On a tou.tes des idées préconçues ou argumentées sur le rôle du « bon » parent : gérer les caprices, fournir une bonne éducation, enseigner la politesse et le vivre ensemble, développer le goût d’une alimentation équilibrée… Bref, tout un tas d’éléments mesurables qui font plus ou moins consensus.

Mais pour ce qui est de l’attachement ? La construction du lien parent – enfant et, en ce qui me concerne, mère – enfant ? Fournir l’affection et la sécurité nécessaire à la construction de l’estime de soi et de la confiance en soi de son enfant n’est-il pas l’une des caractéristiques fondamentales du « bon » parent ? Peut-on vraiment avoir des idées là-dessus avant d’en vivre l’expérience ? Et au-delà des idées qu’on serait néanmoins susceptibles de véhiculer, quelles chances ont-elles de survivre à la rencontre de notre propre enfant ?

A cet égard, ce qui m’aura certainement le plus étonnée est la force de la relation qui se tisse dès le début de la grossesse : la capacité qu’on trouve à s’alarmer d’un signe anodin, l’échange des mots au-dessus du ventre arrondi, la réponse de l’enfant par ses mouvements accordés…

MiniJoie avait souvent le hoquet dans mon ventre et je n’ai pas été surprise que ses spasmes se poursuivent à l’air libre. J’avais commencé à la re-connaître dans sa façon d’être unique.

J’avais déjà été alitée pendant cette grossesse (à la maison seulement). Finalement, je me rappelle de cette période avec une certaine nostalgie. Cette situation m’avait projetée plus vite que prévue dans mon nouveau rôle de parent : plus de sorties, hors jeu au boulot, mettre le soin de son enfant au-dessus de soi… Cela m’avait également permis de faire mieux connaissance avec elle avant son arrivée, de commencer à prendre le temps de l’écouter, de la penser, de lui chanter des chansonnettes ou de lui faire entendre les voix et les musiques qui me sont chères.

Pour le couple, cette période est un peu difficile mais elle construit, dans le même esprit, le couple parental.

J’avais ainsi donné du temps à mon « être mère » en train de s’élaborer, pas-à-pas, au gré des premiers contacts in-utero.

Et pour le deuxième enfant ? Il ne s’agit plus seulement d’être mère de son aîné, il faut commencer à faire la place au suivant… Il est pourtant si facile d’ignorer les contractions et les gênes, de porter un peu la grande parce que cela lui fait tellement plaisir, de tirer un peu sur la corde parce qu’elle a encore tant besoin de nous… Alors, on s’accorde simplement quelques instants de relaxation et deux ou trois mots de bonne nuit pour faire grandir la place de l’enfant en nous encore si facile à contenir, surveiller et aimer…

Puis la menace d’accouchement prématuré revient, l’alitement de force (pas contre notre gré mais sans échappatoire…) et me voilà confrontée brusquement à cette deuxième maternité : je suis aussi, autant la mère de ce garçon-là. Je vais avoir du temps pour mieux le connaître, lui parler, le rencontrer par le toucher, lui destiner des histoires et des comptines, l’aimer déjà… Et mieux que ce que je n’ai fait jusque-là !

Cependant, je souffre de devoir lâcher prise (emprise ?) sur ma fille aussi tôt : c’est le même processus en marche, je le sais, mais je prends de plein fouet des conséquences qui ne sont plus des choix… Ma toute petite que j’avais préservée obstinément des séparations, à qui j’explique tout avec force détails et nombreuses redites, que je prépare en albums jeunesse, comptines et dessins à tous changements susceptibles de l’affecter… Voilà qu’elle se trouve elle aussi propulsée dans une situation que je n’ai pas voulue ni anticipée (parce que redoutée) et je ne suis même pas là pour l’accompagner… Son Papa est très présent, très compétent, ma confiance en lui est totale mais… il n’est pas moi ! Et voilà qu’elle va sûrement passer une longue semaine sans nous chez ses grands-parents alors que cette durée me paraît effroyablement insurmontable !

Je me sens vulnérable et dépassée. Cette suite somme toute logique fait-elle pour autant de moi une mauvaise mère ? Non, sans doute pas. J’ai aussi (parmi tout un tas de raisons plus ou moins valables…) voulu délibérément un deuxième enfant pour distendre ce lien fusionnel avec MiniJoie qui pourrait finir par lui être néfaste. Mais je réalise soudain que je n’étais peut-être pas encore tout à fait prête… Et je lui fais confiance pour m’aider à grandir !

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