Je voudrais claquer la porte. Repartir à zéro. Faire autre chose.

Oui mais ça demande du courage. Et du courage, je n’en ai pas. Je dois le reconnaître.

J’ai un boulot confortable à défaut d’être passionnant. Je n’ai que très peu de pression sinon celle que je me mets toute seule : il parait que ça s’appelle la conscience professionnelle.

J’aime le travail bien fait. En toutes occasions. Alors je fais bien ce qu’on me demande.

Mais je n’en fais pas plus. Jamais ou quasiment. Je reste à mon bureau, planquée derrière mon blog dès que possible…

Mon chef ne me surveille pas. Mes collègues immédiats ne sont pas forcément ravis de devoir s’appuyer sur mon absence manifeste d’implication mais personne ne leur demande jamais leur avis…

Je travaille à 80%, congé parental à temps partiel. Je n’arrive pas particulièrement tôt et je pars à 17h tous les jours sans que personne ne s’en alarme : je pars même si je n’ai pas terminé ce que j’étais censée rendre.

Je gagne bien ma vie aussi. Nous vivons dans un appartement spacieux, dans un quartier agréable. On part en vacances où on a envie. On s’offre les cadeaux et les extras qui nous font plaisir.

Alors quitter mon job, c’est difficile.

D’abord, il faudrait construire un projet motivant. Ce doit être possible. Mais ça signifie plusieurs choses, quel que soit le projet :

  • Passer par une phase de formation, chronophage et forcément au détriment du temps en famille.
  • Diminuer mes revenus donc faire des choix et des concessions, imposés au reste de la famille.
  • Prendre le risque de passer par une période de chômage, non rémunérée. Le risque que cette période s’éternise, avec aucune certitude d’avoir une issue favorable.
  • Risquer de me rendre compte après coup que ce que j’ai choisi ne me plait pas tant que ça et que finalement, ce sur quoi je crachais n’était pas si terrible…

Voilà, je me sens liée à mon employeur par la force de l’inertie, par la peur du lendemain. Je paie de mon ennui profond, chaque jour à mon poste, l’assurance de savoir chaque matin quand le réveil sonne, chaque soir quand j’éteins la lumière que je jouis d’un niveau de vie tout à fait satisfaisant (surtout rapporté au temps de travail effectif…)

Il faudrait que le salaire soit attaché à la personne, en fonction du niveau de formation, de l’expérience, etc. pour nous libérer de l’emprise morale que l’entreprise a sur nous. Pouvoir transférer sa valeur sur d’autres projets sans mettre en déséquilibre tout le reste de notre existence…

Je sais que vous allez rapidement me rétorquer qu’il n’y a rien de pire que de s’ennuyer et qu’il faut tenter le coup si je ne me sens pas bien dans mon job.

Oui mais j’ai grand besoin de sécurité et de confort, ça fait partie de ma personnalité et je suis prête à payer un certain prix pour ça.

J’ai déjà tenté de tout bousculer : partir loin, vers l’inconnu total et un job qui remplissait tous les critères. J’ai très vite craqué et mis des mois à m’en relever. Je ne veux plus faire cette connerie.

Je ne changerai que si j’ai la garantie de retrouver rapidement une routine rassurante. Ce n’est pas encore le cas.

Je sais aussi que vous allez me dire que je pourrai faire marche arrière, retrouver un emploi stable grâce à la notoriété de ma formation, la solidité de mes acquis et que ça, ça ne se dévalorisera pas.

Certes, je n’ai d’éléments concrets pour contredire cet argument mais je suis aussi intimement convaincue qu’on ne me fera plus tout à fait confiance. C’est un truc assez français je pense…

Il faut évoluer en ligne droite : enchaîner la classe prépa juste après le bac, pas d’année sabbatique, un tour du monde pourquoi pas mais à justifier sur son CV par un projet bien ficelé, un congé parental peut-être mais pas trop long.

Le 4/5e déjà, c’est limite… vous n’imaginez pas tout ce qui peut se passer le mercredi ^^

Finalement, on est toujours suspect de ne pas avoir sacrifié sa vie à son travail et d’avoir voulu profiter d’autre chose : est-ce un manque de motivation ? une baisse d’intérêt ? le retour au salariat serait-il un choix par défaut ? l’employeur est par nature suspicieux…

J’ai dans mes connaissances un jeune entrepreneur dont le projet a échoué. Il a dû se remettre à chercher du boulot et a galéré pendant de longs mois pour obtenir la confiance d’un recruteur. Son énergie, ses initiatives pour sa création de boite n’ont pas été valorisées. Son pragmatisme au moment du dépôt de bilan et de la ré-orientation n’a pas été reconnu. Il a dû se justifier, faire amende honorable, se flageller presque.

On imagine qu’on ne peut faire les choses bien que si c’est une vocation ou le témoignage quotidien d’un zèle inconditionnel. Si on préfère passer les jeunes années de ses enfants à leurs côtés, c’est qu’on n’est pas fait pour se dévouer corps et âme à son job : le procès en incompétence guette chaque hoquet de notre parcours !

Alors comme ce jeune homme, j’imagine que je finirais par retrouver un emploi mais je devrais concéder de repartir depuis tout en bas, voire accepter un boulot pour lequel je suis sur-qualifiée et rebâtir les preuves de ma valeur pas à pas sans jamais pouvoir espérer atteindre aucun objectif ambitieux.

Suis-je prête à renoncer à tout ça ? Je ne sais pas répondre…

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