Article initialement publié le 13/01/15 sur le blog La plénitude du mot.

Je ne suis pas douée pour les réactions à chaud. Avec moi, c’est toujours trop ou trop peu. C’est la confusion dans mes pensées. La peur de parler trop vite et de le regretter, de mal me faire comprendre. La difficulté à organiser, hiérarchiser, à en venir à l’essentiel et à laisser le superflu. Alors j’ai laissé passer quelques jours en silence.

A partir de quand peut-on recommencer « normalement » sans avoir peur d’être complètement à côté de la plaque ?

Entre temps, je crois que tout a été dit sur l’horreur de l’attentat du 07/01/15 qui a fait 12 morts puis… une série noire qui s’achève sur 17 cadavres au final.
17 morts, comme ça, c’est juste un chiffre. ça se compare : le plus meurtrier depuis 1961 (28 morts), plus meurtrier que celui du RER de 1995 (8 morts) mais nettement moins que l’attentat de la gare d’Atocha à Madrid en 2004 (200 morts) ou encore que les attentats du 11 septembre (presque 3 000 victimes). Une minute de silence pour eux. Pour les autres aussi.

Mais cette fois-ci, ce ne sont pas des anonymes : les dessins de Cabu, la voix de Bernard Maris… Cela ne rend pas l’acte plus ignominieux qu’il ne l’est déjà mais

il y a un truc plus cinglant qui percute au creux de l’âme. La mort se matérialise dans l’absence. Un vide se crée.

Le symbole est fort. La liberté d’expression si chère à notre France est touchée en plein coeur. La crainte de voir le monde arrêter de tourner devient plus pesante. Quelle société allons-nous laisser à nos enfants ?

Alors, je me dis que c’est peut-être une chance inespérée de rebondir : rien n’est acquis, jamais. L’obscurantisme frappe aux portes de notre vivre ensemble. Certains de nos droits fondamentaux sont bafoués et mis en danger.

Ma génération a pris ses racines dans les barricades que nos soixante-huitards de parents avaient construites, forts de l’idée qu’ils avaient réussi à établir une société (presque) idéale. Vautrés dans notre confort, nous avons dés-appris à nous battre, persuadés que le monde allait continuer à avancer dans la bonne direction.

C’est faux.

Il ne suffit pas de manifester périodiquement pour défendre ses valeurs. Le combat pour la tolérance et la liberté est une affaire de chaque instant. Notre affaire. Une lutte à mort entre ceux qui veulent nous enfermer et notre insatiable soif de vivre.

Je parle ici des extrémistes de tout poil : dans la religion comme dans l’hétérosexualité, dans le contrôle du corps des femmes ou dans la défense d’une couleur dominante. Celleux qui se sentent agressé.es par des progrès qui ne leur enlèvent rien… Ils refusent à d’autres des droits et des libertés qu’ils possèdent et ne veulent pas partager, comme si l’universalité en diminuait la valeur.

Je n’aime pas ce mot parce qu’il recouvre des réalités parfois diverses : pourtant, je suis libérale. Libérale parce que je suis tolérante et que tant que la liberté de chacun est préservée, je ne me soucie guère de ce qui se passe chez le voisin.

des crayons des idées de la vie
Source Marc Lagneau 

Je voudrais faire comprendre à ma fille que mourir, c’est grave. C’est surtout définitif. Mourir pour des idées se conçoit seulement si cette perte permet d’annihiler toutes les autres : mourir pour que la vie et la paix triomphent. Je ne suis pas idéaliste, l’angélisme me brûle rarement les ailes mais je pourrais mourir pour que ma fille devienne une belle personne et sans doute pour rien d’autre.

Je ne veux pas dire par là qu’il n’est pas noble de mourir pour des idées, de défendre ses convictions jusqu’au bout, bien au contraire. Je veux dire qu’il m’est résolument inconcevable de tuer pour empêcher une idée qui ne serait pas la mienne.

Alors maintenant, plus encore qu’auparavant, je vais maintenir mes sens en alerte pour ne rien laisser passer : les idées toutes faites qui détruisent mes valeurs fondamentales pour la vie et le droit de chacun à décider pour soi se combattent pied à pied, à chaque instant. Je suis éveillée, je suis debout et je ne compte pas me laisser faire.

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