savoir, je n’avais pas perdu une goutte de sang…

Je complète cette fois-ci l’échographie par une prise de sang.

La situation me pèse et pour changer (ou pour sauver la face ? pour me donner une contenance ? pour éviter de me mettre à pleurer ?), je prétends que c’est une fausse couche.

Et l’infirmière d’embrayer : « Oh, je suis désolée. Mais vous êtes jeune, ça arrive, ça marchera la prochaine fois… J’espère que ce n’est pas trop dur. etc. etc. »

Merde, qu’est-ce que j’ai dit ?!?!

Je ne rajoute rien mais je m’interroge sur cette honte latente qui fait que malgré sa banalité, une IVG reste un acte silencieux. De toute façon, mon humeur n’est pas au bavardage…

Le soir même, je quitte mon poste de bonne heure pour compiler les résultats d’examen chez la généraliste.

J’ai vraiment fait des horaires de merde pendant toute cette période, pas tellement étonnant que je l’ai payé par la suite d’un entretien annuel déplorable…

Le discours du doc est d’une ambivalence exemplaire :

1/ la vascularisation importante indique que tout n’a pas été évacué et (elle abandonne le Cytotec) qu’il faudrait se rendre à l’hôpital

2/ mais le taux de BetaHCG a chuté significativement

3/ alors elle est persuadée qu’ils ne feront rien à l’hôpital…

Elle me demande de prendre rendez-vous dès le lendemain matin. Puis se ravise : elle veut tenter une dernière « expérience », à savoir l’arrêt de la pilule pour déclencher de nouveaux saignements et le cas échéant, une nouvelle « ligne » de Cytotec.

Si je n’ai pas commencé à saigner le vendredi, elle veut que je la recontacte pour qu’elle prenne elle-même le rendez-vous à l’hôpital dans la journée.

Argh… tout ça reste bloqué en travers de ma gorge. Encore une fournée de médocs ? Un rendez-vous le vendredi dans la journée, et mon taf alors ? Une nouvelle prescription pour une échographie, la blague…

Je n’explique pas bien son attitude. Je me demande si elle pensait que ces méthodes me permettaient de continuer à vivre « comme si de rien n’était », normalement quoi… Sauf que *normalement* je suis à mon boulot de 8h à 17h30 (grosses mailles) et j’arrive à me concentrer (plus ou moins, certes…) alors que là, je fais de la présence (tant au taf qu’avec mes enfants), l’esprit ailleurs et recherchant des infos sur internet dès que j’ai 5 minutes…

Pour moi, ça a viré à l’acharnement et je me suis sentie un peu manipulée. J’aurais voulu avoir l’impression de savoir où j’allais et mesurer le chemin qu’il me restait à parcourir sans avoir de mauvaises surprises à chaque virage…

Pourquoi cette praticienne a-t-elle choisi d’insister autant sur la voie médicamenteuse ? Pourquoi ne m’a-t-elle pas proposé la solution chirurgicale plus tôt et plus clairement ? (Pourquoi ne l’ai-je pas demandé ?)

Pourquoi j’en suis encore là après de longues semaines ?

Je connais bien mon corps et je sais que je ne saignerai pas le vendredi. Je rentre chez moi convaincue de tout laisser tomber.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que lorsque j’ai fait ma fausse couche, je n’ai pas pris de Cytotec et je n’ai subi aucune échographie de contrôle… Tout le monde avait semblé confiant sur le fait que mon corps se débarrasserait de ce qui n’était plus utile.

J’en discute avec Papaidi, textote ma sage-femme en congé maternité, jette ma pilule et essaie de lâcher prise.

Ma SF m’accompagne plus moralement que concrètement… Faut reconnaître que c’est pas de bol : son amie gynéco à qui elle avait transmis mes clichés a eu un accident de voiture et n’a pas pu donner son avis.

Si c’est pas de la poisse crasseuse, ça… C’est quoi ?? De la poisse contagieuse, je te l’accorde 😦

Alors voilà (comme dirait l’autre), je surveille le risque infectieux depuis 2 semaines et quoi d’autre ? Quels sont les véritables enjeux de l’intervention par rapport à une attente vigilante ? Va-t-il falloir que je me décide à moment donné à retourner chez la radiologue ? chez la généraliste ? à l’hôpital ?

Dans l’intervalle, j’ai eu des « règles ». Peu abondantes et courtes. Rien qui ne permette d’espérer que ce soit terminé…

Alors voilà, j’attends.

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