Par nécessité de préserver une certaine pudeur, je me suis accordée quelques semaines pour accepter cet événement avant de le publier. Il s’agit d’une pudeur qui aide à cicatriser les plaies mais qui isole aussi. Celle dont je parle dans ce billet…

Voici les mots que j’ai écrit le 27 août dernier :

Je suis en train de perdre un embryon. Je ne suis pas vraiment triste, ça va… En réalité, j’ai appris que j’étais enceinte – test du bâtonnet positif à l’appui – seulement après avoir supposé être en train de perdre ce Bébé. Je n’ai donc pas eu l’opportunité de faire des plans sur la comètes, de me projeter dans un quelconque avenir radieux…

Oui, parce qu’on se figure tout simplement que le début d’une grossesse, c’est un retard de règles… et voilà, je saigne. Beaucoup. Trop. Depuis 2 semaines, presque 3. Donc, j’ai compris que quelque chose déconnait mais sans savoir quoi : aucun autre « symptôme » de la grossesse, mes seins ne sont pas tendus, mon ventre ne tire pas, certes j’ai eu des vomissements mais associés à une migraine, cela n’avait rien d’extraordinaire.

Donc ce test de grossesse positif, je ne m’y attendais pas mais alors pas du tout… J’ai bien constaté que le cycle règle – aménorrhée avait été perturbé mais absolument pas imaginé qu’un petit amas de cellules encore indifférenciées, issus de la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde, pouvait être en train de chercher à se caler dans mon utérus.

Après avoir appris la nouvelle, en 24h à peine, j’ai senti mon ventre gonfler, mes seins se remplir. Alors je ne suis pas triste mais un peu nostalgique. Je pense à ce petit Bébé qui n’existera pas (en même temps que je ne souhaite pas le rayer trop vite de la carte puisque certaines nidifications s’accompagnent de saignements… quoique plus le temps passe et plus le sang coule… je doute que ce soit bon signe…).

Je pense à ce tout petit être qui aurait pu se lover en moi pour les 9 prochains mois. Je pense que ça aurait été un garçon. Je pense que MiniJoie aurait eu un petit frère qui serait arrivé aux beaux jours. Je pense à la famille que nous aurions formés.

Et puis, je pense surtout à quel point la fausse couche est taboue. A quel point il est impossible d’en parler alors que je sais – de sources sûres – que certaines de mes amies en ont vécues. Je repense à leur confession, des sanglots bloqués dans la voix. La difficulté de surmonter cette épreuve à laquelle nous sommes (presque) toutes confrontées est d’autant plus grande que le silence qui l’entoure est compact.

Solitude : le tabou de la fausse couche
Source eyesontheroad

Pourquoi ? Pourquoi nous obligeons nous à souffrir de ce silence en plus de souffrir de la perte ? Pourquoi ne peut-on pas partager ces instants douloureux avec nos alter ego ? Cela ravive-t-il chez certaines des souvenirs trop pénibles ? N’auraient-elles pas elles-mêmes mieux vécu l’événement si elles avaient eu le droit de l’extérioriser ? Le paravent de l’intimité ne nous empêche pas de parler de nos chagrins d’amour, de nos conflits familiaux, de nos projets d’avenir, de nos difficultés de parents, pourquoi nous empêcherait-il de lever le voile sur ces instants-là ?

C’est encore un événement secret de la vie des femmes. Un accident de parcours que la société nous incite à cacher. Qui ne se raconte que dans le cabinet d’une sage-femme. Qui se pleure sur l’oreiller de son époux. Nombre de secrets liés à la grossesse sont dûs à d’anciennes croyances sur la fécondité. La superstition impose-t-elle encore le silence sur ces péripéties ? La science et les connaissances actuelles ne permettent-elles pas de dépasser ces silences pour pouvoir mieux se détacher de la douleur ?

Depuis ce jour, je me suis retrouvée plusieurs fois face à mes ami.e.s, celleux avec qui on devrait pouvoir partager ces événements, mes lèvres ont brûlé de cette confession mais je n’ai pas pu, tout est resté coincé. Peut-être qu’une alcôve particulièrement sécurisante est nécessaire pour réussir à en parler. Peut-être qu’il n’existe pas de mots audibles pour décrire ces instants. Alors, je passe au filtre de l’écrit ce tabou pour commencer à lui donner forme : nos démons sont plus faciles à vaincre lorsqu’on est déjà capables de les nommer et de se les figurer plutôt que dans l’inconnu des ténèbres.

Cet aveu, je sais que d’autres que moi auraient pu l’écrire… Alors parlez-en, s’il vous plait, témoignez autour de vous, à vos ami.e.s, celleux qui ont été touchés ou le seront. La parole est le meilleur soutien de ces épreuves ordinaires.

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