Lorsqu’une amie me dit qu’elle n’a pas besoin de faire des enfants pour s’assurer une reconnaissance sociale, je m’interroge. Ais-je décidé de faire un enfant par manque de reconnaissance sociale ? est-ce la seule raison pour laquelle nous faisons des enfants ? et au fond, est-ce que la maternité nous apporte une reconnaissance sociale ? (qui a dit que j’étais prise-de-tête ???)
Non, je dirais même plutôt l’inverse… Elle a une fâcheuse tendance à nous isoler et par là-même, à nier une part importante de notre existence sociale.
Je suis épanouie professionnellement: j’ai fait des études, mon métier me plait (mes collègues pas toujours…), j’apprends de nouvelles choses chaque jour. Je n’avais pas eu besoin de faire des enfants pour donner du sens à mon existence.

Je pense dès lors que la question est plutôt: notre rayonnement social (aussi important soit-il) constitue-t-il une condition nécessaire et suffisante de notre épanouissement ?
Il est clair que, pour moi, non. La sphère privée joue une part essentielle dans ce que je suis. De la même manière que je ne m’épanouie pas sans amis et que je me sentais incomplète avant d’avoir rencontré ma moitié, il me manquait un je-ne-sais-quoi avant d’avoir fondé ma famille.
Comme une fleur qui n’aurait pas toutes ses pétales. Elle peut être belle et radieuse, sans aucun doute mais le pétale manquant lui apporte cet éclat supplémentaire, « cet indéfinissable charme« . (ouh la la, je m’éclate sur la métaphore, là, en tout cas ! 🙂

Je pense également que la génération qui nous a précédée a érigé en principe un féminisme ostentatoire qui rejetait en bloc l’allaitement, le foyer, les pleurs des bébés, etc. comme autant de servitudes imposées par le mâle dominant. Cette génération s’est imposée dans la sphère professionnelle avec dévouement et ferveur. Ces femmes ont choyé leur carrière comme d’autres avant elles avaient choyé leur foyer. La rupture se devait certainement d’être radicale pour être sinon efficace au moins acceptée.
Pour au final, quoi ? des salaires toujours inférieurs à ceux des hommes à poste égal ; un plafond de verre infranchissable ; des préjugés et des stéréotypes ancrés dans nos rapports professionnels comme si la femme devait toujours, sans cesse, se légitimer comme « tout aussi valable » ; etc.

Ainsi, la femme n’a pas obtenu ce pour quoi elle s’est battue longuement et violemment. Dès lors, quoi de plus naturel que de redonner à nos tripes la voix qu’elles méritent. Pas revenir en arrière ni nier l’importance de notre activité extérieure au  cocon familial mais accorder à chacune le droit de se donner les priorités qui lui convienne.
Le chemin reste long avant de permettre à nos choix d’être vraiment libres et de ne pas laisser la société nous dicter le schéma – forcément extrême – à suivre: la femme épanouie ou la mère aimante, l’une à l’exclusion de l’autre, dans les 2 sens.

Apprendre à (faire) reconnaître que nous sommes des professionnelles accomplies et que nous sommes tout aussi capables que les hommes de faire parfaitement notre travail en quittant notre poste à 17h et en nous consacrant ensuite entièrement et totalement à notre famille. Refuser de se laisser polluer par un téléphone professionnel ou des réunions qui s’éternisent.

Accepter de mettre aussi notre boulot entre parenthèses pendant quelque temps parce que ça correspond à un besoin profond, viscéral, organique et ancestral. Puis (nous donner une chance de) revenir avec l’envie, l’énergie et la compétence qui nous  caractérisent.
Parce que rassasiée de notre maternité épanouie, nous ne reviendrons que meilleure dans un monde professionnel parfois cruel et toujours exigeant.

au boulot 8h - 17h
8h – 17h
à la maison 18h - 20h
18h – 20h

Mais pour que cette alternance soit possible, il y a tout un tas de stéréotypes à bousculer qui tendent certainement à changer le paradigme de notre société. Notre société se complaît en effet à enfermer les gens dans des cases, dans un rôle prédéfini, dans des interactions immuables. Il faut accepter de nous laisser naviguer entre des désirs éclectiques, des phases de vie distinctes, des étapes qui s’enrichissent les unes des autres sans jamais s’annuler.

C’est peut-être un changement de civilisation, il faut du temps. Une génération n’y a pas suffit. Deux n’y suffiront pas. Mais je continue à croire que nous y arriverons.

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