Si j’avais commencé ce blog plus tôt, il n’y a aucun doute que j’aurais souvent abordé ce sujet.

Episode 1 – la grossesse

J’ai d’abord été très étonnée du nombre de personnes qui, lorsque tu annonces la bonne nouvelle, te demande si tu penses allaiter (y compris un collègue homme…). A vrai dire, je n’y avais pas tellement « réfléchi »: il me semblait évident (presque normal) d’essayer mais pas si évident de réussir. Je ne m’étais fixé aucun « objectif », pas de pression. J’étais (et je reste) convaincue des bienfaits du lait maternel mais je sais que les bébés biberonnés se portent tout aussi bien.

En revanche, je n’avais pas du tout envisagé un allaitement long. Je me souviens d’avoir entendu une jeune maman dans la salle d’attente de ma sage-femme:
– Je voulais au moins tenir jusqu’à ses 12 mois.
– Mais vous y arriverez, ne vous inquiétez pas.

Et moi, de me dire « Non mais vraiment, c’est hyper bizarre (tordu ? / pervers ?) d’allaiter un bébé aussi grand… Il y en a, franchement, de ces intégristes de l’allaitement !!! »

Il me semblait que 6 mois, c’était déjà très bien. Un objectif déjà ambitieux et largement suffisant.

Episode 2 – la rencontre (tétée d’accueil)

Comme je n’avais pas pu assister aux séances de préparation à l’accouchement, j’avais manqué celle consacrée au choix sein / biberon et je savais à peine à quoi m’attendre concrètement.

Ainsi, quelques minutes après la délivrance (mais l’enchaînement des événements, ce jour là, est très flou… excusez mes hormones !), mon tout petit bébé a été posé sur ma poitrine. Et là, miracle, elle a trouvé mon sein toute seule dans ce mouvement magique de breastcrawling et s’est mise à téter, le plus naturellement du monde. Je me souviens encore de ses grands yeux qui me fixaient et de ce sentiment de soulagement: tout allait bien et je faisais ce qu’il y avait de mieux pour mon bébé.

J’ai légèrement déchanté une fois installée dans ma chambre face à la puéricultrice franchement désagréable qui a enchaîné les « mais vous avez de trop petits seins! », « elle ne trouve pas vos bouts de seins ! », « ça ne va pas marcher… » Juste une mauvaise passe, à oublier vite fait.

Episode 3 – les crevasses

Dès cette fameuse première tétée, les douleurs ont commencé à se faire sentir. Elles ont duré longtemps. Ce n’était pas vraiment une question de position (comme souvent) : mon bébé était bien positionné mais à quelques millimètres près, sa succion me blessait. Il fallait prendre la peine de la décaler un peu à gauche, à droite, la tête légèrement plus penchée, ou un peu moins… Il a même fallu en passer par un traitement local prescrit par la sage-femme.

Je me demande encore ce qui a fait que, à ce moment-là là, je me suis accrochée alors que beaucoup d’autres Mamans auraient renoncé.

D’abord, MiniJoie étant arrivée 4 semaines avant le terme « officiel », je l’ai imaginée plus fragile que d’autres nourrissons et j’ai pensé très fort que, même si elle n’était plus dans mon ventre, je pouvais encore lui apporter des anticorps, de la chaleur, une protection, encore un peu de ce cocon si nécessaire à son bon développement. Il me semblait que ces tétées créaient une transition plus douce entre mon utérus et le monde extérieur. Elles m’autorisaient à ne faire encore qu’un avec mon bébé qui s’était détaché de mon corps plus vite que prévu…

Ensuite, les soutiens: des amies qui m’avaient parlé de leur expérience de l’allaitement, des bons moments comme des difficultés. « Tu verras, il faut vraiment s’accrocher les 3 premières semaines, mais après, ça vaut le coup ! » En fait de 3 semaines, ça a plutôt été 6 mais ces paroles m’ont souvent rassurée pendant cette période. Savoir qu’on n’est pas seule dans son cas. Et puis, la disponibilité de ma super sage-femme-consultante-en-lactation: à l’écoute, ouverte et pleine de solutions.

Aussi, un sentiment d’évidence, quelque chose de l’ordre du retour aux sources : des bouffées d’instinct animal que j’ai pris comme une claque dans la figure. C’est effrayant de se souvenir que l’on est un mammifère avant d’être un être humain mais cela permet aussi de faire certains choix très naturellement, sans plus se poser de questions.

Et surtout, mon bébé qui tète avec sérénité, se calme au sein en cas de coliques, d’angoisse ou de colère. Sa petite frimousse qui cherche mon sein, même dans son sommeil. Son sourire aux anges une fois repu. Ses regards profonds échangés lors de ses moments d’éveil. Ce petit être si fragile et dépendant qui s’endort tout contre ma peau.

Episode 4 – l’allaitement long (le côté obscur de la relation mère-enfant…)

3 mois passés à allaiter. Je suis déjà contente. J’ai atteint grosso modo la durée standard de mes copines… Je suis encore en congés pour plusieurs mois. J’ai galéré pour lancer mon allaitement. L’OMS « conseille » 6 mois d’allaitement exclusif. Je ne vois pas pourquoi j’arrêterais.

5 mois. Le pédiatre suggère de commencer l’introduction des biberons de lait maternisé (grrr). Je me laisse convaincre. Je suis anxieuse: la reprise du boulot approche doucement, je veux me donner du temps pour les transitions. Pourquoi pas ? Les premiers biberons se passent mal mais ma sage-femme donne (aussi pour ça !) de bons conseils et l’allaitement mixte débute plus ou moins en même temps que la diversification.

Je sais maintenant que je souhaite continuer à allaiter MiniJoie après ma reprise du travail. Je vais dépasser les 6 mois d’allaitement. Je rentre dans la « secte » des pro-allaitement adeptes du maternage proximal, des petits plats végétariens et des cosmétiques fait maison…

« Tu l’allaites encOOOre ? », « Jusqu’à quand tu vas l’allaiter ? », « Tu sauras comment que tu veux arrêter ? » commencent à résonner à mes oreilles. J’ai besoin de ne pas me sentir isolée sur ce sujet alors j’assiste à une réunion de la Leche League

Renoir

Et là ? je me fais fusiller du regard quand je rentre dans la pièce avec ma poussette-tank (le portage, c’est important pour l’attachement, l’odeur du lait, les tétées à la demande et toussa, toussa…), je cache rapido la tétine qui me permet de faire patienter MiniJoie entre 2 tétées, je divise lorsque j’avoue que je ne cododote pas, etc.

Bref, j’ai choisi d’allaiter longtemps mais je n’appartiens à aucune team. Je suis ma propre voie.

Episode 5 – la reprise du boulot

Avec de bons conseils et du temps, mon retour au travail semble bien se passer, l’allaitement est en place depuis longtemps, je n’ai eu aucun problème de lactation sauf que… MiniJoie, se met à refuser la tétée du soir: elle se cambre, se débat, pleure…
puis savoure son biberon lorsque je finis par céder. Sachant qu’il n’y a plus que 2 tétées par jour, renoncer signifie la fin de l’allaitement à très court terme.

Je ne suis pas encore prête. Je culpabilise d’avoir repris le cours de mon existence « d’avant » et de la confier à une autre. Mais ces tétées deviennent une épreuve de force, nous laissant toutes deux tendues et en pleurs. J’appréhende de plus en plus ce moment qui devrait marquer nos retrouvailles du soir, une parenthèse d’apaisement dans nos journées de fous. Il faut se décider: remplacer d’abord cette tétée par le tire-lait puis réfléchir sérieusement à un éventuel arrêt.

En parler aussi à MiniJoie… qui se met dès lors à réclamer de nouveau du lait à 4h du matin alors qu’elle « faisait ses nuits » depuis plusieurs semaines. De 1 tétée par jour, on repasse à 3 tétées par 24h. Je me demande un peu comment j’en suis arrivée à cette extrémité: accepter de céder du temps de sommeil pour continuer à lui donner mon lait. Mais je me donne à ce moment-là encore un peu de temps pour lâcher prise.

Episode 6 – la fin

J’ai sû que même si on avait surmonté cet épisode difficile, il fallait se préparer au sevrage. Et puis, finalement, j’en ai eu assez: de me lever la nuit, de porter des soutien-gorges informes, de mes gros seins, de devoir être rentrée TOUS les soirs avant son coucher, d’attendre son réveil pour attaquer la journée, de ne plus mettre de robes, etc. Je savais qu’elle était bien plus prête que moi (à entendre ses râles de joie à chaque fois qu’elle voit un biberon plein !) mais j’ai continué à prendre mon temps en supprimant sur plusieurs semaines la tétée nocturne puis la tétée du soir et enfin, le petit déj.

Voilà, ça se termine. MiniJoie n’a tété que 3 fois la semaine dernière.

Je ne sais pas si la dernière tétée est déjà vécue ou à venir. Je suis convaincue qu’il était temps de tourner cette page même s’il m’en reste une pointe de nostalgie. Je ne sais pas si la saison 2 sera aussi longue, aussi belle ni même si elle aura lieu. Quoi qu’il en soit, j’en garde un souvenir merveilleux au creux de moi.

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