L’air quelque peu hagard de la jeune femme attire le regard dans cette demi-pénombre du couchant. Son chignon retombe sur sa nuque et de nombreuses mèches échappées floutent son visage. Son teint est pâle. Elle est visiblement épuisée.

Elle traîne à son côté un petit enfant.

Elle tente de prendre sur elle, s’arrête, s’accroupit et explique à l’enfant qu’il faut avancer, qu’il est tard et que sa Maman est fatiguée. Que non… nous ne pouvons pas aller jouer au square. D’ailleurs il est fermé.

L’enfant est joyeux, il vient de la retrouver et ne comprend pas pourquoi il faudrait se dépêcher.

D’ailleurs, il ne sait pas ce que signifie « se dépêcher« … Il observe tout, s’amuse d’un rien, demande « C‘est quoi ? » en pointant le monde qui l’entoure.

Sa Maman perd patience, elle l’attrape vivement par le bras et le tire vers l’avant. Trois pas seulement. Elle laisse retomber son bras, s’en veut amèrement de ne pas garder son calme.

Elle s’accroupit à nouveau : « Tu es sûr que tu ne veux pas monter dans la poussette ? » « Non, pas poussette, marcher ! »

Sourire.

OK, mais tu a-van-ces !

Le ton est plus dur qu’elle ne l’aurait souhaité. Son visage se défait. L’épuisement guette. Elle sent les larmes monter.

L’homme vient alors de surgir de nulle part. D’une porte cochère sur sa droite certainement. Il est déjà si près d’eux qu’elle peut sentir son haleine avinée accrochée à l’odeur poisseuse de ses vêtements crasseux.

Pourtant, ce n’est pas à elle qu’il s’adresse mais à son enfant. Il le complimente, lui sourit, l’encourage. Puis son regard se lève vers elle : « Il ne faut pas lui parler comme ça, il est si petit ! »

D’un coup, une culpabilité immense s’abat sur elle. Se faire reprocher son comportement par un clodo ?!? un alcoolo, un moins que rien, un exclu de la société ? Révolte.

Comment cet homme pourrait-il savoir ? Cet homme saurait-il faire mieux ?

Est-elle si peu capable d’être mère ?

De grosses larmes rondes s’écoulent maintenant sur ses joues glacées.

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