Etre surdoué.e, ça veut dire quoi ?

Je ne sais pas comment le formuler. Il y a plusieurs façons de le dire et aucune n’est satisfaisante :

J’ai un QI supérieur à la moyenne.

J’étais une enfant précoce.

J’ai un haut potentiel.

Je suis un zèbre.

Je suis victime de douance.

Je suis surdouée.

 

Il s’agit d’abord de s’accepter comme tel.le, de reconnaître cette différence.

Oui, je suis différente, donc en creux, pas normale…

Retour sur mon parcours.

J’étais

une petite élève modèle. Parents instits. Alors cela n’a rien d’étonnant me direz-vous ?

Oui mais… tous les enseignants de l’école primaire ont proposé à mes parents un passage anticipé. Refus catégorique.

Seule exception, le CP. Oui, c’était mon père, l’instit… Mais il avoue que j’étais une élève horripilante : bavarde, manquant d’attention et pourtant toujours la bonne réponse au bout des lèvres, y compris quand je semblais ne rien écouter depuis de longues minutes…

Décembre de mon année de CM1. Classe à double niveaux CM1 et CM2. Convocation de mes parents par l’enseignant :

Voilà, Euphrosyne suit le programme de CM2 sans difficultés. On fait quoi ?

Mes parents exigent de dérouler TOUS les tests possibles et imaginables sur ma petite personne, y compris celui de QI.

En aparté : J’ai passé un nombre incalculable d’heures avec le psychologue scolaire de secteur qui a été plus tard condamné pour pédophilie… argh :-/ je n’ai aucun souvenir, je crois que je n’ai été victime de rien… en tout cas, je vais bien… enfin je crois…

Retour à nos moutons et verdict : je compense tout ce qui ne va pas [?!? 9 ans à l’époque…] dans le travail scolaire DONC ça ira en sixième, avec des élèves plus âgés…

En tout cas, je n’aurai vraisemblablement pas de mal à suivre les cours. Et advienne que pourra !

Pour mes parents, la réussite scolaire, c’est TOUT.

Rien d’autre ne compte.

L’épanouissement dans les arts ? Foutaises.

L’intégration par le sport ? Conneries.

Je cite : « Les copines, on s’en fout, tu t’en feras d’autres ! »

Voilà, c’est terminé. Emballé c’est pesé : le passage anticipé est LA solution à tous les problèmes qui pouvaient surgir. Plus rien ne pourra m’arrêter dans ma quête aux bonnes notes…

En ce qui concerne le résultat du test de QI : j’aurai le droit de le savoir avec l’obtention du brevet… Mes parents ont trop peur que je « crâne », que je me vante, que je fasse la belle ou l’intelligente…

Bref, je ne le réclamerai docilement que 5 ans plus tard – à la rentrée en seconde – et ma mère me l’avouera à voix basse, entre peur et honte.

J’entre donc en sixième et poursuis les années collège / lycée avec l’étiquette de « première de la classe », « grosse tête », « fille de profs »… collée sur le dos à jamais et le désert amical qui l’accompagne !

Je suis un peu injuste : par piété ou hasard, j’ai eu quelques ami.es mais, comme mes parents jouaient à les dénigrer et ne faisaient rien pour favoriser les rencontres et invitations – alors que moi, j’avais besoin d’aide pour tout ça – ces larves d’amitié sont mortes dans leur œuf…

Alors on n’en a jamais vraiment reparlé. J’ai continué ma brillante scolarité solitaire.

Le temps aidant, j’ai rencontré des personnes qui me ressemblaient suffisamment pour devenir des ami.es. Ça allait presque mieux.

Heureuse, non. Mais apaisée, sans doute.

Puis le monde du travail.

Violent. J’en ai pris plein la gueule. J’ai changé 4 fois de boite, pas réussi à tenir un poste 2 années consécutives. Je m’y sens mal. 

C’est un vaste sujet que j’essaie d’explorer par ailleurs.

Et finalement, les enfants.

Quand MiniJoie est née, ces questions que j’avais évacuées sans ménagement à l’orée de mes 10 ans sont revenues de plein fouet : serait-ce « héréditaire » ? Comment sait-on qu’un enfant est précoce ? Quels risques ont-ils de traîner cette infirmité? A quel moment peut-on le dépister ? Faut-il le dépister ?

Et l’école ? Comment fait-on pour être heureux à l’école quand on est un zèbre ? Peut-on l’être ? Comment se faire des ami.es ? Peut-on réussir sa scolarité et s’épanouir ailleurs malgré tout ? Ne serait-il pas plus sain de rater sa scolarité au fond ?

Et la vie après ? Est-ce qu’on tombe amoureux comme les autres ? Peut-on devenir un parent valable ? Comment être heureux si on se pose toutes ces questions tout le temps, sans répit aucun ?

J’ai beau croiser les doigts très forts pour que mes enfants soient tout ce qu’il y a de plus normal, j’ai peur pour eux.

C’est à cette période que j’ai été attentive à ce qui se disait sur la douance – et découvert toutes ces périphrases que j’emploie aujourd’hui, jusque-là j’étais « surdouée » et même si ça pouvait avoir fait sens à l’école, ça ne le faisait pas pour les choses de la vie…

Trop intelligent pour tre heureux ? L'adulte surdouŽJ’ai dévoré l’ouvrage de Jeanne-Siaud Facchin qui décrit cet adulte trop intelligent pour être heureux (aux éditions Odile Jacob) et découvert une chose fondamentale : l’hypersensibilité caractéristique des petits et grands zèbres.

Parce que oui, la douance se conserve à vie et si l’on peut éventuellement être considéré.e comme précoce étant enfant,  cet adjectif ne veut plus rien dire pour un adulte… alors que les particularités de fonctionnement restent déterminantes.

Tellement de choses se sont éclaircies avec ces découvertes : je ne suis pas seulement une chouineuse – cette gamine à qui l’on ne peut rien dire sans qu’elle se mette à pleurer pour soi-disant éviter la confrontation, je n’ai pas à « m’endurcir » – comme périphrase à « fermer ma gueule » ou « mûrir »…

Je suis sensible, émotive et la cruauté du monde m’atteint plus que d’autres. Et l’intransigeance acerbe de mon univers d’enfance m’a ainsi explosé à la figure.

Autant ces explications m’ont fait avancer, autant elles n’ont pas réussi à m’alléger.

D’autres questions se sont pressées au portillon : que signifie être « seulement » intelligent sans être surdoué ? Comment canaliser ces émotions si je ne peux les étouffer ? Comment les contrôler pour éviter à mes enfants de grandir avec une mère dépressive, colérique et inconstante ?

Et puis suis-je vraiment condamnée à trouver les relations sociales compliquées ? N’est-ce pas le cas pour tout le monde ? Est-il possible d’apprendre à lever les barrières pour rompre l’isolement ? Toute nouvelle relation est-elle vouée à l’échec ou à la superficialité ?

Et de fil en aiguille : des inquiétudes sur mon incapacité versus mon désir de rester auprès de mes enfants H24, sur l’intérêt de me lever tous les jours pour un boulot qui me gonfle, beaucoup de tracas sur les motivations de mes actes et enfin de grandes questions sur le sens de ma vie, sur l’intérêt de mon passage sur Terre, sur ce que je laisserai ou pas…

A l’occasion quelques échanges sur Twitter et une conversation étonnante avec le médecin du travail, j’ai pris la mesure de l’importance radicale de cette spécificité dans la personne que je suis aujourd’hui.

Alors j’ai pris sur moi de contacter une psy spécialisée dans mon genre de profil.

Je ne vais pas bien. J’ai côtoyé des tas de thérapeutes qui ne prenaient pas mes caractéristiques en compte et avec lesquels je n’ai pas eu tellement l’impression d’avancer. L’un d’eux m’a même balancé :

Ah, ces surdoués et leur ego surdimensionné !

Je n’ai jamais remis le sujet sur le tapis, j’ai balancé mes anti-dépresseurs à la poubelle. Et puis, j’ai arrêté de le voir.

Mais sans béquille émotionnelle, je ne tiens pas longtemps.

Alors j’ai contacté cette jeune femme. En une séance, elle m’a fait voir du positif, parlé bilan de compétence, rassuré sur la prise en charge des enfants surdoués et mes compétences de mère zébrée…

Elle m’a aussi dit que les adultes qui vivaient mal leur différence étaient ceux à qui ont l’avait cachée – ou pour le moins pas traitée comme telle. Que j’étais normale au fond, dans cette différence-là.

Elle a séché mes larmes et m’a proposé d’avancer ensemble.

J’ai compris des trucs.

Je crois que je vais déjà mieux.

 

30 commentaires sur “Etre surdoué.e, ça veut dire quoi ?

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  1. Je me reconnais énormément dans ton parcours… Ou en tout cas, dans le début!
    Pareil, j’étais cette petite élève modèle toujours première de sa classe… En CE2, l’instit a voulu me faire sauter 2 classes. Mes parents ont refusé, ne voulant pas que je sois dans la même classe que ma soeur. J’en ai sauté une en cours d’année, un peu à l’arrache, ça ne s’est pas hyper bien passé…
    Je l’ai mal vécu, principalement socialement. J’avais beaucoup de mal à me faire des amis, le collège a été un véritable calvaire, j’étais le bouc émissaire de mes camarades de classe, car trop différente…
    J’ai fait cessé tout cela en arrivant au lycée, j’ai demandé le redoublement, mes parents ont compris, ils ont insisté auprès du lycée, et ça a été mieux. Peut-être aussi car c’est à ce moment que j’ai rencontré mon chéri…
    Mais ça laisse des traces, et c’est douloureux!

    Et aujourd’hui, j’ai un peu peur, quand je regarde ma fille, du haut de ses 18 mois… J’ai l’impression de les déceler, ces signes de précocité… Je me reconnais tellement en elle, ça m’effraie…
    Pour l’instant, je ne veux pas y penser, je préfère essayer de la « nourrir » à travers la musique, l’art, les voyages, et espérer que ça suffira, juste au cas où…

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    1. Merci Claire de ton témoignage qui me parle beaucoup.
      Je suis tout à fait dans le même état d’esprit avec ma fille… Je ne peux pas m’empêcher de guetter tout ce qui pourrait être « un signe » et j’ai peur de lui mettre un poids sur les épaules qui ne serait pas le sien. J’essaie de me dire que précocité ou non, elle sera heureuse et que je peux l’y aider. Comme je ne saurais pas faire sans interpréter les pseudo-signes de précocité, j’essaie de les voir comme du positif, me dire que je gérerais tout ça très différemment de mes parents, qu’il y a des structures dans lesquelles elle pourrait s’épanouir… prendre le côté positif au final, même si ça ne m’est pas vraiment naturel :-/

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  2. à 2 ans il connaissait l’alphabet et comptait jusque 20, à 5 ans il comptait jusqu’à 1 million, à 6 ans il entrait en CP en sachant lire et avec une écriture parfaite…il a 7 ans, il est en CE1, dans une classe à double niveau « pour lui permettre de voir ce qu’il se fait à côté car souvent il finit avant les autres, pour la suite on verra ». Il est hyper épanoui, adore l’école mais moi je tremble, je tremble car j’ai vécu exactement le même parcours…je n’ai pas de souvenir précis de profond mal-être ou de grosses difficultés, je crois que j’ai été chanceuse et plutôt bien entourée mais je sais tout de même que ce n’est pas facile d’être celui qui sait avant les autres, qui voudrait poser certaines questions mais qui ne le fait pas pour ne pas être regardée de travers, qui se met au niveau tout le temps pour être dans le groupe (et rien que d’écrire ça me met mal à l’aise, je trouve cela tellement orgueilleux et méprisant) …tout le monde me dit de ne pas m’en faire que tout ira bien, que c’est très positif, qu’il vaut mieux ça que l’inverse, je suis incapable de dire exactement ce que je redoute mais je veille, je sais que je me dois d’être hyper attentive à ce qu’il va traverser dans les années à venir.
    du coup, forcément ton texte résonne fort en moi, et je ne peux que comprendre ton inquiétude en voyant ta fille grandir
    je n’ai pas de réponse à tes questions mais beaucoup d’empathie et te souhaite une belle route !

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    1. Merci de ton témoignage, c’est important pour moi. Pour nous, je crois, d’échanger.
      Cette idée de « se mettre à niveau » est redoutable : à la fois essentielle pour survivre en société et d’autre part hyper violente puisqu’on se doit de canaliser les questions, les interjections, les remarques… je sais y avoir perdu une partie de mon âme.
      Bonne chance à vous deux.

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  3. Bonjour Euphrosyne !

    J’ai mis un peu de temps à t’écrire ce commentaire car je voulais trouver quelques mots justes. Je ne voulais pas rester centrée sur moi-même (ce serait tellement facile tant ton parcours résonne sur le mien)
    Je ne voulais pas non plus te sermonner de conseils ou autres choses semblables, il n’y a aucune raison pour que j’en sache plus que toi sur le ‘comment aller mieux’.

    Mais bon… malgré mes bonnes volontés, il est fort probable que je retombe dans ces schéma ! ^^ Je ne te promets rien…

    Je comprends la colère (la colère ? oui, je crois que c’est cela) que tu peux éprouver à l’encontre de tes parents. Il me semble que nous avons une dizaine d’années d’écart, lorsque tu étais jeune c’était tout à fait l’époque où pour bien éduquer un enfant, on se centrait sur l’idée qu’on s’en faisait. On ne communiquait pas les résultats des tests aux enfants, de peur de… Comme si la vanité des hommes et des femmes se construisaient sur des faits !

    J’ai eu des parents très différents. Je n’ai pas sauté de classes (j’ai profité de double classes pendant les années CE2-CM1-CM2 mais je suis passée en sixième en même temps que les autres enfants de mon âge) et je n’ai jamais entendu parler de QI ou de douance avant mes… 25 ans ! Lorsque, les larmes aux yeux, j’en ai parlé avec ma mère, elle m’a dit : « Céline, nous l’avons toujours su ». Mais puisque j’avais l’air d’aller bien, ils n’ont pas cherché. Ils m’ont simplement forcée à suivre des cours de danse peu après que l’institutrice de petite section les ait convoqués pour leur dire « votre fille sait écrire beaucoup de mots mais… elle ne joue pas avec les autres enfants, ce n’est pas normal. » Je ne sais pas si j’étais présente lors de ce RDV mais ce pas normal est resté gravé en moi. Ils ne m’ont pas aidé à l’expliquer, ils m’ont forcé (surtout mon père) à le faire disparaitre.
    J’ai eu des parents très différents, et moi aussi je suis passée par cette colère.

    En même temps (et voilà, je passe au paragraphe conseil…) j’éprouve toujours un profond agacement lorsqu’on parle de l’école, de l’enfance et tout ça, comme si maintenant adulte on ne pouvait plus rien. Je sais que l’enfance est très importante pour la construction d’une personne, je ne le dénigre pas, mais on passe normalement beaucoup plus de temps en adulte plutôt qu’en enfant. Tout ce temps adulte ne doit pas se centrer uniquement sur ce que l’on a vécu enfant.
    Cet agacement m’a poussé à me détacher de cette histoire. A ne plus attendre de la part de mes parents qu’ils réparent ce qui m’a manqué lorsque j’étais petite. La colère est retombée. J’ai passé plus de temps à m’observer telle que je suis maintenant et j’ai arrêté (enfin, un peu) de revoir les scènes de mon enfance qui « expliquaient tout !! ».
    Krishnamurti fut mon mentor pendant cette période.

    Je pense que c’est sur ce chemin que t’a dirigée la psychologue.
    Se comprendre, soi, et pas seulement la douance. Se comprendre tout entier.
    Comprendre ses propres besoins, ne plus essayer de se mouler dans les besoins qu’on pense être normaux.

    L’hypersensibilité ! Quelle joie est-ce de l’accepter !

    En fin de compte, je peux te dire que maintenant je me sens plus différente que jamais. Et paradoxalement, je ne me suis jamais sentie aussi normale. Parce que j’ose enfin être celle que j’aime être et je n’ai plus de culpabilité à ne pas être toujours normale.

    Enfin, mon commentaire ne ressemble pas du tout à ce que j’aurais aimé écrire… Peut-être qu’un jour, je trouverai vraiment ce que j’aimerais savoir dire.

    Merci d’avoir écrit cet article. Cela me fait beaucoup de bien de lire ton histoire.

    Céline.

    PS : Mais en même temps, du coup, je veux en savoir tellement plus ! Et avec tes enfants, alors, comme cela se passe-t-il ? A ton travail (j’ai lu quelques articles de Poussée d’Archimède, cela me fait rire et même temps je n’arrive pas à me défaire de l’idée que j’ai bien fait de fuir tout cela…) ? Et avec ton mari ?? Bref, dans ta vie maintenant ??

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    1. J’ai mis encore plus longtemps à répondre que toi à écrire ton commentaire… et pour cause !
      Je dois t’avouer que j’ai été un peu chagrinée (j’aurais dit vexée si ça n’était pas venu de toi et si je n’avais pas su que tes intentions étaient bonnes 😉
      Ton propos m’a turlupiné qqs jours et je me suis demandé pourquoi il me touchait tant alors que sur le fond, je suis d’accord avec toi : il faut aller de l’avant et l’avenir nous appartient. Ressasser ces passages difficiles ne permet pas en soi de construire un bel avenir, c’est ce qu’on appelle la résilience, je crois.
      Mais voilà, c’est la petite fille en moi qui, une fois de plus, a été niée : dans son ressenti, ses peines, sa douleur et l’impression d’être encore une fois incomprise m’a heurtée de plein fouet – d’autant plus que j’accorde une grande importance à tes avis.
      J’ai toutes les difficultés du monde à accepter que certaines choses ne sont pas de ma faute, que j’ai le droit d’exprimer ma vision des faits plutôt que de me flageller en silence et que mon opinion est tout aussi valable que celle des autres. J’ai eu une enfance pénible, une maltraitance qui ne dit pas son nom puisqu’elle ne passe pas par les coups et se voile d’une grande respectabilité sociale. Je n’arrive à le conceptualiser que maintenant.
      Il a fallu que je sois malléable et docile, soumise même. Me demander aujourd’hui d’assourdir cette colère, c’est retomber dans ce que j’ai dû m’infliger si longtemps, subir à nouveau une violence dont je tente de m’extraire.
      Je déteste le concept de résilience parce que ça dit des victimes qui n’arrivent pas à vivre au-delà de leur souffrance que c’est un peu leur faute encore : elles n’ont qu’à être plus résilientes après tout !
      J’espère que tout ça s’apaisera et je pense comme toi que positiver ce sera une meilleure façon d’envisager mon histoire. Pour le moment, je suis déjà fière d’arriver à le dire, à l’écrire, à respirer un peu même si ce n’est que douleur et colère.

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      1. Je me suis doutée que mon commentaire posait problème… En l’écrivant déjà et je te remercie vivement de me le dire ainsi en réponse ! Je pense comprendre ce que tu me dis.

        Cet agacement dont je parlais, celui de souvent revenir à l’enfance, est en fin de compte un agacement contre moi-même.

        J’ai profondément aimé lire ton témoignage. Il ne m’a pas ennuyé, et je ne me suis pas dit en le lisant : « oh, mais pourquoi ne parle-t-elle que de son enfance ? », je sais que cela est important. On comprenait en te lisant les souffrances dont tu as été victime. Le déni de ta personne… c’est cela n’est-ce pas ?

        Là où je n’ai pas été claire (et je m’en veux bien de ne pas avoir su le dire autrement, et de t’avoir ainsi fait de la peine) c’est en te disant de te détacher de cette histoire. Se détacher, tu as bien raison, ce n’est pas le bon mot. Se détacher, comme tu dis, c’est faire table rase, c’est comme nier des souffrances passées, c’est comme de dire : « aller, laisse tomber, passe à autre chose… quoi ? tu n’y arrives pas ! ah la la, tu es mal barrée… »

        Ce n’est pas ce que je voulais dire.

        L’adulte a été construit par l’enfant que nous étions et ressent toujours en lui les souffrances de son enfance. Elles ne disparaissent pas. Mais l’adulte n’est plus l’enfant, il ne les ressent plus de la même façon. Il comprend plus de choses, il analyse ce qu’on lui a fait/dit/enseigner et essaie de faire la part des choses avec ce qu’il est lui. C’est exactement ce que tu fais.

        La résilience, ce n’est pas repartir, c’est rebondir.

        Ce que je voulais dire aussi, c’est que ressentir de la colère contre ses parents c’est aussi en fin de compte ressentir de la colère contre notre histoire passée. C’est cela qui fait du mal : revenir à soi enfant et ne pas aimer ce que l’on y trouve —alors que c’est un peu de soi-même ! Et lorsqu’on ne sort pas cette boucle, on n’avance pas, on ne se console pas.

        Est-ce que je me fais mieux comprendre ?

        Il n’est pas question de ne plus se battre, de ne plus vouloir dénouer le passer, mais de ne plus se détester, de ne plus détester l’enfant que nous étions.

        Tu dis : « J’ai toutes les difficultés du monde à accepter que certaines choses ne sont pas de ma faute, que j’ai le droit d’exprimer ma vision des faits plutôt que de me flageller en silence »… Voilà ce que sait faire l’adulte lorsqu’il revisite son passé. Il analyse ce que l’enfant n’a pas su faire.

        Moi, petite, j’étais incapable d’exprimer mes gouts, je disais toujours, automatiquement ce que voulait entendre mon interlocuteur. Même maintenant, je ne sais pas dire la vérité à mes parents, de peur de les décevoir.

        L’adulte qui revisite son passé, dit cela et c’est une souffrance découverte. L’enfant ne savait pas tout ça (qu’il se flagellait en silence) et l’adulte qui s’en rend compte souffre encore de s’en souvenir, et d’en être conscient.

        Ce n’est que douleur et colère. J’ai la gorge serrée en l’écrivant. Parce que j’ai peur de faire une bourde encore (c’est tellement difficile de ne pas dire de bêtise, c’est si délicat !) et surtout parce que cette douleur et cette colère je la ressens encore.

        Je ne positive pas. Non, ce n’est pas ça. Et moi aussi, je me sens terriblement incomprise lorsque j’écris un article personnel et que je lis en commentaire en bas de la page « tu es trop dure avec toi-même… » avec tout un tas de conseils pour reprendre un peu de sourire. Je suis profondément désolée d’avoir fait cela moi aussi à mon tour, alors que je savais très bien qu’il ne fallait pas…

        Non, je ne positive pas. Je me découvre moi-même, telle que je suis maintenant enfant. J’étais celle qui n’avait aucune préférence, jamais, parce qu’elles étaient broyées par l’avis des autres, je SUIS à présent celle qui re-goute à tout pour découvrir ce que j’aime, et qui se rend compte que ce qui lui plait, ce n’est pas de préférer, mais de gouter. Juste l’acte de gouter.

        Et là, je me sens heureuse. Parce que je me rends compte que je n’aurais jamais dû être celle qui dit préférer car je suis simplement celle qui goûte. Mais comme toi, j’ai dû analyser celle que j’étais pour déterrer celle que je suis. Non pas celle que j’aurais dû être.

        Ce n’est qu’à partir de là que la souffrance s’en va. Que la colère disparait. Lorsqu’on laisse partir ce qui aurait dû pour ce qui EST vraiment et maintenant.

        Je poste, mais je suis terrorisée.

        Merci pour ta confiance, pour ta patience. Merci de m’avoir répondu. De m’avoir dit.

        Merci pour cette amitié.

        Je poste.

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        1. Merci Céline pour cette belle réponse qui m’éclaire et va encore nourrir mes réflexions.
          Oui, tu t’es bien fait comprendre : ton message apaise mes sentiments d’autant plus que, dans l’intervalle, je crois que j’ai aussi progressé vers la prise de conscience de l’adulte épanoui terré en moi.
          Ton aide est précieuse et une grande joie éclos à éprouver cette amitié qui se construit grâce à nos échanges. À aucun moment je n’ai eu de sentiment négatif envers toi, sache le. Je suis soulagée de t’avoir mieux comprise. Je suis satisfaite aussi d’avoir réussi à exposer mon point de vue, sans m’écraser et sans avoir peur de te perdre.

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          1. Comme je suis heureuse que tu aies trouvé les mots pour me dire ce qui te déplaisait dans mon commentaire !
            Merci pour ce bel échange ! Je n’en ai pas dormi de la nuit, tellement j’étais contente d’avoir eu une discussion aussi ouverte et aussi confiante avec toi. Tu peux être fière de toi, pour ta sincérité et ta perspicacité !
            A bientôt, avec grand plaisir !

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  4. C’est un sujet délicat … que j’ai touché de près également, mais différemment.
    Jusqu’en CE2, tous mes enseignants se sont « battus » pour me faire passer en classe supérieure. Je ne me sentais pas prête, je ne voulais pas quitter mes copines, justement. J’ai eu la chance que mes parents suivent mon avis de « petite fille » d’à peine 9 ans.
    En CM1 / CM2, c’était l’inverse. Je m’ennuyais tellement à mourir que j’ai réclamé à corps et à cris de passer en classe supérieure … A cause d’une mauvaise direction, ça ne s’est pas fait … Mais au fond, je n’ai pas regretté/ Je suis arrivée au collège à l’âge où on rentre au collège … et j’ai rencontré une amie, qui elle, avait « sauté » une classe et était de fin d’année. Soit quasiment 2 ans d’écart entre nous …. 2 ans de maturité émotive, c’est beaucoup. Alors j’ai accepté ma situation et je n’ai plus jamais cherché à aller plus vite que la musique …
    J’ai toujours été la bonne, la très bonne élève, la tête de classe … et même pendant ma formation d’asisstante sociale … Mais je l’ai toujours bien vécu et je suis fière de mon « intelligence ». Aujourd’hui, j’essaye de mettre mes facilités et mes facultés au profit des autres.
    Merci pour ton témoignage.

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    1. Je crois que l’intelligence affective et émotionnelle est celle qui est particulièrement difficile à appréhender, mesurer et canaliser. A contrario, l’intelligence « concrète » est plus facile – ça reste relatif – à maîtriser et donc, un élève doué saura s’adapter au niveau scolaire du groupe.
      Les passages anticipés ne prennent pas suffisamment en compte la maturité des enfants et pourtant, je crois que c’est la seule chose importante à considérer…
      Merci de ton partage.

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  5. Je suis soulagée d’apprendre que tu as enfin trouvé une psy qui puisse t’aider, avec une attitude bienveillante, pour reprendre un mot que tu aimes bien 🙂

    Ton « épiphanie » sur l’hypersensibilité me rappelle (en moins grave) le moment où j’ai enfin compris ce que voulait dire « introvertie » : ce n’est pas que je sois associable, c’est juste qu’interagir avec les autres me coûte de l’énergie, et que j’ai ensuite besoin de passer du temps seule pour recharger mes batteries.
    Depuis, j’essaie d’en tenir compte pour organiser mon emploi du temps pro, social et familial.
    Ta psy doit pouvoir t’aider à trouver des stratégies pour gérer ton hypersensibilité sans t’isoler.

    Quand aux qualités de Minijoie, pourquoi ne pas les voir comme une chance plutôt que comme une malédiction ? Ça a été un handicap pour toi parce que tes parents se sont comportés comme si c’était une maladie honteuse. Si toi tu la soutiens et que tu l’encourages, ce sera complètement différent.
    Parles-en donc à nos amis communs dont deux filles au moins sont spectaculairement brillantes (et ont l’air plutôt bien dans leurs baskets).

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    1. Je ne suis pas encore capable d’en parler de vive voix… mon clavier a bon dos, tu sais 😉
      Pour MJ, en plus, je ne sais pas encore dans quelle « catégorie » elle va se trouver… et elle est encore trop petite pour faire la part des choses entre ce qui vient de notre milieu, du développement normal de l’enfant avec ses fulgurances étonnantes et des stimulations constantes que nous lui fournissons presque malgré nous – des livres qui traînent partout par terre en permanence par expl 😉 De toute façon, je n’ai aucun élément de comparaison précis et j’angoisse trop pour envisager ce qu’on pourrait faire concrètement de ça.
      J’ai l’impression [les impressions ne sont jamais fiables mais bon…] que c’est plus simple pour les petites miss dont tu parles, que leurs parents envisagent tout ça avec fierté et sérénité [tiens, la maman, si tu passes par là, ton avis m’aiderait ;)] et que du coup, tout le monde prend ça comme un atout pour l’avenir.
      Je n’en suis pas là, je ne vois que les difficultés et les complications : je projette ma propre histoire dans le possible avenir de MJ et je croise les doigts pour qu’elle soit juste NORMALE, voire un peu bêbête, ça me soulagerait les neurones…
      Et si on veut parler 2 sec de B2J : l’angoisse est pire puisqu’il parait que les mamans dans mon cas ont encore plus de difficultés avec les garçons précoces qui généralement ont plus de mal que les filles à composer avec les codes sociaux… alors la maman se dit : « pourquoi j’ai réussi à m’intégrer – à me faire violence – et lui n’y arriverait pas ?? »
      La boite de Pandore est ouverte…

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  6. « Les copines, on s’en fout, tu t’en feras d’autres ! », j’y ai eu droit à l’occasion des déménagements (enfin, avec une formule moins violente (sans le « osef », mais même sans ça, l’idée que des personnes soient interchangeables, que Marie ou Jeanne, ce soit pareil… c’était une négation de ma peine assez terrible, alors que mes parents espéraient me consoler).
    Pas de saut de classe pour moi et j’en étais soulagée, l’intégration était déjà difficile sans en plus me retrouver avec des élèves plus âgés.
    Je me suis souvent demandé aussi si le fait d’envisager des tests était un signe de vanité/orgueil/prétention, du coup j’ai évité de creuser la question, tout en gardant un petit doute dans un coin de mon esprit – après tout, pendant une grande partie de ma scolarité, mes camarades m’ont fait sentir que je n’étais « pas normale ».
    Aujourd’hui… je pense que mon fils est TRES intelligent, et j’en suis plutôt contente, parce que même si la scolarité sera peut-être difficile (mais j’espère savoir le guider), au moins à l’âge adulte il a de grandes chances de voir plein de portes s’ouvrir devant lui.

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    1. J’ai toujours eu le sentiment que cette histoire de QI était un mélange de tout ça : orgueil & vanité & prétention. Surtout à cause de la manière que mes parents ont eu de me le présenter finalement. Et donc, je n’en parlais pas, jamais. Comme un truc honteux… Je crois que ça m’a pourri plein de truc : des projets et des relations.
      Si tu appréhendes l’intelligence de ton fils comme qqch de positif, il le vivra bien et verra les portes s’ouvrir, c’est certain !

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  7. Ton article m’émeut beaucoup. Je n’ai pas la moindre idée de si je suis surdouée ou pas (j’ai toujours été dans le peloton de tête à l’école puis à la fac même s’il y a meilleur que moi), je n’ai jamais fait de tests sauf des gratuits chez moi quand je cherchais à comprendre ce qui clochait chez moi et qui révélaient en effet une certaine douance. Par contre je suis hypersensible et ça j’en suis sure et certaine. As tu lu le livre les gens qui ont peur d’avoir peur (j’ai fait un article dessus d’ailleurs), ça m’a appris beaucoup de choses sur moi même et il établit en effet un certain lien entre hypersensibilité et douance.
    Même si tout s’est toujours bien passé pour moi j’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir, j’évite le conflit au maximum (parce que je déteste les cris et l’énervement, je ressens la tension de très loin) et du coup j’ai du mal à m’affirmer. Comme tu le disais ça pose pleins de problèmes dans la relation à autrui. Je ne sais pas où tu en es toi mais moi j’ai toujours du mal à exister pleinement dans de gros groupes, ça se passe mieux dans une conversation à 2 avec une personne en qui j’ai confiance.

    Bref je vais arrêter de raconter ma vie mais je vais suivre ton blog que je connaissais pas du tout parce que ça m’intéresse de voir comment toi et Minijoie allez évoluer 🙂

    Bonne continuation, sois forte

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    1. C’est marrant, pour moi, c’est exactement l’inverse : je préfère de loin être dans un groupe important. Je crois que j’ai développé des stratégies pour m’intégrer efficacement et ça me permet de faire des « pauses » – du moins, dans ma tête – quand je ne participe pas directement à la conversation…
      En revanche, quand je suis en tête à tête avec qqn, je me mets une pression folle pour être attentive à tout, soutenir la conversation, maintenir l’animation, remplir les verres, servir à manger et rester agréable… Je ne réussis pas très bien à faire tout ça en même temps et je termine épuisée !!!
      Je ne connais pas le livre dont tu parles mais tu attises ma curiosité, je vais regarder ça !
      Et surtout, je suis ravie de t’accueillir sur mon blog 🙂

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      1. ben moi je participe pas souvent à la conversation dans un groupe mais je passe mon temps à culpabiliser, à réfléchir à ce que je pourrais bien dire pour m’intégrer dans la discussion. Et en plus souvent j’ai le « syndrome de l’invisible », j’ai l’impression que quand j’ouvre la bouche personne ne m’entend. Alors que j’ai jamais ce problème avec des amies proches avec qui j’ai instauré une relation de confiance et avec qui on peut parler de tout et de rien sur un ton plus de confidence.

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  8. C’est un texte magnifique et très personnel que tu nous livres là.
    Je suis heureuse que tu aies enfin pu trouver la porte de sortie, et que tu explores le monde.
    Plein de belles choses pour cette nouvelle vie qui s’offre à toi.

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    1. Je ne pense pas que mes parents croyaient bien faire : ils étaient persuadés d’avoir raison, à chacun de leurs choix et sans jamais me demander mon avis… Je parais peut-être un peu dure avec eux mais je le suis infiniment moins qu’ils ne l’ont été avec moi. C’est ma corde sensible, je ne peux plus rien leur pardonner. Mais je travaille à réussir mon avenir et ton souhait m’accompagnera, merci.

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