C’est aujourd’hui la journée mondiale du blog, l’occasion parfaite pour tenter de justifier cet exhibitionnisme populaire qui consiste à exposer sur la toile nos états d’âmes les plus intimes.

Je suis rentrée très tôt en écriture.

J’ai toujours noirci des carnets, rempli des feuilles blanches d’une écriture précipitée, noté quelques idées fugitives sur des post-it… Quand le besoin d’écrire m’assaille – généralement dans une période plus ou moins dépressive, je déverse le

trop plein de mon inconscient et me débarrasse le cerveau de l’amertume qui me ronge.

On peut toujours […] prendre des notes, essayer d’aligner des phrases, mais pour se lancer dans
l’écriture d’un roman, il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l’apparition d’un authentique noyau de nécessité. On ne décide jamais soi-même de l’écriture d’un livre […] un livre […] c’était comme un bloc de béton qui se décide à prendre, et les possibilités d’action de l’auteur se limitaient au fait d’être là et d’attendre, dans une inaction angoissante, que le processus démarre de lui-même.

J’ai débuté des dizaines de roman, ébauché des caricatures de personnages construits sur des rencontres réelles ou fantasmées, avorté un blog en même temps qu’une expérience que j’aurais voulu oublier, essuyé mes humeurs sur des brouillons raturés, tenu des journaux de voyage, des journaux intimes, des journaux de voyage, des journaux de gratitude, saturé des pages entières de « pourquoi ? » afin d’essayer (parfois) de donner sens à mes migraines, partagé les minuscules événements de ma vie par des échanges épistolaires irréguliers, posté des messages d’amitié au dos de photos exotiques…

Un blog – si l’on n’aspire pas à la notoriété – n’est rien d’autre que l’un de ces innombrables écrits passé au filtre d’un standard numérique totalement convenu et même presque scolaire.

D’abord, la joie. Les thèmes abordés dévoilent des blogueuses accomplies, heureuses et enthousiastes – dont les journées font manifestement plus de 24h. Les billets se doivent d’être dithyrambiques et les tests forcément réussis. Les commentaires positifs. On y trouve des concours et même des gagnants. Un univers optimiste et pétillant, la vie quoi !

En effet, imaginer être lue oblige à chercher à être comprise, puis aimée, et pourquoi pas suivie…On continue de cacher son côté sombre. Trop sombre. Au fond, à moins de retranscrire le journal de bord d’un suicidaire, un vrai – un qui se « réussi » à la fin – ce blog-là aurait très certainement un gros succès vu les tendances voyeuristes inassouvies de l’être humain… Bref, à moins d’aller au bout de la noirceur, qui voudrait suivre les minis tragédies du quotidien d’une pessimiste chronique après une journée déjà pourrie ?
Alors, cela m’oblige à souligner plus souvent le bon côté des choses et à m’attarder un peu plus longtemps sur les petits sourires de la vie. Occulter certaines difficultés me permet de lutter contre une nature un peu négative – et si le naturel revient tout de même au galop – cette exercice sur moi-même me changera peut-être un peu…

La régularité ensuite. Ecrire est une gymnastique, qui requiert de la pratique. L’orthographe s’exerce. La syntaxe se peaufine. Le vocabulaire s’aiguise. Choisir des sujets variés permet de s’essayer à des styles différents, non intuitifs. Distordre notre écriture « spontanée » par des exercices contraignants permet d’affiner son trait et de trouver sa propre signature.

La précision finalement. Si l’écriture est expiatoire, elle ne soulage que temporairement et la véritable catharsis reste difficile à atteindre. Vider son sac dans un carnet permet de passer à autre chose. Ecrire un billet de blog nous oblige à organiser nos idées pour éviter les re-dites et les sauts du coq à l’âne, travailler nos phrases pour les rendre intelligibles, traduire nos sensations pour susciter l’empathie, décortiquer notre pensée pour espérer l’adhésion… Ciseler un billet de blog, c’est donc pousser une réflexion afin de lui donner forme et corps et de s’en libérer. Vraiment.

L’exposition en parallèle de l’exercice sur soi. Se dévoiler permet d’affronter ses démons, de distiller des parcelles de sa réalité pour révéler par petites touches une personnalité authentique. Finalement, s’écrire permet d’assumer sa vérité aux yeux du monde. D’exister.

Il vient toujours un moment où l’on éprouve le besoin de montrer son travail au monde, moins pour recueillir son jugement que pour se rassurer soi-même sur l’existence de ce travail, et même sur son existence propre, au sein d’une espèce sociale l’individualité n’est guère qu’une fiction brève.

L’envers du blogging, c’est aussi les prés carrés des blogueuses et blogueurs célèbres, les sujets réservés, les campagnes de marketing ostentatoires, la commercialisation des images construites de toutes pièces, le déballage total photos à l’appui, etc. Bref, avec mon audience actuelle, je ne suis pas concernée, je reste pure et vierge de toute présomption d’hégémonie 😀

Les citations sont de Michel Houellebecq, La carte et le territoire.

lireCe billet a été initialement publié en 2014 sur mon blog à mots – aujourd’hui disparu – La plénitude du mot.

Source image Guillaume Coqueblin

Publicités