J’ai pensé que j’allais mourir. (Non, je suis pas trop angoissée, dans la vie, ça va, merci…)

Et j’ai pensé que ma fille grandirais sans moi.

Et il y a une chose qui me tracasse… Papaidi et moi avons parfois des idées instinctivement assez différentes sur l’éducation. L’instinct est le bon mot pour décrire sa façon de faire : il est sensible et patient, et cela correspond à son naturel. Alors que je suis très cérébrale, que je réfléchis à tous mes gestes, toutes mes attitudes, mes choix, le ton que j’utilise, les projets que j’élabore… Je lis beaucoup, je m’interroge, me remets en question…

Bref, si je cherche à résumer caricaturer notre différence essentielle, je dirais que je veux changer le monde alors que Papaidi se contente de perpétuer les traditionnelles traditions. (Mais sinon, on a pleeeeein de points communs 😉

En pratique, on est très complémentaires mais je sais qu’il s’en remet beaucoup à moi pour décrypter les attitudes de MiniJoie et pour réfléchir à la meilleure façon de faire. Mais si je n’étais plus là ???

Alors, voilà, le billet qui tente d’expliquer ma façon de voir les choses, ce qu’on appelle souvent « éducation bienveillante » que je mets à ma sauce pour dessiner mon chemin de Maman : c’est en quelques sortes une déclaration d’intention, une liste des «  » »principes«  » » (avec pleins de guillemets !!!) autour desquels j’essaie de me recentrer même si parfois souvent j’échoue… (Je compte sur mes amies « matérielles » pour transmettre ça à Papaidi – qui n’a pas le droit de lire mon blog ! – dans le cas où il m’arriverait malheur… C’est rien, ça va… c’est juste le 5e jour d’une migraine carabinée, ça m’attaque UN PEU le moral…)

Je considère MiniJoie comme une personne à part entière. Ça a l’air bête, dis comme ça… Mais pour moi, ça signifie que je ne lui parle pas sur un ton que je n’oserais pas employer avec des adultes, que je ne lui donne pas d’ordres ineptes ou que je lui explique ce qui se passe et qu’elle pourrait avoir du mal à comprendre. J’estime qu’elle mérite tout autant de respect que n’importe qui.

Je ne déprécie pas ce qu’elle fait, lorsqu’elle se trompe ou tâtonne. Je l’encourage. Je ne sur-valorise pas non plus. Lorsqu’elle se trompe de mot par exemple, je n’insiste pas avec un « non mais c’est pas ça du tout ! », je la corrige seulement. Je trouve TOUJOURS ses dessins jolis mais je l’incite à s’entraîner encore pour qu’ils soient encore plus beaux 😉

Je ne lui colle pas d’étiquette. Je ne veux pas l’enfermer dans la case « gourmande » ou « heureuse de vivre » ni même « capricieuse » ou « timide ». Je ne veux pas lui donner envie de s’opposer à ces images une fois l’adolescence arrivée. Je ne veux pas non plus qu’elle se sente obligée de rester conforme à son portrait pour avoir le droit d’exister. (Et là, je parle beaucoup de moi…)

Je n’ai pas tous les droits sur elle. Même si être Maman dévoile parfois des instincts de possessivité exacerbés (et encore plus quand on est une stressée de la vie comme je le suis…), je veux lui laisser un maximum d’autonomie et de liberté : elle n’est pas « ma chose« . J’évite les surnoms ridicules, je ne la force pas à me faire des câlins ou des bisous, je privilégie les vêtements pratiques pour elle à ceux que je trouve joli selon moi, je ne lui accroche pas tout un tas de trucs ridicules dans les cheveux si ça l’agace, etc.

Je protège son corps, sa pudeur et son intimité. Même de moi, sa mère.

Je transige sur tout, sauf sur la sécurité. Je ne la force pas à finir son assiette si elle a goûté le plat. Je reste plus longtemps au square si elle veut encore jouer et qu’il n’y a pas de raison impérieuse pour partir (et tant pis si elle ne prend pas de bain aujourd’hui…). Je lui lis une histoire de plus plutôt que d’étendre la lessive. Je sors dès qu’elle m’apporte ses chaussures (je ferai la cuisine plus tard… ou bien je réchaufferai un plat surgelé !).

Je choisis mes combats. Je la laisse emporter son doudou si elle le veut vraiment mais je ne la laisse pas manger de pain 15 min avant l’heure du déjeuner. Je la laisse regarder un livre dans la pénombre avant de s’endormir mais je la mets dans son lit tous les jours à la même heure.

Cygne, confort et chaleur
Source Jean-Daniel Echenard 

Je pars du principe que l’enfant n’est pas mauvais et qu’il ne fait rien « pour m’embêter ». J’essaie de comprendre ce qui se cache derrière ses difficultés.

Je me mets à sa place. Je lui explique ce qui se passe, lui présente les gens, lui fait visiter les lieux qu’elle ne connait pas. Je ne lui fais pas ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse : par exemple, introduire un babysitter dans l’appartement alors qu’elle dort déjà, vous vous imaginez croiser un inconnu dans votre couloir quand vous allez aux toilettes au milieu de la nuit ?

Je m’adapte plus souvent à son rythme et à ses besoins que l’inverse. Le soir, je rentre tôt pour la coucher dans son lit à l’heure habituelle. Je préfère la sieste à la maison à la sieste en vadrouille (ça tombe bien, je suis une grande adepte de la sieste 🙂 Je ritualise les repas. Je ne la presse pas le matin si je suis en retard.

J’évite les injonctions contradictoires. Typiquement, je ne la forcerai pas à dire bonjour aux gens qu’elle ne connait pas (des amis d’amis, les connaissances de sa grand-mère, l’oncle de la grand-tante Ginette, etc.) alors que par ailleurs, je lui déconseillerai  fermement de parler aux inconnus…

Je ne me formalise pas du regard et du jugement des autres. Je reste constante dans mes attitudes (le plus souvent possible en tout cas…) même si je sais que se pose sur moi un regard réprobateur : celui de la grand-mère austère qui au supermarché, ne comprend pas qu’on puisse laisser son enfant faire une colère et simplement le serrer dans ses bras…

Je ne la sur-stimule pas. Je lui propose des jeux ou des lectures lorsqu’elle est en demande d’attention mais je la laisse seule dès qu’elle le peut / veut, en la surveillant du coin de l’œil. Je ne cherche pas à savoir tout ce qu’elle « devrait » faire à son âge et je ne la « coache » pas pour qu’elle y arrive. J’ai confiance en elle et dans ses capacités : elle n’a rien à me prouver.

Je prends garde au sexisme ordinaire qui pourrait lui fermer des portes. Je ne l’habille pas toujours en fi-fille à noeud-noeuds. Je choisis des jouets mixtes et des voitures et des poupées. Je questionne mes préjugés pour ne pas les lui transmettre.

Voilà donc ce qui motive mon comportement à l’égard de MiniJoie aujourd’hui. Elle est encore une toute petite fille et je ne doute pas que ces propositions évolueront, s’adapteront, se compléteront à mesure qu’elle avancera dans la vie. Mais j’espère garder le cap !

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