J’ai l’impression que la plupart des articles qui traitent de ce thème caricaturent à outrance les parents qui sont sur le dos de leur enfant en permanence, craignent sans cesse l’accident et de fait, devancent leurs gestes…

Dans d’autres articles, on souligne bien évidemment l’importance de veiller à leur sécurité, à tout moment et en toutes circonstances. Certains faits divers morbides appuient systématiquement sur le défaut de vigilance des parents.

Quand sommes-nous en train de favoriser l’apprentissage de l’autonomie ? A quel moment basculons-nous dans l’indifférence du parent démissionnaire ?

On sait qu’il ne faut pas les laisser courir autour de la piscine. Pourtant, il ne faudrait pas être un parent surprotecteur et il est donc nécessaire de les laisser jouer, de faire leurs propres expériences – de l’eau et des jeux dangereux.

A quel moment donc intervenir ? à quel âge ? quoi permettre ? quoi interdire ?

J’espère réussir à vous faire sentir comme la limite est subtile entre ce qu’on peut consciemment leur autoriser et ce qui doit rester formellement interdit.

Vivre est dangereux. Vouloir protéger ses petits est selon moi un instinct de survie.

Prétendre que « c’était mieux avant » me parait absurde.

Ma grand-mère presque centenaire, par exemple, est de cette génération prétendument permissive quant aux jeux dangereux. Pourtant, personne d’autre ne surveille autant Bout2Joie lorsqu’il s’avance vers un objet nouveau, tente de goûter un aliment inconnu ou s’aventure dans les escaliers.

Elle fait souvent la moue lorsque j’incite MiniJoie a grimper, sauter ou manipuler des objets du quotidien. Je sais pourtant qu’elle a laissé ma mère vadrouiller à sa guise très petite.

Ses alertes danger ne sont pas les mêmes que les miennes, voilà tout.

Je crois également que le monde a changé, on ne peut pas le nier.

J’ai fait le trajet à pied pour aller à l’école dès le CP, accompagnée de ma voisine… plus jeune que moi ! J’ai grandi dans un tout petit village où les automobiles étaient rares. Nous n’en croisions qu’exceptionnellement. Sans être vraiment fréquenté, cet itinéraire est maintenant beaucoup plus passant… Je ne crois pas que j’aurais le cœur de laisser mes enfants l’emprunter aussi petits.

Et même si le monde n’est pas binairement « plus dangereux », l’évidence de son hostilité peut entraver les meilleures de nos intentions.

Les enlèvements d’enfants et autres histoires sordides avaient certainement moins de visibilité, même si les prédateurs pervers rodaient tout autant…

Comment peut-on dorénavant les ignorer ? Faire comme si on ne savait pas et alors prendre ce risque ? Compter sur la statistique ? Avoir confiance en nos enfants suffit-il ?

Je pense que l’environnement dans lequel on grandit joue pour beaucoup : aller faire un tour à bicyclette en plein Paris n’a pas les mêmes implications que de pédaler dans un tout petit village isolé…

Il y a aussi cette génération d’enfants que nous avons tard et en nombre choisi, donc forcément plus limité : si on décide d’en avoir 2, il n’est absolument plus question d’en perdre un en route ! On devait voir les choses différemment quand il vous venait trop de bouche à nourrir, un peu malgré vous…

Et puis, il n’était pas rare de laisser les grands veiller sur les petits. On sait aujourd’hui que 2 ou 3 années de plus ne permettent pas de porter de bien grandes responsabilités : si un accident grave arrive, comment imaginer le poids de la culpabilité à endosser si jeune et pour si longtemps ?

Il y a de nos jours bien d’autres manières de s’émanciper et de prendre des risques : les jeux vidéos, leurs premières sorties sur le web, les réseaux sociaux et leurs codes tacites, l’accès à toutes sortes d’images cruelles, violentes ou choquantes… c’est un itinéraire que nous ne pouvons pas contourner et sur lequel il faudra avancer avec discernement ! Et apprendre à lâcher la bride à nos enfants pour évoluer dans cet univers farouche…

Nos aînés n’auraient pas de solution magique à nous proposer pour faire grandir nos enfants là-dedans !

Voilà, le curseur de lâcher prise et d’inquiétude est propre à chacun, à notre histoire personnelle, à notre sensibilité. Je pense laisser mes enfants faire certaines expériences, d’autres me sont inconcevables. Cette classification est différente de celle des autres parents, de celle de mon mari parfois.

Protéger nos enfants fera-t-il définitivement obstacle à leur autonomie ?

Je ne crois pas. Les enfants savent grandir entre les lignes qu’on leur dicte. Avec les différents adultes qui les accompagnent, les limites fluctuent et leur apprentissage s’en enrichit. Les vacances aussi constituent une parenthèse de liberté qui fait bouger les règles et permettent de repartir sur de nouvelles bases.

J’ai l’impression que le fond du problème n’est pas de trop les surveiller ou les protéger mais de tout faire à leur place… et c’est une question tout à fait différente !

Et toi, à quel âge as-tu laissé ton/tes enfant(s) partir seul(s) à l’école ? jouer seul(s) au square ? aller chercher le pain ? prendre le métro ???

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