Il y a quelques temps, je discutais avec une amie (coucou !) de ma vision de l’avenir et surtout du fait que j’étais incapable de faire de projets de grande ampleur, comme si j’avais 99 ans dans ma tête que j’allais mourir sous peu.

Alors c’est vrai que je tricote et fais des mots fléchés, j’aime boire des tisanes et écouter la radio, je commence à avoir des douleurs chroniques ^^ Mais le malaise est plus profond que ça…

Cette impression que plus rien n’est accessible, que mon destin est figé, j’ai du mal à m’en débarrasser. Je m’englue dans

le quotidien et je n’ose pas prendre des décisions qui pourtant sont vitales.

A quoi bon se « faire violence » alors que notre existence touche à sa fin ? Pourquoi ne pas juste profiter de ce qu’on a construit de bien en essayant de cacher le mauvais ? Pourquoi prendre des risques quand on n’est pas sûr d’avoir le temps d’en récolter les fruits ?

Et puis, pendant ma séance de yoga, la semaine dernière, alors que j’étais allongée en shavasana pour la détente finale, j’ai été comme foudroyée !

Ma perception est inversée : en réalité, je viens de naître – de renaître plutôt. Je n’ai pas réussi à me rencontrer en dehors d’une relation maternelle toxique, j’ai réussi à le faire grâce à la naissance de ma fille.

Elle avait besoin d’une mère, il fallait donc que j’existe.

Alors je me déchiffre :

J’ai 4 ans et j’expérimente de nouveaux mots.

J’ai 4 ans et je découvre mon corps.

J’ai 4 ans et j’observe mes envies, mes désirs.

J’ai 4 ans et je demande souvent « hein, c’est vrai, hein ?!? »

Quand je sens que mes mots ne tombent pas juste, je sourie en disant « c’est une blaaague ! » Je devine l’immensité du monde et les méandres des émotions, je ne sais pas toujours gérer. Je me raconte des histoires. Je m’émerveille de tout. Je crois tout ce qu’on me dit. J’aime goûter de nouvelles choses.  Je fais des expériences quotidiennes et je n’aime pas trop me laver

J’aime accumuler des objets et ne suis pas vraiment préteuse mais au fond, je ne tiens vraiment qu’à mon doudou.

Je n’ai jamais transgressé la loi. Je ne sais même pas que ce concept existe. Je ne sais d’ailleurs pas d’où ni de qui viennent les règles. J’ai envie de tout envoyer bouler quand on me les rappelle.

J’ai peur de tout et je me fixe tout un tas de limites arbitraires et factices. Je n’avais jamais osé tenté le pont dans la séquence posture finale de ma séance de yoga (chakrasana) : au fond de moi, je pensais que je ne savais pas le faire – parce que j’ai 99 ans.

Un instant de folie (de lucidité ?), j’ai essayé. Et j’ai presque réussi !

Oui, j’ai 4 ans et je ne savais pas que c’était possible ^^

MiniJoie est timide et parfois un peu empotée. Lorsqu’il lui a été suggéré de sauter à cloche-pied, elle m’a d’abord regardée quelque peu affolée, a baissé la tête et s’est jetée dans mes bras. Je lui ai chuchoté : « Allez, essaie ! » Elle a sauté d’abord très maladroitement mais elle a vu qu’elle pouvait y arriver. Depuis, elle ne cesse de s’entraîner !

Ce que je prenais pour des blocages de procrastinatrice scrupuleuse ne sont peut-être que les hésitations et les bouillonnements de ma trop grande jeunesse.

Alors ce n’est pas toujours facile de se repérer quand on appréhende la complexité de l’univers. C’est terrifiant et on a presque envie d’avoir 99 ans pour en avoir fini avec tout ça… Mais la fenêtre s’ouvre et l’air vivifiant du large s’engouffre dans nos cheveux.

Je ne sais pas si je vais y arriver, si j’en aurai le courage et les capacités. Je ne sais pas ce qu’elle fera de sa vie mais j’espère juste lui faire savoir qu’elle a droit au bonheur.

Elle a 4 ans et moi aussi. On franchit chaque jour de nouvelles étapes cruciales.

Bon anniversaire ma grande.

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