Voilà déjà un moment que ce billet me trotte dans la tête mais le sujet est délicat et je voulais y travailler longuement avant de le partager. Pourtant, ce soir, quelques mots échangés avec une amie m’ont rappelé l’importance de témoigner de nos difficultés et je ressens maintenant comme une urgence à poser des mots sur mon expérience – qui est aussi notre expérience à tou.te.s.

Le sujet est un véritable tabou. Il est rare d’en parler vraiment, les tripes sur la table, même avec nos ami.e.s les plus proches. D’ailleurs, je pense que c’est une des raisons pour lesquelles certain.e.s d’entre nous finissent par utiliser un blog… pour se libérer de ces silences nocifs par l’écriture.

C’est comme si parler de nos difficultés pouvait ternir ou même occulter la satisfaction d’être Maman. Comme si témoigner de ces moments pénibles pouvaient remettre en cause notre fierté et notre joie. Ainsi, la plupart des billets qui abordent ce thème finissent par une note positive qui dissipe le malaise. Je ne le ferai pas.

Le chemin de la maternité est sinueux. Certaines étapes sont dures, d’autres heureuses. Aujourd’hui, je parle des heures sombres: de deuils, celui du corps, de la jeunesse, de la mère idéale, du couple parfait, de l’enfant fantasmé, de l’insouciance. On verra un autre jour pour le bonheur…

CHAPITRE 1. GROSSESSE (et sexualité)

Alors, c’est parti: d’abord la grossesse. Ce moment où les femmes sont « rayonnantes »… Rien n’est plus beau qu’une femme enceinte, hein ?!? Celle-là même qui vomit tripes et boyaux tous les matins au réveil, puis s’empiffre de crème chantilly sans se brosser les dents… Celle qui marche en canard dès le 4e mois, cambre le dos et relève le menton pour compenser le déplacement du centre de gravité. Celle qui est obligée de rouler pour sortir du lit et s’avachir sur le canapé comme un baleineau échoué. Celle qui est essoufflée après 50 mètres et a des problèmes de reflux. Celle qui ne peut même plus porter son sac à main toute seule. Celle qui est d’humeur exécrable et fait des malaises dans le métro. Celle qui est constipée pendant 9 mois et fait suivre ses bouteilles d’Hépar partout (très pratiques en 33cl !!). Celle qui met ses chaussettes de contention avant même de se lever. Celle qui a un bide énOrme et ne sait plus quoi en faire. Celle qui a pris des joues, un double menton, des fesses et même des chevilles ! Celle qui met des culottes tellement grandes que même votre Grand-mère n’aurait pas osé les porter…

Bref, RA-YON-NAN-TES ! On vous dit !

La société nous vend donc l’épanouissement de la grossesse: sentir son corps devenir VRAIMENT femme, s’arrondir, se remplir… Mais comme elle nous vend en parallèle un idéal féminin squelettique, cette transformation est compliquée à vivre: on doit littéralement faire le deuil de son corps « d’avant », celui que d’une manière ou d’une autre, on a passé 30 ans à comparer aux photos des magazines féminins. Dur, dur parce que, qui dit grossesse dit au minimum + 12 kilos sur la balance donc vergetures sur le ventre, les seins et les fesses, petit bidou tout mignon mais qui restera irrémédiablement mou, seins en forme de poire (adieu belles pommes !) et varices.

L’hiver, ça va. L’été, on recommence à acheter des maillots 1 pièce, ça cache le pire…

L’un des dégâts collatéraux à ces changements est que la sexualité en prend un coup et pour de nombreuses raisons… Primo, que celles qui ont vraiment eu de folles envies de galipettes au 4e et 5e mois de grossesse (période soi-disant très faste pour la libido) se dénoncent !!! Deuxio, un joli bébé de 3kg environ qui traverse votre vagin, ça fait du grabuge. Psychologiquement d’abord, il y a certaines choses à remettre en place dans sa tête avant d’accepter qu’un pénis s’approche à nouveau… Physiquement, ensuite, ce n’est plus tout à fait pareil: notre corps est modifié, les sensations sont différentes. Malgré les injonctions de notre époque à jouir librement et sans complexes, les chamboulements hormonaux et cérébraux imposent des pauses plus ou moins longues pour ré-apprendre la sexualité et pour (re)trouver ce qui nous plait.

Dans le même temps, on découvre une relation très forte parfois follement fusionnelle, essentiellement tactile avec son enfant. Tout ça est bouleversant, il faut du temps pour se (re)connaitre, pour réapprendre à discerner les contours de chacun des membres du trio, pour poser les limites de l’être.

 

Les chapitres suivants ne sont pas publiables parce que encore trop « brouillons »… J’y reviendrai sûrement si je reprends le blog activement !

 

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